Summer Magic

Summer Magic
L'affiche du film
Titre original :
Summer Magic
Production :
Walt Disney Productions
Date de sortie USA :
Le 7 juillet 1963
Genre :
Comédie musicale
Réalisation :
James Neilson
Musique :
Richard M. Sherman
Robert B. Sherman
Buddy Baker
Durée :
110 minutes
Disponibilité(s) aux États-Unis :

Le synopsis

Margaret Carey, veuve depuis peu, se retrouve sans le sou avec ses trois enfants Nancy, Peter et Gilly après que les investissements de son défunt mari se soient révélés infructueux. Contrainte de quitter son hôtel particulier de Boston, toute la petite famille part s'installer à la campagne dans le Maine. Elle finit par prendre ses quartiers dans une simple mais jolie maison, entretenue par Osh Popham mais appartenant, en réalité, à un mystérieux et riche propriétaire, Mr Hamilton, absent depuis des années. Ce dernier ignore d'ailleurs tout de sa présence...

La critique

rédigée par
Publiée le 21 juin 2019

Deuxième comédie musicale des studios Disney après Babes in Toyland en 1961, Summer Magic est un joli film qui fleure bon la nostalgie avec son ambiance de petite ville américaine du début du du XXème Siècle proche de celle ressentie dans Main Street U.S.A.. Si le film ne brille pas forcément pas un scénario très développé, un charme indéniable s'en dégage pourtant, grâce à son casting sympathique, à commencer par la rayonnante Hayley Mills, et les chansons désuètes mais agréables des frères Sherman.

Summer Magic se base sur le roman Mother Carey’s Chickens, publié en France sous le titre Les Locataires de la Maison Jaune, écrit par la romancière Kate Douglas Wiggin. Née le 28 septembre 1856 à Philadelphie, elle passe son enfance dans le Maine avant de déménager plus tard en Californie. En 1878, elle crée la première école maternelle des États-Unis à San Francisco. N'ayant pas d'enfants malgré ses deux mariages, elle passera ainsi toute sa vie au bien-être des petits à une époque où ils étaient plutôt vus comme de la main d'oeuvre à bas coût. Elle aura également une longue carrière d'écrivain principalement pour enfants avec parmi ses romans les plus connus Rebecca du Ruisseau Ensoleillé publié en 1903 et Les Locataires de la Maison Jaune sorti en 1911, douze ans avant sa mort, le 24 août 1923.

Le roman Les Locataires de la Maison Jaune se voit adapté une première fois au cinéma en 1938 dans le film de RKO Pictures, Bonheur en Location ; Anne Shirley y jouant alors le rôle de Nancy Carey. Mais ce film s'inspire en réalité de la pièce de théâtre écrite par Kate Douglas Wiggin en 1917, transposant elle-même son roman sur les planches. Walt Disney décroche, pour sa part, les droits du roman en 1955. À l'origine, il imagine les utiliser pour un projet avec les Mouseketeers du Mickey Mouse Club. Mais l'arrêt de l'émission contrarie ses plans si bien que son idée évolue vers un téléfilm pour son émission d'anthologie Walt Disney's Wonderful World of Color ; il change une nouvelle fois son fusil d'épaule en optant désormais pour un film de cinéma qu'il confie à sa star du moment, la jeune Hayley Mills. Il demande alors à la scénariste Sally Benson, connue pour son travail sur les films L'Ombre d'un Doute (1943) d'Alfred Hitchcock ainsi que Le Chant du Missouri (1944), d'adapter le roman.

Summer Magic se base approximativement sur le livre n'en conservant que les idées principales à commencer par la mort inopinée du père de la famille Carey, la découverte de son revers de fortune et l'obligation de déménager dans le Maine pour une maison plus accessible et une vie plus simple. L'arrivée de la cousine snobinarde Julia, avec tous les disputes qui vont avec, a été également conservée. Par contre, un des quatre enfants est supprimé tandis que l'action est concentrée durant l'été pour se finir lors de la fête d'Halloween. Walt Disney hésite également sur le titre pensant d'abord à Beulah, du nom de la ville du Maine où s'installe la famille, puis à The Amazing Careys pour finalement opter pour le titre générique Summer Magic qui représente bien le ton de l'opus où les enfants découvrent un nouveau lieu de vie mais aussi leurs premiers amours dans une ambiance aussi apaisante que joyeuse : la définition idéale d'un été magique !

Objectivement, il ne se passe pas grand chose dans Summer Magic. Le récit prend son temps et les rebondissements sont aussi attendus que peu nombreux. Tout se déroule facilement entre la solution de la Maison Jaune, le loyer qui ne sera finalement pas payé grâce aux gentils mensonges de la jeune Nancy Carey mais aussi de Osh Popham, le gardien de la maison dont le riche Tom Hamilton lui a confiée l'entretien. Tout semble en fait facile : la mère, Margaret Carey, ne cherche d'ailleurs jamais de travail malgré ses problèmes d'argent et passe son temps à entretenir la maison. De cette naïveté généralisée, il se dégage alors une impression de sérénité et de bien-être. Et étonnamment, c'est bien là tout le charme du long-métrage. Au fur et à mesure que le récit se déroule, le spectateur est, en effet, plongé dans une ambiance positive et joyeuse se laissant prendre aux petits soucis des personnages, pour la plupart sans gravité, mis à part essayer de régler les problèmes de cœurs ou de confiance en soi. Le film est aussi innocent qu'inoffensif et ne cherche pas à faire passer de messages. Il montre juste une vision idyllique d'un temps passé : celui des petits villes des campagnes américaines du début du XXème Siècle.

Prévu à l'origine comme une simple comédie dramatique, Summer Magic va évoluer pour devenir une (semi) comédie musicale. Walt Disney fait alors appel à ses compositeur maisons : Richard M. Sherman et Robert B. Sherman. L'aventure disneyenne a commencé pour eux, en juillet 1960, lorsqu’ils se voient confier l'écriture d'une chanson (Strummin' Song) pour le téléfilm d'Annette Funicello, The Horsemasters. Ils vont, à sa suite, être captés par le studio et écrire de nombreuses chansons pour toutes ses activités : l'animation (Merlin, l'Enchanteur, Mary Poppins , Le Livre de la Jungle, Symposium de Chants Populaires, Winnie l'Ourson et l'Arbre à Miel), les films "Live" (Monte là-d'ssus, Un Pilote Dans la Lune, Compagnon d'Aventure, La Légende de Lobo, Les Enfants du Capitaine Grant, The Misadventures of Merlin Jones, Calloway, le Trappeur, Un Neveu Studieux, L'Espion aux Pattes de Velours, Demain... des Hommes, Singes, Go Home !, L'Honorable Griffin, Les Petits Hommes de la Forêt, Le Plus Heureux des Milliardaires, The One and Only, Genuine, Original, Family Band), la télévision (An Adventure in Color, Zorro, le générique de l'émission Walt Disney's The Wonderful World of Color...) et même les parcs à thèmes (The Tiki, Tiki, Tiki Room, It's A Small World, There's a Great Big Beautiful Tomorrow). Leurs chansons sont alors interprétées par de grands artistes : Annette Funicello, Maurice Chevalier, Hayley Mills, Julie Andrews...

L'idée d'ajouter des ritournelles vient du recrutement de l'acteur Burl Ives. Walt Disney trouve ce dernier extraordinaire mais l'apprécie encore plus en chanteur folk. Le créateur de Mickey propose alors aux frères Sherman, qui planchaient déjà sur Merlin l'Enchanteur et sur Mary Poppins, d'imaginer une chanson pour le film. Mais les compositeurs vont aller au delà de ce que propose le patron du studio et présentent plusieurs airs qui pourraient s'insérer, pour eux, dans le long-métrage. Walt Disney est ravi et leur demande alors de travailler conjointement avec Sally Benson afin de les intégrer dans l'histoire. Ils vont ainsi proposer pas moins de sept chansons faisant de Summer Magic leur première comédie musicale Disney à sortir au cinéma.

La première chanson Flitterin' se place au début du film alors que la famille est en train d'empaqueter les affaires dans leur maison de Boston. Le jeune Gilly Carey vient de se rendre compte que son beau piano, qui a été vendu, a été remplacé par un vieil instrument automatique qui lui permettra toutefois de continuer à jouer, même dans sa nouvelle maison. Beautiful Beulah est, quant à elle, la chanson de Nancy et Gilly pour célébrer leur départ dans la petite ville du Maine. Summer Magic, qui donne son titre au film, est, quant à elle, interprétée par la mère, Margaret Carey, alors que la famille vient d'arriver à la Maison Jaune. Assis sur le porche, à la nuit tombante, toute la famille se laisse aller à apprécier la nouvelle vie qui s'annonce à elle. Au moment de sa composition, Summer Magic se nommait d'ailleurs City People, un titre abandonné quand celui du film a été donné aux compositeurs : ils en profitent alors pour la réécrire légèrement, histoire de prendre en compte le changement. Pink of Perfection est, pour sa part, chantée par Gilly et Nancy pour se moquer de leur cousine Julia dont l'arrivée vient d'être annoncée. Ugly Bug Ball est ensuite une jolie chanson entraînante où Osh Popham raconte au jeune Peter Carey que même un insecte considéré comme affreux peut être vu comme beau par ses congénères. Walt Disney n'aimait, en réalité, pas trop la chanson à cause de l'utilisation du mot "Ugly" qu'il trouvait négatif. Mais les frères Sherman ont réussi à finalement le convaincre en insistant sur le message transmis. Et ils eurent bien raison, étant sûrement la meilleure mélodie du film et vivant bien au delà... Une autre chanson très populaire, On the Front Porch, est interprétée par Osh Popham et presque tous les personnages alors qu'ils sont assis sur le porche de la Maison Jaune, un soir après une fête. Enfin, la dernière ritournelle, Femininity, permet à Nancy et sa cousine Julia de montrer à la fille d'Osh, Mariah, d'adopter une démarche féminine. Une chose est sure, globalement, mise à part Ugly Bug Ball, les chansons ne sont pas forcément mémorables : elles servent juste à véhiculer une ambiance qui sied à merveille au film et lui apporte beaucoup au charme.

La réalisation du film est confiée à James Neilson. Né le 1er octobre 1909 à Shreveport en Louisiane, le réalisateur débute sa carrière à la télévision. C'est en effet grâce au petit écran qu'il commence à travailler pour les studios Disney réalisant des épisodes des mini-séries Texas John Slaughter et Zorro. Il tournera également les téléfilms The Mooncussers (1962), Johnny Shiloh (1963), L'Épouvantail (1964) et The Legend of Young Dick Turpin (1966). Walt Disney lui permettra ensuite d'accéder au grand écran en lui confiant la réalisation d'Un Pilote Dans la Lune (1962) puis Bon Voyage ! (1962), Summer Magic (1963), La Baie aux Émeraudes (1964) et L'Honorable Griffin (1967).

Le tournage se déroule dans la grande majorité au sein des studios Disney de Burbank tandis que les décors de paysage sont proposés via la technique du matte painting par le talentueux Peter Ellenshaw qui excelle dans ce domaine. James Neilson livre alors une mise en image correcte mais assez convenue. Il est en revanche clairement décevant dans la façon dont il filme les chansons. Toutes sont statiques avec un casting qui s'assied à un endroit et interprète sa ritournelle. Alors certes, pour la plupart, une explication plausible vient crédibiliser la démarche - trois étant jouées devant le piano et deux autres sous le porche. Ainsi, seule Femininity bénéficie d'un semblant de chorégraphie mais trop léger pour convaincre. Autre choix étrange, pour en illustrer certaines (Ugly Bug Ball et Summer Magic) des rush des True-Life Adventures sont carrément proposés dans les séquences ! Quel dommage : un peu plus de rythme et d'entrain aurait sans aucun doute magnifié ces passages chantés. Fort heureusement, les séquences parlées sont plus convaincantes, en particulier dans les scènes de fêtes où le réalisateur arrive plutôt bien à restituer une ambiance bon enfant.

Pour Summer Magic, comme de nombreux autres films des studios de l'époque, Walt Disney aime être en terrain connu et rappelle donc des acteurs avec qu'il a déjà travaillés.
Le premier rôle est ainsi confié à la merveilleuse Hayley Mills, la deuxième égérie Disney qui venait de prendre la place d'Annette Funicello dans le cœur des enfants de l'époque. Fille de l'acteur John Mills, qui avait joué pour Walt Disney dans Les Robinsons des Mers du Sud (1960), son premier film pour le label de Mickey n'est pas moins que le fabuleux Pollyanna en 1960. Elle continue ensuite avec la comédie La Fiancée de Papa en 1961 puis l'adaptation du roman de Jules Verne Les Enfants du Capitaine Grant en 1962. Après Summer Magic, elle participe à deux autres films des studios : le thriller La Baie aux Émeraudes en 1964 et une autre comédie L'Espion aux Pattes de Velours en 1965. Dans les années 80, elle revient chez Disney mais à la télévision cette fois-ci en reprenant son rôle des jumelles Susan & Sharon dans trois suites de La Fiancée de PapaPapa Épouse Maman (1986), Les Femmes de Papa (1989) et Lune de Miel à Hawaï (1990). Elle est remarquée aussi dans le téléfilm Back Home (1990) ainsi que dans le rôle-titre de la série Bonjour, Miss Bliss (1988), première version de ce qui deviendra Sauvés par le Gong.
Dans Summer Magic, elle incarne sûrement le rôle le plus facile des six films qu'elle tournera pour Walt Disney. Pour autant, cela ne l'empêche pas d'offrir au personnage de Nancy Carey toute sa fraîcheur, malice et bonne humeur. La jeune actrice est en revanche clairement gênée par les chansons, elle qui ne se considère d'ailleurs pas comme une chanteuse. Ayant malgré tout déjà dû pousser la chansonnette dans les trois précédents films Disney, elle prend ici pas moins de quatre titres à interpréter la rendant particulièrement mal à l'aise. Elle a pourtant tout de suite été rassurée par Walt Disney lui-même qui n'attendait pas d'elle qu'elle soit une chanteuse professionnelle mais au contraire de rendre toute l'authenticité d'une jeune fille de son âge. Au final, Hayley Mills se débrouille très bien même si sa voix est quelque peu tremblotante.

Pour le personnage d'Osh Popham, Walt Disney choisit Burl Ives dont il avait été ravi de sa prestation dans Danny, le Petit Mouton Noir (1949), l'un des tout premiers films avec acteurs du studio. Dans Summer Magic, le comédien brille dans chaque scène où il sait être à la fois émouvant, attachant, espiègle et prévenant. D'une gentillesse à toute épreuve, il veut absolument faire plaisir à cette famille qui a besoin indirectement de son aide quitte à mentir à sa femme (jouée par Una Merkel déjà vue dans La Fiancée de Papa) mais surtout à son patron Tom Hamilton (dont le rôle est tenu par le séduisant Peter Brown). Comme l'avait pressenti le créateur de Mickey, Burl Ives est tout simplement parfait dans ses interprétations des chansons Ugly Bug Ball et On the Front Porch, clairement les deux meilleures du film.

La mère Margaret Carey est, pour sa part, campée par Dorothy McGuire dans son troisième rôle pour Disney après Fidèle Vagabond (1957) et Les Robinsons des Mers du Sud (1960). Elle joue ici une mère aussi bien aimante qu'attentive qui fait face au veuvage avec courage et une certaine facilité, il faut bien l'avouer. Le reste de la famille est lui composé du jeune espiègle Peter Carey (James Mathers), du cadet pianiste Gilly Carey (interprété par Eddie Hodges qui pourra être vu plus tard dans Le Plus Heureux des Milliardaires) et enfin, de la cousine snobinarde Julia Carey (Deborah Walley remarquée l'année précédente dans Bon Voyage !). Cette dernière est touchante car au delà de son caractère de chipie gâtée se dissimule une jeune fille en manque de repaires qui cherche juste à se faire aimer.

Lors de sa sortie Summer Magic reçoit des critiques très mitigées lui reprochant un scénario trop sommaire. Le film passera ensuite inaperçu en salle. Il gagnera un peu de reconnaissance lors de sa diffusion télévisée, notamment dans l'émission d'anthologie les 5 et 12 décembre 1965 puis vingt ans plus tard lors de sa sortie en VHS. Il obtient petit à petit le rang de "petit" classique Disney. En France, aucune trace ou preuve tangible n'est trouvable sur une éventuelle diffusion : ni au cinéma, ni en vidéo, ni à la télévision. En revanche, et étonnamment, une version française semble exister comme en témoigne une édition en VHS sortie au Québec sous le titre L'Été Magique dans les années 90. Elle comporte un doublage français (réalisé en France et non au Québec) qui parait dater de l'époque de la sortie du film (1963) pour les chansons (bien qu'On the Front Porch soit absente) mais du milieu des années 70 pour les dialogues. Une bien étrange situation.
Malgré cette carrière en demi-teinte, Summer Magic accède à la popularité grâce à sa musique. Des versions instrumentales des chansons Flitterin’, Beautiful Beulah et Summer Magic peuvent, en effet, être entendues dans les boucles musicales des différents Main Street U.S.A. du monde notamment à Disneyland Paris.

Summer Magic n'est pas le film le plus mémorable de Walt Disney en raison d'une réalisation simpliste et d'un scénario paresseux. Pour autant, il possède un charme indéniable qui sent bon l'Amérique du début du siècle dernier porté par un casting attachant et des chansons sympathiques. Inconnu en France, dans un marché hexagonal alors peu habitué aux comédies musicales, l'heure est donc venue de réparer cette injustice et de redécouvrir ce qui reste une production Disney enchanteresse.

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1901 • 1966
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