Billet d'Humeur

Les Gays Amis de Mickey

Billet d'humeur n°46 - Juin 2009
La Walt Disney Company, dans son souci constant d’universalité, ne prend jamais parti. Comme toute firme mondialisée, elle entend, en effet, se tenir précautionneusement à l’écart de toutes polémiques politiques, religieuses ou sociétales. Elle s’adresse à tout le monde et n’envisage pas un instant dresser les uns contre les autres.

D’ailleurs, lorsqu’un simple doute apparait dans son catalogue sur une œuvre, elle n’hésite pas à la black-lister sans aucune autre forme de procès. Mélodie du Sud, accusée par certaines associations de Noirs américains de faire l’apologie de l’esclavage en rendant sympathique l'état d’esclave, est ainsi interdite depuis des décennies de rééditions.


Certains cartoons de Donald, produits pendant la deuxième guerre mondiale dans une démarche de propagande anti Axe, ne sont, quant à eux, toujours pas disponibles à l’international car soupçonnés de pouvoir vexer, ici le public allemand et là, l’auditoire japonais...

Tous les sujets aptes à voir s’affronter un camp contre l’autre sont ainsi soigneusement mis de côté. Parmi eux, la question religieuse est bien sûr évitée, ou - quand il ne peut en être autrement - réduite à sa plus simple expression. Frollo change ainsi, dans le Bossu de Notre-Dame, de robe pour une autre, passant du statut d’archevêque à celui, de juge, tout en évoluant dans une Cathédrale.

Sur un autre registre, caractéristique de la société américaine qui n'en finit toujours pas avec ses affrontements communautaires, Disney a attendu près d'un siècle avant de doter sa galerie de princesses d'une représentante noire. Ce sera chose faite seulement cette année avec La Princesse et la Grenouille, dont la trame - heureux hasard et joli coup de pub - s'est décidée bien avant l'accession de Barak Obama à la magistrature suprême..

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Pourtant, parmi la liste de tous les tabous chez Disney, il en est un qui surclasse tous les autres: l'homosexualité ! Les personnages de la galaxie disneyenne, outre une vie amoureuse quasi-monacale (seul le baiser est, il est vrai, toléré ici ou là, et encore à condition qu’il soit salvateur ou, à la rigueur, annonciateur d’un mariage !), n’ont, en effet, pas le droit d’en pincer pour l’autre, s'il s'avère être leur alter ego...
Cette règle intangible prend pourtant l’eau quelques fois. La nature ayant horreur du vide, quelques amis gays parviennent, en effet, ici ou là, à glisser leur tête, histoire de signifier que même chez Disney « ils survivront ».

Dans Le Dragon Récalcitrant, un spécimen de dragon pas comme les autres aime prendre du bon temps, jouer et chanter. Il ne crache pas de feu et, plus que tout, déteste se battre. Il a bien du mal d’ailleurs à apprendre à se comporter comme un véritable dragon…

Dans Pocahontas, une Légende Indienne, Wiggins, un serviteur dandy, maniéré à outrance veille aussi bien sur la garde robe de son infâme patron que sur la toilette de son chien, un insupportable roquet...

Dans Kuzco, l’Empereur Mégalo, Kronk, un gigolo bodybuildé, raffiné et fin cordon bleu semble se demander sans cesse si sa relation avec Izma, une vieille excentrique, dont Dalida et Zizi Jeanmaire ne renieraient pas la maternité, est vraiment ce qu’il lui faut. Qu’on se rassure : l’ambiguïté sera levée dans la suite Kuzco 2 : King Kronk où le bellâtre épousera un cheftaine scout - cela ne s’invente pas !

Dans Lilo & Stitch, Jumba et Pikly affichent ainsi la volonté de vivre ensemble sur la Terre, le second ayant d’ailleurs un goût prononcé pour le « déguisement ». L’honneur restera pourtant toujours sauf ; les deux personnages étant des... extra-terrestres !

Dans Le Roi Lion 3 : Hakuna Matata, Timon livre des scènes qui résonneront sans mal du Castro au Marais. Alors que sa mère l’enlace et le recoiffe, le toon lance, en effet, un malicieux et plein de sous-entendus « et après on s’étonne que je sois perturbé ! ». Plus tard même, dans le récit, tandis que sa mère le découvre en train de danser habillé en vahiné et s’interroge sur le fait que son fils a bien changé, son oncle hurle à sa vue un drôlissime « mais il est habillé en fille !!! ». Fort habilement, la série Timon & Pumbaa remettra de l'ordre dans ses priorités...

Dans Chicken Little, Boulard est un gai camarade qui accumule de nombreux handicaps. Boulimique, mal dans sa peau, incompris par sa classe, passionné de karaoké dance et de comédies musicales, soumis à une mère ultra possessive et peureux de sa propre ombre, il révèle finalement sa pugnacité dans l’adversité quand la chanson « I will survive » déboule sur les ondes...

Enfin, dans Cars - Quatre Roues, d’imposants tout-terrains rutilants, venus de la grande ville pour prendre, auprès de Sergent, des cours de conduite 4/4 dans le désert rechignent au premier obstacle à la seule idée de salir leurs roues...

Qu’on se le dise : il n’est pas encore là le temps où l'amitié deviendra particulière entre deux princes Disney, même si, à y regarder de plus près, la fierté est déjà parfois de mise chez les amis de Mickey...

...et ça ne date pas d'hier !

   
Répondre à Timon Timauvais
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Message de Dame Gaëlle : 20 Mars 2011
Bonjour, j'ai un peu de mal avec votre article. Même si on peut se faire des idées sur certains personnages, il faudrait laisser une part de doute et ne pas donner de mauvaises idées à Disney. Pour moi, si le fait d'avoir un couple homosexuel dans une production Disney est délicat pour eux, il faudrait qu'ils le fassent franchement et sans second degré !
Autant Kronk pourrait l'être selon ce qui a fait la définition d'un gay dans le monde actuel (baraqué mais tendre et aime faire des trucs de filles) autant Timon est peut-être justement perturbé parce qu'il voudrait changer de sexe et devenir une fille parce qu'il n'aime pas la place et les responsabilités que lui impose les autres mangoustes mâles.
Ici, le profil gay bien connu est encore sur-utilisé et tout ceux qui ont des amis homosexuels savent très bien qu'il n'y a pas que des gars comme ça ou des femmes comme ça. Ça arrive bien sûr mais c'est devenu une mauvaise habitude de toujours vouloir savoir si la personne en face était homo, bi ou hétéro. Le plus simple étant de lui demander !
Pareil pour les 4x4 qui prennent des cours dans Cars, je pense que c'était plus un clin d'oeil par rapport aux gens qui ont ce genre de 4x4 de villes tout clinquants et propres à chaque fois mais qui n'ont jamais roulé sur la terre et ne connaissent que les revêtements en goudron.
Pour Tic et Tac, n'oubliez pas Clarice dans Two Chips and a Miss où ils se battent l'un contre l'autre pour elle, ça m'est venu direct. Il n'y pas plus flagrant pour des hétéros ! Ou alors ils sont bi parce qu'ils s'embrassent à la fin même si c'était accidentel ? Mais encore une fois ce n'est pas parce deux amis du même sexe vivent ensemble qu'ils sont amoureux ou ont des actes sexuels ensemble ! Même s'ils ne sont pas humains.
Pour finir, Walt Disney voulait toujours être dans l'air du temps et combattre les "méchants", donc moi j'aurai bien vu un court métrage avec des personnages gays (je pense même que des filles serait plus simple à mettre en oeuvre) et lutter contre les fans de convictions religieuses. Mais étant donné que la religion était la chose la plus mauvaise inventée par les humains et qu'elle a toujours été la source de conflits et de guerres, ça 'étonnerait que les studios Disney osent faire ça ces prochaines années, sauf si quelqu'un est assez solide et courageux pour le faire.
La réponse du Seigneur Timon Timauvais :
Tout en étant aujourd'hui une société clairement gayfriendly (Disney a été l'une des premières aux USA à accorder à ses collaborateurs gays, les mêmes droits sociaux que les hétéros et elle fait figure d'exemple par sa politique volontariste non discriminatoire) elle n'en reste pas moins un label américain à vocation familiale et universelle ; dès lors, elle fait tout pour s'économiser des polémiques politiques, sociétales ou morales. Quand on voit par exemple que Mac Doc USA a clairement pris ses distances avec la publicité de sa filiale française mettant simplement en scène un jeune gay déjeunant avec son père, son PDG rappelant dans une interview à son sujet qu'il était chrétien pratiquant et que cette publicité ne serait jamais diffusée sur le sol américain, on comprend mieux le chemin à parcourir pour voir un jour un personnage ouvertement gay dans un dessin animé (ou même une série télé) de Disney... Pour autant, la nature ayant horreur du vide (hé, hé pas folle la guêpe, ou du moins pas complètement !), je relève simplement que des personnages gays (certes pas ouvertement mais, second ou troisième degré aidant, il n'y a pas de places au doute les concernant si bien sûr, on accepte la caricature...), sont déjà bien présents, ici et là, dans la filmographie disneyenne. Aprés, il ne faut pas aller trop loin non plus :  Timon n'a pas de propension au transgenre quant à Tic & Tac, le doute reste seulement permis  (notez bien qu'il n'est pas avéré !) parce qu'ils n'ont aucun lien de parenté, vivent ensemble depuis toujours et n'ont dans toute leur filmographie qu'une seule "aventure" avec une représentante du sexe opposé... Concernant Walt Disney, penser qu'il aurait imaginé un instant la possibilité de personnages gays relève de l'affabulation dans la mesure où, compte tenu de l'époque à laquelle il vivait et de ses convictions religieuses rigoristes, il était clairement homophobe (voir à ce sujet, mon autre billet Les Mites du Mythe)... Enfin, je n'adhère pas à votre cabale anti-religieuse mais c'est un autre sujet...
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