Date d'ouverture :
Le 12 avril 1992
Type d'attraction :
Parcours scénique
Crédit Photos :
Flavie Madeleine David
Virginie Guenot
Philippe Melot-Henrion
Philippe Piquer
Ludivine Taieb
Paul Malandain
Romain Chayot
Musique :
John Debney
Buddy Baker
Durée :
9 minutes
(sans tenir compte de la file d'attente)

Le synopsis

Si Big Thunder Mountain est le point culminant qui a marqué l’histoire de la ville minière de Thunder Mesa, les habitants vivent dans l’ombre d’un édifice tout aussi remarquable, mais au passé bien tragique. Depuis les hauteurs de Boot Hill, un vieux manoir abandonné qui a autrefois connu un faste ostentatoire mais que personne n’ose désormais approcher domine en effet le paysage : le Manoir Ravenswood, l’ancienne demeure de la famille propriétaire de la mine d’or de Big Thunder. Nombreuses sont les rumeurs qui ont donné à ce lieu la réputation d’être hanté, si bien qu’il est désormais connu sous le nom de Phantom Manor. Alors qu’ils s’en approchent, les visiteurs ne se laissent pas décourager par ces racontars. Les grilles ouvertes semblent insolemment les mettre au défi d’entrer... et de découvrir quels sombres secrets elles recèlent. Pourquoi donc hésiter ?

L'expérience

Du haut de la colline de Boot Hill qui surplombe l’extrémité sud de Lucky Nugget Lane, une lugubre bâtisse se rappelle constamment au souvenir des habitants de Thunder Mesa qui ne trouvent plus le courage de s’en approcher : le sinistre Phantom Manor. Témoin d’une époque prospère maintenant révolue, sa façade n’évoque désormais plus que la ruine de par sa toiture percée, ses bardeaux détachés, ses balustrades effondrées ou ses volets encore à peine accrochés aux fenêtres et battant au vent. Au sommet, un paratonnerre fait d’une tige de métal équipée d’une ampoule de verre orangé se dresse vers le ciel comme une pointe hérissée et menaçante.

Dans les alentours règne un silence que seuls le vent et le hurlement des loups viennent parfois rompre. C’est alors que quelques curieux, en visite à Thunder Mesa, dirigent leurs pas vers la clôture de la propriété. Mais lorsqu’ils observent la demeure, celle-ci semble les examiner en retour. Où ne serait-ce qu’une désagréable impression ? Quelle est cette forme qu’ils croient apercevoir à la fenêtre centrale au premier étage ? Une silhouette vêtue de blanc ? Improbable ! Vu son état, cette demeure n’est certainement plus habitée. Et pourtant, la cheminée laisse échapper de la fumée...

Le portail est encadré par deux plaques de métal cernées de serpents entrelacés portant une formule latine : Non Omnis Moriar. Cette devise, qui signifie en latin « Je ne mourrai pas complètement », devait être celle de la famille Ravenswood et semble faire allusion à une quelconque victoire sur la mort. Une fois les grilles franchies, les intrus découvrent les jardins qui devaient être très certainement plaisants autrefois, mais ne sont plus entretenus depuis des décennies. Arrivant sur une petite place circulaire, ils s’engagent le long d’une allée qui serpente jusqu’au manoir. Çà et là subsistent les vestiges de sculptures, de vases, de bassins pour oiseaux et même un vieux cadran solaire à peine discernable dans la végétation reprenant ses droits. Plus loin, ils entendent une douce mélodie mélancolique qui s’échappe d’un petit belvédère vitré. À l’intérieur, sur une table, se trouve encore un plateau à thé oublié il y a longtemps et quelque part, une boîte à musique joue continuellement cette entêtante mélopée.

Les visiteurs atteignent ensuite un vaste pavillon en bois abritant une fontaine décrépite. Seul le son de l’eau s’écoulant avec difficulté de son sommet et à travers ses fissures se fait encore entendre dans ce lieu qui a très probablement connu de sublimes banquets les jours d’été. Pour peu, les visiteurs auraient presque l’impression d’entendre encore les échos de ces festivités se mêlant au son des gouttes d’eau. Depuis ce pavillon, ils poursuivent leur chemin jusqu’à arriver sous le porche de la demeure. Passant devant les fenêtres du rez-de-chaussée, trop sales pour pouvoir voir à travers, ils tentent de jeter un œil à l’intérieur, mais en vain. Peu importe, il ne doit vraisemblablement pas rester grand-chose dans cette bâtisse… Encore quelques mètres et ils se retrouvent enfin devant la porte d’entrée, décorée de deux imposants marteaux dorés. Avant d’entrer, ils jettent un dernier coup d’œil vers Thunder Mesa et apprécient la vue panoramique sur Big Thunder Mountain et les Rivers of the Far West dont les anciens résidents devaient jouir autrefois.

Soudain, les portes d’entrée s’ouvrent devant eux et un domestique à la mine peu avenante les examine un instant sans prononcer un mot, puis les invite à entrer. Avançant avec appréhension, ils pénètrent dans le Foyer, une pièce très sombre dont les fenêtres ne laissent pas entrer le jour et dont le lustre peine à contrer la pénombre. Le temps n’a décidément pas été clément avec l’édifice : les lambeaux défraîchis de ce qui devait autrefois être un papier-peint somptueux pendent des murs effrités et dans un angle de la pièce, une toile suspendue en hauteur dépeint le jardin du manoir sous un ciel gris. Au premier plan se tiennent deux personnes : une jeune mariée triste, à peine identifiable sous son voile, et derrière elle, un homme repoussant, entièrement vêtu de noir et coiffé d’un chapeau haut-de-forme, qui referme ses mains sur les épaules de la jeune femme à la manière des serres d’un rapace sur une proie. Non loin d’eux se trouve un arbre dont une branche porte un nœud coulant et au tronc gravé de quatre cœurs rayés contenant des noms à peine déchiffrables.

Tout à coup, une voix désincarnée résonne entre ces murs, celle d’un homme s’adressant aux visiteurs avec courtoisie, mais laissant percevoir une certaine cruauté. Se présentant comme « le Fantôme des lieux », la voix se remémore des jours plus heureux lorsque le manoir et ses résidents coulaient des jours paisibles. Comme pour illustrer ces mots, la pièce entière se métamorphose soudainement et retrouve son élégance d’antan, presque irréelle. Le papier-peint paraît flambant neuf, le lustre brille de mille feux et même le tableau semble à présent différent. Son paysage y est maintenant ensoleillé et l’homme en noir sourit aimablement en posant fièrement au côté de la demoiselle vêtue d’une élégante robe bleue. L’arbre près d’eux ne porte à cette époque qu’un cœur gravé sur son tronc, laissant présager par déduction un quadruple malheur à venir.

La scène en 1992

Tout à coup, un domestique leur ouvre les portes et les invite à entrer dans la première pièce de la demeure, le Foyer. Le jour y pénètre difficilement à travers les carreaux sales des deux fenêtres. À la lueur du lustre recouvert de toiles d’araignées, ils distinguent dans un angle de la pièce un miroir ovale situé en hauteur, entouré de draperies. Rien d’anormal à première vue. Cependant, le reflet d’une jeune femme semble y apparaître de temps à autre. Puis, alors que le silence se fait, une voix masculine s’élève, comme surgissant des murs, et s’adresse directement à eux, leur reprochant d’avoir troublé la sérénité des lieux. D’un air presque moqueur, elle les enjoint à s’exposer à la faible lumière pour faire meilleure connaissance.

Un pan de mur s’ouvre et dévoile une nouvelle pièce octogonale dans laquelle la voix invite les visiteurs à avancer. Ceux-ci s’exécutent et se rassemblent en son centre, suivis par cette même voix qui les a accueillis. Au-dessus d’eux, disposées sur une corniche, huit gargouilles sculptées tiennent les chandelles qui forment la seule source de lumière de cette pièce secrète. Leurs yeux sont fixés sur les nouveaux venus et leurs gueules sont figées en un étrange rictus.

Au-dessus de la corniche sont exposés quatre tableaux, chacun représentant la jeune femme aperçue précédemment aux côtés d’un homme que la voix présente comme un prétendant malchanceux. Sur le premier portrait, elle pose au bras de Barry Claude, entrepreneur au regard hautain, dans une forêt s’étendant devant son exploitation pétrolière. Sur le deuxième, elle figure aux côtés d’Ignatius Knight, un responsable de la Big Thunder Mining Company au visage dur, plus connu sous le nom d’Iggy Knight. Sur le troisième portrait, elle est en compagnie du Capitaine Rowan D. Falls devant le fleuron de la Western River Line, le Mark Twain. Enfin, sur la dernière toile, elle se trouve dans la scierie de Sawyer Bottom en sa compagnie. Chacun de ces hommes semble déborder de fierté, alors que la femme, à l’évidence l’héritière des Ravenswood, maintient au contraire une attitude froide et distante.

Les portes se referment en un claquement sourd derrière les visiteurs et un courant d’air traverse la pièce. Les lumières des chandelles vacillent et la voix attire l’attention de ses hôtes sur une étrange transformation. Les visiteurs comprennent alors à quelle malchance leur hôte faisait référence. En effet, sur chacune des toiles, la jeune femme devient de plus en plus effacée, jusqu’à totalement se volatiliser, laissant seul chacun de ses prétendants à un destin tragique. Les murs semblent ensuite s’allonger, entraînant dans leur étirement paranormal les toiles qui dévoilent progressivement quels sorts funestes ont connu les quatre hommes.

Barry Claude, réfugié au sommet d’un arbre, tente vainement d’échapper à un ours qui le pourchasse. Iggy Knight, encerclé par un incendie dans un tunnel de la mine, se retrouve piégé sur une pile de caisses d’explosifs. Rowan D. Falls, naviguant à bord d’une barque, se retrouve emporté malgré lui dans une cataracte. Quant à Sawyer Bottom, il est assis à califourchon sur un tronc qu’entame une scie circulaire. Inutile de préciser quelles fins épouvantables les attendent.

Et comme pour ajouter à l’appréhension des visiteurs, le Fantôme ajoute d’un ton moqueur qu’ils se retrouvent bien malgré eux dans une situation similaire : dans une pièce sans portes, ni fenêtres qui ne leur offre aucune issue ! Et alors qu’il propose de leur en offrir une, les lumières s’éteignent, plongeant la pièce dans la plus totale obscurité. Le plafond maintenant très haut disparaît soudainement et, à la lueur d’un orage commençant à gronder, les visiteurs peuvent apercevoir dans la charpente leur hôte, le Fantôme, une silhouette vêtue de noir, ainsi que la solution qu’il propose : un nœud coulant !

La scène en 1992

Promettant que le manoir regorge de belles surprises à découvrir, la voix les invite à poursuivre leur visite. Et pour accompagner ces mots, un pan de mur s’ouvre et dévoile une pièce octogonale lambrissée décorée de quatre toiles de maître. Les visiteurs se rassemblent en son centre et constatent que chacune de ces peintures représente une ravissante jeune femme, celle-là même qui leur est apparue précédemment dans le miroir du Foyer. Cueillant tantôt des roses dans le jardin de la propriété, traversant un ruisseau à pied ou une rivière en barque ou même jouissant de la compagnie d’un admirateur qui lui joue un air de banjo à l’occasion d’un pique-nique, ces œuvres soulignent l’existence idyllique que devait mener la principale intéressée.

S’abandonnant à leur contemplation, les visiteurs réalisent soudainement qu’ils se sont laissés emprisonner dans la pièce, la cloison par laquelle ils sont entrés s’étant silencieusement refermée derrière eux. À la lueur de chandelles tenues par huit gargouilles grimaçantes sculptées, ils constatent alors que la salle semble s’agrandir, ses murs s’allongeant et son plafond s’éloignant d’eux. Les quatre portraits se retrouvent eux aussi entraînés dans cette déformation surnaturelle, tandis que la voix, aussi impassible qu’un guide, commente à quel point leur exécution laisse transparaître la douceur et l’innocence de la jeunesse.

Les toiles continuent cependant à s’étirer, vraisemblablement sans fin, et révèlent des scènes bien plus terrifiantes qu’elles ne le laissaient présager au départ. Sur le premier tableau, les roses que la jeune femme cueille poussent tout près d’une pierre tombale… d’où surgissent les restes décomposés d’un cadavre enragé. Sur l’autre tableau où elle remonte un cours d’eau à pied, une monstrueuse créature aquatique aux griffes acérées se dirige droit sur elle. Le troisième tableau qui la représentait en barque sur une rivière dévoile désormais une vertigineuse cataracte vers laquelle elle est entraînée à son insu. Enfin, la paisible scène de pique-nique se transforme en cauchemar lorsque les mets attirent des myriades d’insectes et de serpents voraces.
C’est alors que la voix attire leur attention sur un détail embarrassant : la pièce dans laquelle ils se trouvent ne comporte ni portes, ni fenêtres. Elle leur propose néanmoins une solution. Une solution qui se matérialise sous leurs yeux… Les chandelles s’éteignent brusquement, plongeant la pièce dans l’obscurité la plus totale, et le plafond se volatilise, laissant apercevoir la charpente au-dessus. Des éclairs illuminent le sommet de la pièce et une silhouette se distingue peu à peu, suspendue dans les airs comme si elle flottait. Les visiteurs comprennent bien vite, à leur plus grande horreur, que cette personne, au vu de sa moustache, n’est autre que l’homme apparaissant aux bras de la radieuse jeune femme dans le tableau du pique-nique, à présent assassiné par pendaison, les pieds et les mains ligotés. Qui donc a bien pu commettre un tel acte ?

Une autre silhouette entièrement vêtue de noir, plus difficile à distinguer, se tient dans l’entrebâillement d’une fenêtre en empoignant la corde meurtrière et en éclatant d’un rire diabolique. Le Fantôme ! Aucun doute possible, son rire et la voix qui a guidé les visiteurs jusqu’ici appartiennent à la même personne.

L’orage cesse et les visiteurs semblent abandonnés dans les ténèbres pendant ce qui paraît être une éternité. Heureusement, les chandelles brillent à nouveau et le plafond a retrouvé sa place. S’agissait-il d’une hallucination ? Un autre pan de mur s’ouvre, offrant aux prisonniers l’échappatoire tant désirée. Ils quittent la pièce octogonale et avancent prudemment dans une sombre galerie, toujours suivis par l’écho de la voix du Fantôme qui s’excuse avec fausse contrition de son trait d’humour noir. Il les invite à aller faire connaissance avec « la future mariée ».

La Galerie des Portraits dans laquelle ils avancent s’avère être ornée de miroirs ternis et de toiles de maîtres. Ces œuvres attirent l’œil tout particulièrement car elles sont métamorphosées par une foudre surnaturelle qui les frappe. La première à gauche représente un cavalier chevauchant dans l’Ouest sauvage et s’approchant d’un pic qui n’est pas sans rappeler celui de Big Thunder Mountain. Lorsque l’orage éclate, les cieux sont traversés par un troupeau fantomatique et le cavalier et sa monture se retrouvent changés en charognes. Sur la droite, dans un deuxième portrait, le maître des lieux, Henry Ravenswood en personne, pose solennellement les bras croisés, vêtu d’un élégant manteau noir et coiffé d’un haut-de-forme. En une subite lueur d’éclair, le voilà métamorphosé en ce même Fantôme aux yeux démoniaques qui, un instant auparavant, avait enfermé le groupe.

Plus loin, une troisième toile oppose ce même Monsieur Ravenswood à un rival dans un duel devant l’entrée du manoir. Tout à coup, ce duel prend une tournure funeste lorsque Ravenswood triche et abat son adversaire d’un tir traître dans le dos. Enfin, un quatrième tableau met en scène un majestueux trois-mâts voguant sur l’océan... qui se voit instantanément changé en vaisseau infernal aux voiles enflammées !

L’extrémité de la galerie est occupée par un portrait en pied d’une magnifique femme en robe de mariée. En s’en approchant, les visiteurs y reconnaissent la fille du maître : Melanie Ravenswood, l’anneau au doigt et le visage radieux. A-t-elle finalement pu rencontrer l’amour de sa vie, malgré le destin qui s’est acharné sur ses prétendants ? Et quel est ce murmure étrange ? Leur imagination leur joue vraisemblablement des tours car ils croient entendre la mariée les supplier de l’épouser.

La scène en 1992

L’orage cesse et le silence se fait à nouveau. Abandonnés dans les ténèbres pendant ce qui paraît être une éternité, les visiteurs appréhendent la suite. Cette démonstration macabre de pendaison est-elle réellement l’unique solution proposée pour quitter les lieux ? Heureusement, non. Très vite, les chandelles brillent à nouveau et les visiteurs constatent que le plafond est toujours en place. S’agissait-il alors d’une hallucination ? Un autre pan de mur s’ouvre tout à coup et permet aux visiteurs de quitter cette pièce peu rassurante, suivis de la voix du Fantôme qui s’amuse de la petite frayeur qu’il leur a causée. Découvrant alors une longue galerie ornée de portraits, ils avancent en contemplant les œuvres exposées aux murs.

Ces toiles de maître paraissent elles aussi parfaitement innocentes au premier coup d’œil : une jeune femme grecque dans un temple, un chevalier sur son destrier brandissant son épée, une femme allongée sur un divan dans la plus pure tradition des odalisques, ou encore un trois-mâts voguant sur l’océan. Mais par un phénomène inexplicable, ces images se retrouvent tout à coup altérées en versions dénaturées : la jeune femme grecque se change en la redoutable gorgone Méduse, le chevalier et sa monture sont réduits à l’état de squelettes, la femme sur le divan se transforme partiellement en panthère. Quant au navire, il devient un vaisseau fantôme aux voiles lacérées. Une simple illusion d’optique, à en croire le Fantôme…

La galerie termine sur un portrait en pied de la jeune femme que les visiteurs reconnaissent dorénavant bien. Cette fois-ci, elle y est représentée en robe de mariée, radieuse, et l’anneau au doigt. L’homme qu’elle semblait chérir n’a-t-il pourtant pas connu un sort funeste ?

La galerie débouche enfin sur une vaste salle qui a de quoi laisser les visiteurs bouche bée. S’il leur fallait une preuve de la grandeur passée de la demeure, ils la voient dans ce hall occupé par un monumental escalier à double volée. Plusieurs bouquets de fleurs fanées sont disposés sur des guéridons, comme si les lieux avaient été préparés pour une célébration avant d’être figés dans le temps. Un buste de marbre, à l’image d’une femme aux traits particulièrement sévère, est exposé dans une niche ouverte dans le mur et semble en permanence fixer son regard sur les intrus. Une grande baie vitrée surmonte le Grand Escalier et à l’extérieur, une effroyable tempête fait rage. Alors qu’ils s’approchent des marches, les visiteurs reconnaissent une silhouette immobile sur le palier, contemplant tristement le paysage désolé à travers la vitre : Melanie, vêtue de sa robe de mariée flottant au vent, errant seule depuis des années entre ces murs. Que guette-t-elle ainsi ?

La scène en 1992

Poursuivant leur chemin, les visiteurs atteignent une vaste salle dont la vue les cloue sur place. Témoin de la splendeur passée des lieux, un sublime escalier de marbre à double volée se dresse devant eux, baigné dans la chaleureuse lumière dorée des candélabres qui l’entourent. Au sommet des marches, au-dessus d’un guéridon portant un vase, s’ouvre une immense baie vitrée donnant sur un paysage désolé au-dessus duquel commence à gronder un orage. Une tempête approche…

Alors qu’un buste de marbre, à l’image d’une femme aux traits particulièrement sévères, semble en permanence fixer son regard sur les intrus depuis la niche murale où elle est exposée, la lueur de la salle semble se ternir et prendre peu à peu une teinte étrangement verdâtre. De brusques éclairs surgissent alors des nuages noirs qui s’amoncellent et, comme soufflées par le vent, les chandelles s’éteignent, plongeant la salle entière dans la lueur de la nuit.

De sombres sièges appelés Doom Buggies glissant sur le sol avancent au pied de l’escalier. L’un des domestiques du manoir invite les visiteurs à y prendre place. Pour ceux qui hésitent encore, il est trop tard pour reculer. Une fois installés, le siège les emporte inexorablement dans l’obscurité, le long d’une volée de marches gardée par deux sublimes griffons sculptés surmontés de hauts candélabres. Arrivés au premier étage, ils s’égarent dans les couloirs sinueux dans lesquels tout est immobile en dehors des rideaux emportés par les courants d’air qui traversent les lieux. L’impression de menace se renforce malgré tout à chaque mètre. À un tournant, les visiteurs se retrouvent nez à nez avec une armure ancienne placée dans une alcôve, empoignant une hallebarde peu engageante. Et ce qui est encore moins rassurant, c’est qu’elle semble animée par une force inconnue et sur le point de bondir sur le premier intrus venu.

Ne s’attardant pas devant elle, les visiteurs atteignent ensuite une bifurcation. Sur leur droite s’ouvre un long couloir éclairé, si long qu’il semble s’étendre, encore et encore, jusqu’à s’évanouir dans l’infini. Mais quelque chose s’y trouve : un bougeoir flottant dans l’air. Une silhouette vaporeuse semble le tenir d’une main : la mariée elle-même ! Et juste derrière elle… son père, son visage ne ressemblant plus qu’à un crâne et ses yeux rougeoyant la surveillant constamment.

Plutôt choisir le chemin sur la gauche ! Les visiteurs s’y engagent sans hésiter et passent devant un petit salon de musique dont la baie vitrée, brisée par endroits, donne sur un paysage brumeux balayé par la tempête. Un vieux piano poussiéreux en occupe le centre, son livret de partition ouvert à la page d’un morceau nuptial funèbre intitulé « The Wedding Dirge ». Le piano est entouré de quatre couronnes mortuaires, chacune dédiée à l’un des quatre malheureux qui avaient autrefois vainement espéré gagner la main de Melanie. L’un d’eux, Barry Claude, s’est même vu immortaliser en une photographie posée sur le piano. De façon inexplicable, les touches de l’instrument désaccordé s’enfoncent d’elles-mêmes, sans qu’aucun pianiste ne soit installé devant elles, et interprètent avec virtuosité cette mélodie qui s’apparente à la célèbre marche nuptiale. La composition grinçante du morceau produit une sonorité à en faire frissonner plus d’un, tandis qu’un étrange corbeau posé non loin croasse en fixant les vivants de ses yeux rouges. La lueur de la lune traversant les vitres projette au sol une ombre dont les doigts dansent sur les touches. En observant de plus près, les visiteurs parviennent sans mal à y reconnaître celle du Fantôme, jouant cet hymne en souvenir de ceux qui ne seront jamais ses gendres. Une bien cruelle moquerie à leur égard...

La scène en 1992

Avançant dans les couloirs obscurs de la demeure, ils prennent un tournant et se retrouvent nez à nez avec la mariée tenant en main un bougeoir dont la lumière lutte contre les ténèbres. Sans prononcer un seul mot, elle s’incline gracieusement devant eux comme pour leur souhaiter la bienvenue et parvient même à esquisser un sourire triste alors qu’une larme coule sur sa joue. Quelques mètres plus loin, ils atteignent l’entrée d’un long couloir qui s’étend, encore et encore, jusqu’à se perdre dans l’infini. Inexplicablement, un bougeoir flotte au milieu de ce passage et peu à peu, une silhouette vaporeuse se matérialise en le tenant : la mariée, errant seule dans ce lieu sans fin... Préférant éviter cette direction, les visiteurs avisent un petit salon occupé en son centre par un vieux piano. Un étrange corbeau posé tout près croasse en fixant les intrus de ses yeux rouges. Alors que sur les portes de la pièce, les marteaux métalliques se mettent à battre furieusement, les touches de l’instrument s’enfoncent d’elles-mêmes inexplicablement. La lumière nocturne passant par une grande baie vitrée partiellement brisée éclaire le sol et projette une ombre : celle d’un pianiste qui n’est pourtant pas physiquement présent !

Suivis par l’écho de l’instrument, les visiteurs progressent à reculons dans les couloirs du manoir tapissés d’un papier peint déconcertant dont les motifs ressemblent à s’y méprendre à des visages démoniaques. En passant devant les chambres verrouillées, ils éprouvent un sentiment de danger qui se dégage de ce lieu, nourri par les sons frénétiques qui s’y font entendre. En effet, au rythme de la marche nuptiale funèbre, des entités mystérieuses, à défaut de meilleur terme, semblent s’éveiller derrière chaque porte et tentent désespérément de se libérer en poussant des cris horrifiants. Sur la droite, la poignée d’une porte s’agite furieusement, tandis qu’à gauche, une autre porte résonne des coups violents que son prisonnier lui assène. Très vite, les murs sont noyés dans une cacophonie de hurlements, de supplications et de lamentations.

Un panneau accroché au mur, portant l’inscription « Tomb Sweet Tomb », pourrait presque faire sourire si la situation n’était pas aussi périlleuse.
Très vite, en effet, les portes semblent être sur le point de céder car l’une d’elles laisse échapper les deux mains décharnées de son occupant qui tente de la faire ployer en implorant par des petits cris affolés d’être libéré. Pis encore, depuis l’intérieur de la chambre d’en face, une force inconnue parvient à tordre le bois tout entier. Par chance, ces vieilles portes sont suffisamment robustes pour entraver tout ce qui se terre derrière et laissent aux visiteurs, qui de toute manière ne souhaitent pas vraiment faire connaissance avec les résidents, le temps de fuir. N’écoutant que leur bon sens, ils se hâtent de poursuivre leur chemin le long de ce couloir qui se perd dans l’obscurité. À son extrémité, ils découvrent une grande horloge au cadran cerclé de crocs, surmonté de deux rubis comme des yeux, et au pendule évoquant la forme d’une queue de diable. L’image même d’un démon mécanique ! La grande aiguille, en forme de vipère, remonte très rapidement dans le sens anti-horaire les treize heures qui supplantent ici les douze heures traditionnelles, tandis que des yeux verdâtres, ceux des visages du papier peint, luisent dans la pénombre tout autour. L’infernal carillon se mêle aux cris du couloir jusqu’au treizième coup. Puis, le calme se fait à nouveau.

Les visiteurs pénètrent alors dans une vaste salle circulaire, entourée de cinq griffons dorés et enveloppée d’une bien singulière brume verdâtre. Dans le silence presque solennel, ils perçoivent néanmoins une voix féminine, récitant d’étranges incantations. D’où vient-elle donc ? Au centre, sous la faible lueur du lustre, se trouve une simple table ronde recouverte d’une nappe sur laquelle est posée une boule de cristal. Une séance de spiritisme doit être en cours et il est très probable que la médium soit assise dans le siège installé tout près. À leur grande surprise, les visiteurs réalisent que ce siège est vide, en dehors du menaçant corbeau perché sur le dossier qui les a suivis jusqu’ici. Pourtant, la voix continue à se faire entendre.

Entraînés dans un mouvement de rotation parfait autour de la table qui lévite légèrement au-dessus du sol tout en tournant sur elle-même, les visiteurs se retrouvent bientôt face à la boule de cristal. C’est alors qu’ils croisent le regard de Madame Leota, la voyante dont le visage n’est visible que dans le cristal. De sa voix impérieuse, elle exhorte toutes sortes d’entités, gobelins, goules, esprits, sorcières… et vivants à venir célébrer des noces maudites dans lesquelles le fiancé « disparaîtrait ». Tout l’air semble chargé de murmures et de sifflements en réponse à ces appels. Les Doom Buggies sont eux aussi entraînés, de gré ou de force, vers ladite célébration dans un passage sombre d’où parviennent les échos et les clameurs d’une foule.

Les visiteurs atteignent une mezzanine sous laquelle se dévoile à leurs yeux médusés une immense salle de bal, certainement la plus vaste pièce de la demeure. Un corbillard entré par une double-porte au fond amène dans ses cercueils les spectres des convives qui déposent leurs présents de mariage sur une pile devant les flammes émeraude de la cheminée. Se joignant gaiement aux festivités, ils prennent ensuite place à la grande table qui occupe le centre de la salle. Le banquet servi il y a des années n’y est dorénavant guère appétissant : ils n’y trouvent que des mets décomposés et moisis dans de la vaisselle ensevelie sous la poussière ; même une pièce montée s’effondre sur elle-même ! Ils semblent malgré tout goûter allègrement à ces victuailles et deux spectres bien ivres, un petit homme replet et une femme au visage difforme, ont même quitté la table pour s’envoler… dans le lustre suspendu à la voûte plusieurs mètres au-dessus.

La foudre tombe en grondant et la lueur de l’éclair laisse deviner la silhouette lointaine de Big Thunder Mountain à l’extérieur. Mais la tempête n’empêche pas d’autres esprits de profiter de la piste de danse qui s’étend à gauche de la table. Ces danseurs entraînent leurs cavalières vêtues de magnifiques robes au son d’un grand orgue qui occupe le mur. L’organiste qui s’y est installé produit avec talent des notes lugubres qui s’échappent des tuyaux… sous forme de volutes ressemblant à des visages hurlants ! Levant le regard, les visiteurs constatent qu’une autre mezzanine leur fait face, sur laquelle, près d’un tableau représentant le manoir dans son état originel, la mariée contemple tristement ses noces alors que son père, ricanant manifestement très satisfait, accompagné du sinistre corbeau, se tient triomphal à la balustrade.

La scène en 1992

Levant le regard, les visiteurs constatent qu’une autre mezzanine leur fait face. Sous un tableau représentant le manoir dans son état originel, le sinistre corbeau semble les narguer depuis la balustrade. La mariée descend le long des marches pour rejoindre les réjouissances, mais s’arrête en chemin, contemplant tristement ses noces. Elle semble dorénavant différente, comme si elle avait vieilli. Elle tourne les yeux vers les grandes fenêtres au-dessus d’elle et, suivant son regard, les visiteurs aperçoivent la silhouette du Fantôme se découpant dans les éclairs. Riant sans retenue, il se tient triomphal sur le rebord, dominant la salle comme un malfaiteur contemplant son œuvre.

Comme ils sont venus, les visiteurs délaissent la fête en empruntant un long passage dans l’obscurité où leur parviennent encore quelques instants le faible écho de l’orgue et le rire du Fantôme. Ils entrent alors dans le boudoir de la mariée, une petite pièce intime dans laquelle la jeune femme trouve refuge loin de ses noces qui de toute manière ne seront jamais destinées à avoir lieu.
Un feu verdâtre grésille dans l’âtre de l’entrée, dont le contrecœur prend les traits d’une figure féroce, tandis que, non loin, une pendule murale en forme de lame tranchante égrène nonchalamment les dernières secondes avant minuit. Au-dessus du manteau de la cheminée, les visiteurs reconnaissent une œuvre qu’ils ont déjà aperçue dans la Galerie des Portraits : le portrait de Melanie Ravenswood dans sa robe de mariée, dont le regard semble les fixer. Passée cette petite antichambre, ils découvrent plus loin des étagères rassemblant ses souvenirs de jeunesse sur la gauche, ainsi qu’un vieux gramophone jouant une valse mélancolique sur leur droite. La mariée est également présente, assise à sa coiffeuse au fond du boudoir. Tournant le dos à ses visiteurs, elle pleure devant son reflet qui lui renvoie par-dessus son épaule l’image des yeux de son père.

La scène en 1992

La mariée est également présente, assise à sa coiffeuse au fond du boudoir. Tournant le dos à ses visiteurs, elle pleure devant son reflet qui ne lui renvoie désormais que le visage d’une vieille femme. Approchant d’elle, les visiteurs constatent en effet que les années et le chagrin l’ont durement affectée. Pour autant, elle n’a jamais retiré sa robe de mariée, s’accrochant probablement à un faible espoir… qui semble vain lorsque la glace se ternit pour ne plus devenir que l’image d’un crâne.

Respectant l’intimité et le chagrin de la maîtresse des lieux, les Doom Buggies quittent le boudoir par une porte donnant sur l’extérieur et se retrouvent dans le jardin abandonné à l’arrière de la demeure. Bien que le vent continue à souffler et l’orage à gronder, la tempête semble dorénavant se dissiper. Cette partie de la propriété a été étrangement reconvertie en cimetière de fortune, au vu des quelques pierres tombales qui s’y dressent, leurs épitaphes désormais illisibles. Soudain, un rire bien trop reconnaissable se fait entendre, et les visiteurs découvrent avec horreur le Fantôme se tenant à seulement quelques mètres d’eux, pelle à la main, près d’un trou fraîchement creusé ! Pour qui a-t-il destiné cette excavation ?
Sur la branche d’un arbre proche, le corbeau fixe son regard mauvais sur les mortels, semblant les narguer. Alors qu’ils reculent à cette vue, ils entendent sur leur gauche un grognement bestial. Se tournant, ils découvrent avec horreur un chien - ou plutôt ses restes - prêt à leur bondir dessus, la salive dégoulinant de ses crocs monstrueux. Ce molosse obéit vraisemblablement au doigt et à l’œil du Fantôme, son maître. Mais avant qu’il ne puisse passer à l’acte, les Doom Buggies reculent jusqu’à se retrouver entraînés dans une crevasse.

S’enfonçant sous terre encore et encore, ils passent devant des cercueils depuis longtemps inhumés dont les occupants reviennent tant bien que mal à la vie, leurs membres décharnés luttant pour s’en extirper. Les vivants atteignent vite d’anciennes catacombes oubliées et se retrouvent au beau milieu d’un tableau d’horreur !
Tout n’y est que putréfaction. Le squelette d’une femme pose la main sur un cercueil et en soulève le couvercle pour libérer les restes de son mari qui, s’ennuyant apparemment six pieds sous terre, se hisse avec lassitude de sa sépulture, la tête appuyée sur sa main. Non loin de là, un autre squelette rampe hors d’un tunnel, tandis qu’un dernier fait un pas hors d’un cercueil fendu en deux, la main pointée en direction des nouveaux venus.

Poursuivant leur descente infernale, les Doom Buggies se retrouvent devant un endroit où un éboulement a autrefois eu lieu, engloutissant sous terre les vestiges d’un cimetière en surface. Parmi ces décombres, quatre bustes encore intacts, parfaitement posés sur leurs piédestaux, figurent quatre artistes regrettés autrefois connus pour leurs talents de chanteurs : Phineas P. Pock, Ned Nub, Rolo Rumkin et Oncle Theodore.

Des percussions se font entendre et les bustes, finalement moins marmoréens qu’au premier abord, ouvrent soudainement les yeux et entonnent, en alternant mimiques faciales et grimaces grotesques, un air très entraînant malgré son ton morbide : Grim Grinning Ghosts. Oncle Theodore en est le meneur et, non loin, un squelette a rassemblé autour de lui une gamme complète de crânes qu’il frappe avec des os pour accompagner le quatuor. Au son de ce « skull-o-phone » improvisé, tous les squelettes entament une joyeuse danse... ou du moins ce qui s’y apparente venant de dépouilles. Déclamant en vers comment les esprits se matérialisent, poussent des vocalises et socialisent en s’amusant innocemment à effrayer les gens, les bustes dressent un portrait plutôt jovial de l’après-vie et achèvent leur performance par un diabolique éclat de rire.

C’est presque à contrecœur que les visiteurs laissent derrière eux ces réjouissances macabrement euphoriques et continuent le long d’un tunnel jonché d’ossements qui débouche sur la nuit extérieure. Passant alors devant un vieux corbillard abandonné dont la monture n’est plus qu’une carcasse au sol, ils aperçoivent un nœud coulant attaché à une branche près duquel s’est posé un vautour. Soudain, des spectres vaporeux apparaissent et s’envolent à travers la boucle de ce nœud, ignorant la présence des observateurs à proximité. Intrigués, les visiteurs les suivent jusqu’à une voie ferroviaire désaffectée aux rails complètement bosselés près desquels gît un pauvre chat momifié. Le responsable du dépôt, plus mort que vivant, apparaît alors au guichet et leur tend quelques billets usés en souriant de toutes ses dents. Refusant poliment un voyage possiblement sans retour, les visiteurs réalisent alors qu’ils sont à l’orée d’une ville de l’Ouest en ruines non loin de Thunder Mesa : celle qui est désormais connue sous le nom de Phantom Canyon.

Dans la nuit noire constellée d’étoiles qui brillent furieusement, une lueur surnaturelle baigne ce lieu abandonné dont les habitants depuis longtemps décédés reprennent possession. L’hôtel de ville, décoré d’une grande banderole souhaitant la bienvenue aux nouveaux arrivants, est le premier bâtiment qu’ils découvrent. Le Maire, vêtu de son plus beau costume et tenant en main la clef de la ville, vient les accueillir en personne sous le porche effondré, de même que le corbeau qui semble ne plus vouloir les quitter. Malgré la grande courtoisie de l’édile, ses yeux pâles et son teint franchement verdâtre ne rassurent personne ; ces craintes se trouvant confirmées lorsqu’il tire son chapeau en signe de salutation... emportant dans le mouvement sa propre tête séparée de son corps. Visiblement peu incommodé par cette amputation, il leur déclame quelques saillies d’humour noir, mais les met en garde contre d’éventuels esprits qui souhaiteraient s’asseoir clandestinement à leurs côtés.

La scène en 1992

Sous le soleil couchant colorant le ciel d’une vive teinte de feu, les habitants depuis longtemps décédés reprennent possession des bâtiments dévastés par un séisme qui a éventré le sol en larges crevasses. Alors qu’un coyote hurle au sommet d’une falaise, des cavaliers vaporeux chevauchent sans fin dans les cieux. Avançant dans cette ville infernale, les visiteurs arrivent tout d’abord devant le porche effondré de l’hôtel de ville où les reçoit le Maire, vêtu de son plus beau costume et tenant en main la clef de la ville, de même que le corbeau qui semble ne plus vouloir les quitter. Avec grande courtoisie, l’édile leur tire son chapeau en signe de salutation... emportant dans le mouvement sa propre tête séparée de son corps, ce qui ne semble pas l’incommoder outre mesure. Souhaitant leur présenter sa ville, il la qualifie de repaire « délicieusement invivable » pour 999 âmes. Il ajoute qu’une millième serait la bienvenue et leur suggère, non sans humour noir, de se porter volontaires à la fin de leur visite.

Avançant quelques mètres plus loin, face à l’imposante Big Thunder Mountain au loin, ils entendent tout à coup la détonation d’un revolver et une balle siffler tout près d’eux. Ils se retrouvent entre deux tireurs qui se livrent un duel ! D’un côté, un shérif abrité derrière des tonneaux et un lampadaire. De l’autre, un bandit tout juste sorti d’un braquage de la Cattlemen’s Bank et qui peine à faire avancer la mule paniquée portant tout son butin. Faisant preuve d’un incroyable manque de considération pour les vivants remontant la rue, ces deux tireurs vident leurs barillets l’un sur l’autre avec la même aisance que s’ils y avaient passé leurs vies. Évitant les projectiles, les visiteurs atteignent une pharmacie dont le propriétaire est occupé à concocter des remèdes. Mais attention à ne rien lui commander, car lorsqu’il ingère l’une de ses préparations, son visage se tord et se déforme en une figure de cauchemar. Ce n’est qu’en avalant un antidote qu’il retrouve son allure d’origine, aussi ordinaire qu’un défunt puisse paraître. À l’évidence, ses potions demandent un petit peu plus de travail.

Plus loin, dans un saloon à la façade effondrée, une danseuse entre en scène, accompagnée des airs qu’un pianiste interprète sur un piano. Une créature non identifiée, nichée dans l’instrument, sort d’une main un bougeoir qu’elle tend en direction de la vedette pour mieux la mettre en lumière, tandis que le barman prépare quelques verres pour les éventuels spectateurs. Si cette performance n’est pas de leur goût, ils peuvent toujours se joindre à une partie de poker qui a lieu dans un hôtel de l’autre côté de la rue… mais sans aucun joueur. Les cartes s’échangent d’elles-mêmes, les verres d’alcool sont bus, mais personne ne les manipule. À se demander s’il s’agit toujours du monde des morts ou d’un mauvais rêve délirant !

Atteignant l’extrémité de la rue, les visiteurs se retrouvent au pied de la colline où s’élève la sombre silhouette de Phantom Manor. Mais le pire reste à venir… Le Fantôme se dresse à quelques mètres devant eux, ricanant diaboliquement, au pied d’un arbre que le corbeau a rejoint et dont une branche présente un nœud coulant, cette fois-ci ostensiblement pour eux. Aux pieds du Fantôme, un cercueil ouvert semble avoir été préparé à leur intention et en effet, avec un simulacre de révérence, il les invite à y prendre place… pour toujours.

Prenant la fuite, les visiteurs échappent au maléfique esprit qui semble prêt à bondir sur eux et franchissent une porte ouverte au pied de la colline pour se retrouver dans les sous-sols du manoir. Là, dans une ancienne crypte oubliée, ils passent devant un mur qui porte quatre plaques gravées. En déchiffrant les inscriptions, ils reconnaissent les noms des quatre prétendants de Melanie : Sawyer Bottom, le Capitaine Rowan D. Falls, Ignatius « Iggy » Knight et Barry Claude. C’est donc ici, dans ces caveaux profondément enfouis sous le manoir, qu’ils reposent à jamais. Mais reposent-ils réellement en paix ? La stèle de Barry Claude est éventrée par une brèche à travers laquelle la main de son occupant semble être parvenue à passer... post mortem. Ses doigts décharnés sont encore serrés autour de l’écrin d’une scintillante bague de fiançailles, le joyau qu’il avait autrefois vainement destiné au doigt de Melanie.

Un bien triste tableau que les visiteurs laissent derrière eux, reconnaissants d’avoir échappé à un tel sort. Depuis cette crypte, ils remontent un passage dont le mur est orné de trois miroirs oblongs éclairés par des torches. N’ayant pas pris au sérieux l’avertissement du Maire qui les mettait en garde contre d’éventuels esprits clandestins, ils réalisent avec horreur qu’un spectre a bel et bien pris place à leurs côtés : Melanie elle-même, plus livide que jamais. Les mains jointes en signe de supplication et les yeux mouillés de larmes, elle conjure quiconque veut bien l’entendre de l’épouser avant d’éclater d’un rire maniaque et de se volatiliser définitivement.

La scène en 1992

Mais il est dorénavant difficile de reconnaître l’ignoble personnage car ce que les visiteurs voient devant eux n’est plus qu’un cadavre décomposé sorti d’un cercueil ouvert à ses pieds, ses vêtements en lambeaux et les restes putréfiés de son visage figé en un rictus et un regard aliéné. Triomphalement, sous les cieux enflammés, il éclate d’un rire dément et semble prêt à bondir sur les vivants. Prenant la fuite, ceux-ci avisent l’entrée d’un passage au pied de la colline, menant dans les souterrains oubliés du manoir. Remontant le long des parois rocheuses, ils atteignent une formation de cristal luisant devant laquelle se trouvent… d’autres restes humains, comme enchâssés dans la roche. Ce squelette porte encore les lambeaux d’une robe nuptiale et tient dans sa main un bouquet fané. Aucun doute possible, c’est là tout ce qui reste de la mariée... Dans un ultime effort, elle pointe un doigt décharné vers la gauche des visiteurs, leur intimant de fuir au plus vite.
S’exécutant immédiatement, ceux-ci atteignent une crypte uniquement décorée de trois miroirs. En s’y reflétant, ils réalisent avec horreur que le Fantôme les a suivis en s’agrippant au sommet de leur Doom Buggy pour les retenir, bien qu’il ne puisse être vu que dans ce reflet. Le Doom Buggy lutte pour se libérer de son emprise et le Fantôme finit par s’évaporer dans un nuage de fumée et des éclats de lumière.

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Après cette rencontre à leur glacer le sang, les visiteurs se retrouvent finalement dans la cave à vin du manoir, au beau milieu des fûts de grands crus qui faisaient autrefois la fierté des Ravenswood, mais qui ne sont maintenant plus que des amas de vieux bois entassés sous la poussière derrière des grilles solidement verrouillées. Remontant un dernier passage tortueux, ils aperçoivent la lumière du jour au loin. La sortie est à portée de main ! Mais au dernier tournant, une voix atteint leurs oreilles : la voix d’une femme qui les implore de rester en ajoutant d’un ton moqueur qu’ils ne doivent pas oublier leurs certificats de décès. Et comme si cela ne suffisait pas, le rire du Fantôme les suit. Il est donc temps de fuir sans se retourner.

La scène en 1992

Mais alors qu’ils remontent les couloirs tortueux de la cave à vin, les visiteurs aperçoivent derrière une grille une petite silhouette qu’ils ne connaissent que trop bien. La mariée se tient immobile dans ce recoin sombre, fixant les fuyards. Ne supportant plus la solitude, elle les implore de revenir et les enjoint, en prenant soudainement un ton plus sarcastique, à ne pas oublier leurs certificats de décès pour un éventuel retour.

De retour dans le monde des vivants, sous la lumière chaleureuse du soleil, les visiteurs prennent maintenant plus sérieusement les rumeurs racontées sur le manoir des Ravenswood. Un dernier regard vers le manoir et ils aperçoivent le Fantôme à une fenêtre les observant avec obstination, comme pour les mettre au défi de revenir s’ils l’osent. Avant de reprendre le chemin de la ville, les visiteurs ont la possibilité d’en suivre un autre le long des Rivers of the Far West, traversant un portail en fer forgé en grande partie effondré. Au-delà, ils découvrent l’ancien cimetière de Boot Hill.

Le talus montant vers le sud est peuplé de vieilles pierres tombales destinées à d’anciens habitants de la région, certaines en pierre, d’autres plus modestes en bois. Schrillman, Ballard, Murphy, Arnold... Ici, le plus éminent des citoyens côtoie le plus défavorisé. En lisant les épitaphes, les curieux peuvent apprécier le goût de l’humour noir qui semble en habiter l’auteur. Un musicien nommé Jacques Schrillman lynché par des mélomanes pour une fausse note ; deux pierres tombales aux noms de Frank Ballard et de Mary Murphy qui se penchent amoureusement l’une vers l’autre sous l’œil mauvais d’une troisième pierre tombale attribué à Madame Ballard ; une série de sépultures correspondant aux différents repas d’une bête avant d’hiberner, qu’il s’agisse d’écureuils, de félins ou de mineurs... Volontaire ou non, le ton semble invariablement ironique.

Le centre du cimetière est plus élaboré. De toute évidence, il s’agit là de la concession des Ravenswood au vu de toutes les sépultures se rapportant à leur famille. Henry et Martha reposent près de son centre et même le personnel y a sa place comme le montrent les tombes des domestiques Jasper et Anna Jones, un couple dont les services ont apporté grande satisfaction au maître, y compris d’un point de vue particulièrement intime en ce qui concerne Anna. Cependant, une tombe monumentale, de marbre noir, ne porte aucun nom. Alors qu’ils déambulent dans les allées, les visiteurs entendent des coups sourds en provenir. Coups portés depuis l’intérieur ou échos de battements de cœur ? Mieux vaut ne pas chercher à le découvrir.

La critique

rédigée par Élias Leprince
Publiée le 24 avril 2022

Tout parc à thèmes se doit d’avoir son attraction à frissons, un endroit où les grands s’amusent à s’effrayer et où les plus petits bravent vaillamment leurs peurs. Train fantôme, maison hantée ou labyrinthe peuplé de monstres, la présence d’une telle attraction est une tradition presque aussi ancienne que l’existence des parcs eux-mêmes. Mais si les Resorts Disney ont l’ambition d’offrir à leurs visiteurs une expérience aussi mémorable que possible, leur faut-il une aventure aussi sinistre ? Comment pourrait-elle trouver sa place dans le Royaume Enchanté ? Pour le comprendre, il faut remonter aux origines du Disneyland Park, en Californie. Dès le début de la conception de ce Parc, à l’époque même où il ne portait pas encore ce nom, Walt Disney et ses Imagineers envisageaient de développer une attraction fantomatique, mais n’ont pas pu la construire immédiatement. En effet, l’histoire de cette destination n’a pas vraiment été favorable au développement d’une telle aventure. Néanmoins, cette idée a, sans mauvais jeu de mots, continué à hanter l’esprit de Walt Disney.

À des années-lumière de l’habituel modèle du train fantôme, celui-ci rêvait d’une expérience d’un genre nouveau, amenant les visiteurs aux frontières du surnaturel. Plusieurs idées font alors surface, à commencer par la demeure elle-même. L’une des toutes premières images en donnant une idée concrète vient de l’Imagineer Harper Goff. Il dépeint un chemin s’éloignant de Main Street, U.S.A. et passant devant une vieille église. Derrière celle-ci s’étend un cimetière dominé par une colline et, au sommet, une bâtisse délabrée étend son ombre sur les alentours. Une représentation très évocatrice, mais qui ne trouve pas satisfaction aux yeux de Walt Disney.

Plus tard, en 1966, l’ouverture d’un nouveau Land, New Orleans Square, inspiré du Quartier français de La Nouvelle-Orléans, change la donne. Les histoires de fantômes étant monnaie courante dans la célèbre ville louisianaise, ce nouvel univers semble en effet tout désigné pour devenir l’écrin de l’aventure horrifique. Une nouvelle vision de l’attraction naît alors avec à la clef une histoire écrite sur mesure. Cette histoire concerne un certain Capitaine Gore, un riche commerçant maritime dont la fortune ne fut pas uniquement bâtie dans l’honnêteté. Selon la légende, il se serait également appuyé sur le crime et la piraterie, chose qu’il se gardait bien de révéler à quiconque, y compris à son épouse. Malheureusement, elle finit par le démasquer et l’aurait payé de sa vie. Depuis, les lieux sont hantés par les âmes du couple et leurs sombres secrets auraient été dévoilés au public à travers une visite guidée.

Encore une fois, bien que Walt Disney apprécie beaucoup l’originalité de l’idée, il n’est pas totalement convaincu par la proposition. Son principal grief vient de l’impression que laisse la façade délabrée. Au lieu de provoquer la curiosité et l’envie d’explorer un lieu mystérieux, il y voit plutôt un souvenir d’autres parcs d’attractions à travers les États-Unis, avec leurs bâtiments sales et mal entretenus. Ainsi, prônant une vision plus noble de son Parc, il décide que la ruine de la demeure sera cantonnée aux espaces intérieurs, invisibles des allées dans lesquelles déambulent les foules afin de ne pas en briser la magie. Il aurait alors fameusement déclaré : « Nous prendrons soin de l’extérieur et laisserons les fantômes s’occuper de l’intérieur. »

Avec la construction de New Orleans Square s’érige un magnifique manoir de style néoclassique antebellum, typique des plantations du sud des États-Unis. Mais cette façade propose-t-elle la visite promise ? Non, car les Imagineers se concentrent vite sur d’autres projets, notamment liés à l’organisation de la Foire Internationale de New York de 1964 - 1965, laissant ainsi le manoir vide pendant de nombreuses années. Les impatients doivent se contenter à l’entrée d’un simple panneau du Ghost Relations Department annonçant rechercher des âmes volontaires pour peupler cette retraite pour fantômes. En ajoutant à cela le décès de Walt Disney en décembre 1966, aucun projet concret ne semble se matérialiser et les Imagineers restent seuls à poursuivre ce travail qui, pour peu, aurait très bien pu ne jamais aboutir. Mais ils persévèrent et parviennent à ordonner leurs idées. Les deux principaux concepteurs, Claude Coats et Marc Davis, ont deux visions opposées du déroulement de l’attraction. Le premier l’envisage comme une suite de scènes inquiétantes au ton très sombre, tandis que le second préfère les voir peuplées de personnages marquants pour possiblement en faire le théâtre de situations burlesques. Un troisième Imagineer, Xavier Atencio, auquel revient entre autres l’écriture des dialogues, parvient à rendre ces deux visions complémentaires tout en y apportant une musicalité unique et identitaire.

Le résultat est donc une visite dont les premières minutes dégagent une atmosphère angoissante, allant d’une salle qui s’étire verticalement (en réalité, un ascenseur permettant d’atteindre un niveau inférieur et de franchir en sous-sol la voie ferrée de Disneyland Railroad), une galerie dont les portraits se transforment, l’entrée vers un couloir sans fin ou une série de portes émettant des cris. Tout au long de ces scènes, une voix appartenant au Ghost Host, un hôte fantôme servant de guide, imaginé par Atencio et joué par Paul Frees, commente avec humour noir tout ce qui s’offre aux yeux des visiteurs. Ceux-ci découvrent ensuite une séance de spiritisme menée par l’extralucide Madame Leota, dont le visage est celui de l’Imagineer Leota Toombs mais la voix celle de l’actrice Eleanor Audley, connue pour ses rôles de Madame de Trémaine dans Cendrillon ou Maléfique dans La Belle au Bois Dormant. Madame Leota invite les esprits à se matérialiser et dès lors, la visite prend un ton plus enjoué, avec des esprits se retrouvant dans des situations plus ou moins comiques dans une salle de bal, un grenier obscur et enfin un immense cimetière dans lequel se joue un grand morceau musical composé par Atencio, appelé Grim Grinning Ghosts, devenu depuis emblématique de l’attraction.

L’attraction nommée The Haunted Mansion ouvre ses portes en 1969 au Disneyland Park. Et ce n’est là que le début d’une longue histoire. Le développement de Walt Disney World Resort en Floride est l’occasion d’en créer une deuxième version, conçue quasiment en même temps que la première. Située à Liberty Square, un Land dédié aux temps coloniaux de l’histoire des États-Unis, sa façade emprunte cette fois-ci davantage à l’architecture néogothique typique des rives de l’Hudson. L’attraction reprend en grande partie le déroulement de la première, mais bénéficie de quelques scènes supplémentaires, comme une bibliothèque abritant une collection de bustes aux regards fixés sur ceux qui les observent ou encore un concerto au piano interprété par… une ombre. Cette version du Magic Kingdom se voit ensuite clonée pour l’ouverture de Tokyo Disneyland en 1983, cette fois-ci se situant à Fantasyland. Un choix qui peut paraître curieux au premier abord, mais qui s’explique par le fait que pour le public de l’archipel, les fantômes relèvent du même folklore que les contes européens. Une tendance commence alors à se dessiner : bien que présent dans les trois Resorts Disney et possédant un enchaînement de scènes semblables, The Haunted Mansion n’est jamais située dans le même Land et son architecture peut radicalement changer si besoin.

En 1984, The Walt Disney Company voit arriver à sa tête un nouveau directeur général, Michael Eisner, ainsi qu’un nouveau directeur de l’exploitation, Frank Wells. Ces deux hommes marquent leur duumvirat par de nombreux projets ambitieux et en particulier celui de l’ouverture d’une nouvelle destination Disney, cette fois-ci en Europe. Pour ce nouveau Resort portant le nom d’Euro Disney Resort, dont l’emplacement est finalement choisi à l’est de Paris, une équipe d’Imagineers est assemblée sous la tutelle de Tony Baxter. Naturellement, ils ont l’ambition d’y reproduire, en les améliorant, les attractions les plus populaires qu’ils ont connues dans leur propre jeunesse. The Haunted Mansion fait évidemment partie de leur sélection, mais où la bâtir ? Contrairement à Disneyland et au Magic Kingdom de Walt Disney World Resort, Euro Disneyland ne possède ni New Orleans Square, ni Liberty Square. Et un emplacement à Fantasyland, comme l’a fait Tokyo Disneyland, ne fera pas l’affaire ici.

C’est alors que l’Imagineer Jeff Burke propose une idée pour le moins inédite : puisque dans ce nouveau Parc, Frontierland est réinventé pour représenter une région de l’Ouest américain dominée en son centre par la mine d’or désaffectée de Big Thunder Mountain, pourquoi ne pas intégrer The Haunted Mansion dans son histoire ? Le cadre de ce Land est celui de la ville de Thunder Mesa, une ville champignon typique de celles qui apparaissaient historiquement autour des gisements exploitables lors de la Ruée vers l’or. Tombée en désuétude suite à l’épuisement dudit gisement, Thunder Mesa présente les marques d’un tel effondrement économique et il n’est dès lors pas difficile d’y imaginer une grande demeure, à l’image de celles dont jouissaient certains magnats de la fin du XIXe siècle, notamment à San Francisco, désormais en ruine et hantée.

Pour se faire une idée de l’approche qu’ils doivent adopter, ils se penchent sur l’un des tout premiers dessins préparatoires de l’attraction originale en Californie : celui réalisé par Harper Goff de la bâtisse décrépite au sommet d’une colline surplombant un cimetière et son église, celui-là même que Walt Disney avait rejeté en raison de son aspect délabré. S’inspirer de ce choix artistique pour Euro Disneyland signifierait donc que le nouveau manoir s’annoncerait visuellement comme un lieu bel et bien hanté sans recourir à la moindre explication, une aubaine dans un parc censé accueillir des visiteurs européens qui ne communiquent pas tous de la même façon. Enfreignant donc sans vergogne les vœux du maître, les Imagineers décident de laisser les fantômes s’occuper également de l’extérieur cette fois-ci.

Tirant d’une part leurs premières inspirations de ce dessin préparatoire, les Imagineers tiennent à élargir leur champ de recherche et à puiser dans l’imaginaire américain. Et les exemples y foisonnent ! Ainsi, la Fourth Ward School située à Virginia City dans le Nevada fournit un modèle architectural idéal, tandis que la Maison au Bord de la Voie Ferrée, célèbre tableau du peintre américain Edward Hopper, traduit parfaitement l’isolation et la ruine d’une demeure frappée par une faillite financière. Avec le temps et grâce à ces inspirations, leur ébauche de manoir se dote peu à peu d’un porche couvert, d’une tour centrale, de toitures légèrement incurvées et mansardées et même d’un paratonnerre qui sont autant d’éléments distinctifs qui rattachent le bâtiment au style victorien Second Empire, à l’image des grandes demeures américaines ostensiblement luxueuses de la seconde moitié du XIXe siècle. Quant aux ornements en bois découpé qui en jalonnent la façade, ils sont caractéristiques du style dit « gingerbread », généralement répandu dans le Land voisin, à Main Street, U.S.A., à tel point que certains déclarent humoristiquement que l’attraction pourrait légitimement trouver sa place au sein de la ville américaine servant d’introduction et de sortie au Parc Disneyland. Une fois l’ensemble vieilli et dégradé, le résultat est digne des plus grands films d’épouvante. Et même les Européens ne sauraient s’y tromper en raison de similitudes à peine dissimulées avec le Manoir Bates de Psychose d’Alfred Hitchcock, sorti en 1960, malgré tout ultérieur au croquis de Goff ayant servi d’inspiration pour Phantom Manor, ou le Manoir de la Famille Addams.

Une brève trame de l’histoire de Thunder Mesa est établie pour donner un fil directeur au Land. Suite à la découverte du sommet de Big Thunder Mountain et surtout des gisements d’or qu’il renferme, des pionniers s’installent aux alentours et fondent la fameuse ville en 1849. À leur tête, Henry Ravenswood, qui s’enrichit rapidement grâce à l’extraction de l’or, se fait bâtir un somptueux manoir sur la colline de Boot Hill dans lequel il s’installe avec son épouse Martha. La montagne est cependant maudite par un esprit amérindien, le redoutable Oiseau-Tonnerre dont les battements d’ailes déchaîneraient, selon la légende, séismes et cataclysmes. L’exploitation effrénée et démesurée de la mine de Big Thunder Mountain finit par causer sa colère et un séisme dévaste Thunder Mesa en 1860, emportant le couple Ravenswood. Dans les années qui suivent, alors que Thunder Mesa abandonne la mine et son exploitation, le manoir tombe en ruine et finit abandonné. Mais une mariée continue à errer dans ses sombres couloirs, tandis qu’un esprit malveillant drapé de noir, simplement nommé le Fantôme, l’épie inlassablement. Qui sont-ils ?

Cette trame tient certaines de ses influences, aussi bien scénaristiques qu’esthétiques, du roman de Gaston Leroux Le Fantôme de l’Opéra et plus particulièrement de son adaptation en comédie musicale par Andrew Lloyd Webber en 1986. Une autre inspiration serait La Fiancée de Lammermoor, un roman de Walter Scott qui relate les tourments d’une mariée ainsi que d’une famille du nom de Ravenswood. Cette nouvelle histoire se distingue dès lors des précédentes versions de l’attraction. Alors faut-il dans ces circonstances conserver le nom traditionnel The Haunted Mansion ou est-ce l’occasion de la rebaptiser ? Bien que ce nom se traduise par « Le Manoir hanté » en français, les Imagineers estiment qu’il reste bien trop abscons pour l’afficher tel quel au public francophone ou plus largement européen aux multiples langues. S’appuyant sur leur histoire, ils envisagent donc un temps de nommer l’attraction d’après la famille des propriétaires : Ravenswood Manor. Mais c’est au personnage du Fantôme que revient finalement l’honneur d’avoir le dernier mot : Phantom Manor vient de trouver son nom définitif, un nom certes anglais, mais bien plus frappant et immédiatement compréhensible pour les francophones.

Avec la construction du Parc Disneyland vient l’heure de réellement bâtir la structure. L’emplacement choisi se situe au sud-est de Frontierland, sur une petite hauteur rendant le manoir aisément visible des visiteurs dès les portes du Land passées. Comme prévu, la façade est dans un état de dégradation très avancée, un aspect rendu avec le plus grand soin. Le coloriste Ron Esposito s’est appliqué à le rendre le plus vraisemblable possible en passant par des détails que l’œil ne repère pas immédiatement, mais qui ajoutent à l’impression d’authenticité. Par exemple, le côté est du manoir est davantage vieilli en raison des vents venant de cette direction, les volets semblent être à peine accrochés aux fenêtres et certains bardeaux se détacher. Autre détail qui a son importance, il s’agit également de l’unique version de l’attraction où l’entrée se fait par la porte centrale de la façade, contrairement à la version californienne où elle se fait par une porte sur le côté et les versions floridienne et japonaise par le sous-sol, renforçant l’impression qu’il s’agit d’une véritable demeure.

L’attraction a ensuite besoin de sa file d’attente extérieure. Alors que ses prédécesseurs la situent dans la traversée d’un cimetière, Phantom Manor favorise l’option d’avoir la sienne dans ses jardins. Ceux-ci sont décorés d’un gazebo et de sculptures plus ou moins intactes pour souligner une fois encore l’idée qu’il s’agissait là autrefois d’un lieu de vie fréquenté. La pièce maîtresse de ces jardins devait toutefois être une écurie abandonnée dans laquelle la famille Ravenswood aurait abrité ses plus beaux étalons et que les visiteurs auraient traversé comme une zone d’attente couverte avec des effets spéciaux angoissants. L’Imagineer Pat Burke, dont la spécialité était de dénicher du matériel authentique à prix abordable pour décorer tout Frontierland, a même repéré plusieurs diligences et du matériel d’écurie aux États-Unis pour meubler ce lieu. Mais comme tout projet de Walt Disney Imagineering, les plans évoluent constamment et, pour des raisons budgétaires, certaines idées sont revues à la baisse. Bien que l’écurie fût très détaillée en dessins comme en maquettes, elle n’a pas échappé à la règle et les Imagineers lui ont finalement préféré la version plus simple d’un pavillon de jardin décoré d’une fontaine délabrée autour de laquelle serpente la file d’attente.

Tout semble en place pour créer un environnement qui transmet du premier coup d’œil une parfaite impression de danger. Mais cette impression ne passe pas uniquement par l’architecture ou le délabrement. Il faut savoir également jouer avec la végétation aux alentours, véritable acteur dans la mise en place de l’ambiance lugubre des lieux. Le responsable de l’aménagement paysager d’Euro Disney Resort, Paul Comstock, se voit alors attribuer une tâche pour le moins insolite : aménager les jardins de Phantom Manor comme s’ils étaient laissés à l’abandon.

Il sélectionne certains arbres déjà présents et s’arrange pour les conserver précieusement avant de les réintroduire au sein d’autres espèces. Entre noisetiers tortueux aux branches difformes, tapis de lierres courant sur le sol, aubépine vieille de plus d’un demi-siècle, cyprès de Nootka tendant leurs rameaux aux visiteurs, hêtres pleureurs évoquant la tristesse, pruniers myrobolans au feuillage pourpre, ronces indomptables rappelant les magnifiques rosiers de l’époque faste des lieux et cèdre bleu de l’Atlas pleureur centenaire traînant sa peine, la végétation en apparence abandonnée nécessite paradoxalement bien plus d’entretien que d’ordinaire. Les jardiniers choisissent alors de planter des arbres penchés, d’en garder d’autres morts, de laisser se répandre des plantes envahissantes comme le lierre ou la glycine et de choisir des paillis de minéraux sombres à base de porphyre inondant les parterres. D’autres arbres, bien malheureusement, ne survivent pas aux manipulations qu’ils subissent. Leur tronc est alors réemployé dans un nouveau lieu singulier : le cimetière de Boot Hill.

Le cimetière, qui constitue habituellement la file d’attente extérieure des attractions The Haunted Mansion, joue ici le rôle de zone de sortie de Phantom Manor. Son nom, Boot Hill, fait directement référence aux cimetières de l’Ouest américain où étaient inhumés les indésirables, souvent avec leurs bottes aux pieds, d’où cet étrange nom de « colline aux bottes ». Ce lieu de repos se divise en deux parties : d’abord la concession familiale des Ravenswood qui en constitue le centre avec des monuments funéraires très élaborés, puis le talus au sud occupé par diverses sépultures de citoyens de Thunder Mesa suite à la disparition de ladite famille. Pour l’Imagineer Craig Flemming, principal scénariste de l’attraction, Boot Hill était l’occasion de mieux présenter au public la trame imaginée pour Frontierland, à travers les noms, les histoires et les généalogies exposées sur les différentes pierres tombales. Certains noms intéressants, finalement non retenus, sont à mentionner : Arthur Ravenswood, le frère d’Henry, Gabrielle Ravenswood, l’épouse d’Arthur, ou encore Goliath, le chien de la famille. Même les rives qui semblent s’effondrer dans les Rivers of the Far West dénotent le fameux séisme qui a frappé la région, disloquant le portail d’entrée et emportant dans l’eau une tombe cocassement en forme d’ancre de bateau, depuis retirée. Au grand regret de Flemming, la décision est finalement prise par les Imagineers Christian Hope et Pat Burke de donner à certaines épitaphes un ton plus humoristique que prévu. Une pierre tombale particulière, datée de 1892, soit un siècle avant l’ouverture du Resort parisien, fait même référence à « The Hole in the Wallet Gang » (en français « Le Gang du Trou dans le Porte-Monnaie »), un groupe de brigands dont les noms correspondent… à l’ensemble des Imagineers ayant travaillé à l’élaboration de Phantom Manor.

Mais c’est bien dans la concession familiale au centre de Boot Hill que peuvent être installées les sépultures les plus intéressantes. Henry et Martha Ravenswood y trouvent place, ainsi que leurs domestiques Jasper et Anna Jones morts respectivement en 1866 et 1867. Une tombe monumentale sans nom se dresse non loin et émet un son évoquant des battements de cœur. Il est possible d’y reconnaître ceux du cœur de la mariée du grenier des attractions The Haunted Mansion, ainsi qu’une allusion à peine dissimulée à la nouvelle d’Edgar Allan Poe, Le Cœur Révélateur. De plus, les travaux permettent d’ériger un mausolée clos au centre de la concession, un chantier qui avance bien jusqu’au moment où la décision est prise de finalement l’éliminer au profit d’une plateforme surélevée prenant place sur ses fondations et conservant la même ambiance sonore.

En ce qui concerne l’attraction elle-même, elle partage sur un plan purement technique de nombreux points communs avec la version originale de Californie, le parcours étant sensiblement le même. Les premières salles qui se visitent à pied s’enchaînent de la même manière, mais racontent l’histoire imaginée pour l’attraction. L’accueil dans le Foyer, qui dans The Haunted Mansion se fait au son de la voix du Ghost Host joué par Paul Frees, doit ici se faire au son de celle du Fantôme lui-même. Mais qui pourrait incarner ce personnage menaçant ? C’est en concevant une bande-démo sonore de l’attraction que Greg Meader, Christian Hope, Marco Monahan et Paul Richiutti, les Imagineers responsables de la production audio, y ont inclus un rire démoniaque alors bien connu, celui de Vincent Price extrait du clip de Thriller de Michael Jackson. Vincent Price, le célèbre acteur, avait derrière lui une riche carrière cinématographique de personnages torturés ou diaboliques dans divers films d’épouvante, dans des adaptations d’écrits d’Edgar Allan Poe et même dans quelques productions Disney. Il donne ainsi sa voix au Professeur Ratigan dans Basil, Détective Privé et narre Vincent, un court-métrage de Tim Burton qui relate l’histoire d’un garçon l’admirant déraisonnablement. C’est pour sa voix doucereuse mais cruelle et son rire glaçant si caractéristique que Vincent Price a participé à Thriller.

Réutilisant ce rire dans leur bande-démo, les Imagineers comme envoûtés ne peuvent désormais plus imaginer l’attraction sans lui. Mais évidemment, pour des raisons de droits, ils ne peuvent décemment pas le réemployer ainsi. Ils contactent donc l’acteur pour lui proposer d’enregistrer la voix du Fantôme, chose qu’il accepte. Il se rend au printemps 1990 dans les studios de Walt Disney Imagineering à Glendale où il reçoit un texte rédigé par Craig Flemming et Thierry Benizeau en anglais et en français qui reprend les grandes lignes de la narration traditionnelle du Ghost Host, mais y inclut des spécificités propres à Phantom Manor. Pour commencer, Price entame l’enregistrement du texte en français, qui n’est pas sa langue maternelle. S’inspirant de quelques illustrations du Fantôme qui lui sont présentées, il incarne le monstrueux personnage avec un talent certain, mais ne parvient malheureusement pas à rendre sa prononciation intelligible. Pendant plus de trois heures, il s’évertue à enregistrer sans succès cette première version française. Face à la difficulté de la tâche, il s’essaie ensuite à la version anglaise du texte qu’il enregistre grâce à son expérience d’acteur… en seulement deux prises. C’est donc celle-ci qui est retenue pour être diffusée dans l’attraction.

Cette voix et son rire glaçant accompagnent les visiteurs dans les salles « étirantes », qui retrouvent là leur fonction originelle d’ascenseurs, ainsi que dans la Galerie des Portraits. Mais si la voix du Fantôme évoque l’histoire, il faut encore l’illustrer. Ainsi, chacune de ces premières pièces est ornée de tableaux représentant la mariée dans un parfait équilibre entre l’innocence et le macabre. L’Imagineer Julie Svendsen, fille de Julius Svendsen, animateur des Walt Disney Animation Studios ayant notamment travaillé sur Les 101 Dalmatiens ou Les Aristochats, en est l’artiste. C’est donc à elle que revient le devoir de déterminer l’apparence finale de la mariée. Une fois ses premiers jets achevés, ils sont mis en images dans des tableaux fournis par l’entreprise britannique Ackland-Snow. Détail intéressant : Julie Svendsen n’est guère adepte de la tradition du Mickey caché qui consiste à dissimuler dans des images trois cercles formant la silhouette d’une tête de Mickey. C’est donc Ackland-Snow qui prend la liberté de le faire à sa place.

Aux salles visitées à pied succède ensuite le parcours en Doom Buggies, parcours dont la structure technique est conçue par l’entreprise Vekoma. Le moment d’embarquer est arrivé, mais une différence notoire se présente : la voix du Fantôme n’est pas diffusée dans les véhicules contrairement à celle du Ghost Host qui l’est normalement dans les autres versions. Estimant qu’avec le grand nombre de nationalités venant visiter Euro Disneyland, la barrière de la langue posera un défi trop important, les Imagineers choisissent en effet d'arrêter la narration de Vincent Price au moment de l’embarquement. Mais cela ne risque-t-il pas cependant de rendre la visite particulièrement morne et ennuyeuse ? Face à l’absence de narration, les Imagineers optent pour une nouvelle façon de raconter leur histoire : la musique. Là où The Haunted Mansion joue sur quelques variations de Grim Grinning Ghosts, suffisantes pour instaurer l’atmosphère voulue en fonction de chaque scène, l’idée est donc ici d’en réorchestrer la totalité afin d’obtenir une composition ininterrompue et immersive. Il ne reste plus qu’à trouver le parfait candidat pour un tel ouvrage.

C’est alors que Tom Morris, Imagineer chargé du développement de Fantasyland, présente à l’équipe le compositeur auquel il a confié la réorchestration de la musique de la version parisienne de l'attraction “it’s a small world” : John Debney. Ayant bien connu Buddy Baker, le compositeur originel de Grim Grinning Ghosts, le prolifique Debney s'attèle immédiatement à la tâche et compose plusieurs dizaines de morceaux, tous joués sur le même tempo, s’enchaînant parfaitement. Une fois écrite, la musique de Phantom Manor est ensuite enregistrée aux célèbres studios d’Abbey Road avec l’Orchestre philharmonique de Londres. Mais un détail, et non des moindres, reste à régler. Debney propose que chaque apparition de la mariée soit accompagnée du chant tragique attribué au personnage et se met en quête de la soliste idéale pour ce rôle. Des auditions sont lancées et parmi les candidates figure une certaine Katherine Lench Meyering, une ancienne soprano de Broadway connue de l’équipe de Frontierland car elle avait fait un passage par l’équipe responsable d’Adventureland, avant de rejoindre le département éclairages et lumières de Walt Disney Imagineering. Son audition dure une journée au terme de laquelle, les Imagineers en sont certains, ils viennent de trouver la voix de leur mariée !

Le parcours que suivent les Doom Buggies, enveloppés dans cette ambiance sonore et musicale, s’apparente à celui de The Haunted Mansion à Disneyland en Californie, en commençant par la scène du couloir sans fin, le couloir des portes, la séance de spiritisme de Madame Leota, puis la salle de bal. Malheureusement, malgré le soin apporté à la production audio, Greg Meader estime que le rendu est bien en deçà de ses attentes. En effet, le mixage audio produit en studio mêlait parfaitement musiques, bruits et voix et immergeait totalement l’auditeur dans un environnement sonore terrifiant. Mais une fois diffusé dans les murs de l’attraction, les conditions acoustiques changent et le son perd énormément en nuances et subtilités. Néanmoins, d’autres améliorations font leur apparition çà et là. Un Audio-Animatronic de la mariée est situé au début du circuit, permettant de voir le personnage de très près, avant de la recroiser ensuite dans le couloir sans fin. La scène du conservatoire habituellement occupée par un cercueil qui s’ouvre accueille la scène du concerto au piano issue des versions floridienne et japonaise. La séance de spiritisme reçoit des effets de lumière donnant l’impression qu’elle est enveloppée de brume et Mme Leota elle-même voit ses répliques changées, maintenant déclamées en français et en anglais par Oona Lind qui remplace Eleanor Audley. Dans la salle de bal, les couples de danseurs qui, dans les versions américaines, semblent tournoyer dans le mauvais sens, la femme menant l’homme, reçoivent une correction bienvenue leur permettant d’inverser leur rotation.

Là s’arrêtent les similitudes, car après la salle de bal, Phantom Manor prend un chemin radicalement différent. La scène du grenier est remplacée par celle d’un boudoir dans lequel la mariée pleure devant un miroir qui lui renvoie alternativement son reflet ou celui d’un crâne. La disposition de cet effet est directement inspirée du memento mori, c’est-à-dire une représentation picturale dissimulant l’image de la mort, appelé All Is Vanity de Charles Allan Gilbert. Il met en scène une jeune femme à sa coiffeuse dans une scène qui, vue de loin, ressemble à un crâne. Le passage du temps est d’autant plus mis en évidence que la mariée a visiblement vieilli depuis le début de la visite, suggérant qu’elle a passé sa vie enfermée depuis la disparition de son fiancé sans jamais retirer sa robe de noces. Une belle allusion au personnage de Miss Havisham du roman Les Grandes Espérances de Charles Dickens. Le boudoir contient également une horloge murale en apparence anodine, mais dont le pendule pointu est une référence à la nouvelle d’Edgar Allan Poe Le Puits et le Pendule dont l’une des adaptations au cinéma a mis en scène nul autre que… Vincent Price.

L’immense scène du grand cimetière festif à laquelle s’attendraient les habitués de The Haunted Mansion se voit ensuite divisée en trois plus petites scènes distinctes. Tout d’abord, un petit cimetière dans le jardin où les Doom Buggies passent devant un Audio-Animatronic grandeur nature du Fantôme, accompagné d’un chien démoniaque. Leur position semble être un clin d’œil aux personnages du gardien et de son chien qui apparaissent à peu près au même moment dans les itérations américaines de l’attraction. Vient ensuite la traversée de catacombes dans lesquelles figurent seulement quatre des cinq bustes chanteurs, celui de Cousin Algernon étant retiré. Plusieurs squelettes peuplent la scène, leur danse s’inspirant du court-métrage La Danse Macabre des Silly Symphonies de 1929.

Enfin, arrive la ville fantôme de Phantom Canyon. Cette dernière scène inédite est à la fois la plus originale et la plus inattendue pour une attraction fantomatique car elle introduit tout un environnement de Far West, évidemment lié à l’histoire de Frontierland. Phantom Canyon est plus ou moins une réincarnation de l’idée de Western River Expedition, une attraction imaginée par Marc Davis pour le Magic Kingdom de Walt Disney World Resort en Floride mais jamais construite et qui devait inclure la traversée de Dry Gulch, une ville de l’Ouest avec des personnages hauts en couleur tels que des danseuses de saloon, ou un shérif et un bandit se livrant un duel. Bien entendu, l’atmosphère est ici des plus infernales, avec un ciel d’un rouge vif traversé par des spectres, des crevasses ouvertes par le séisme dans le sol, et l’apparition du Fantôme cette fois-ci sous les traits d’un cadavre revenu à la vie. Un personnage en particulier, celui du Maire de Phantom Canyon, cache plus d’une allusion. Ses répliques sont directement extraites de celles du Ghost Host joué par Paul Frees dans The Haunted Mansion, permettant au comédien de se trouver posthumément une place à Phantom Manor. Quant au visage barbu, il s’agit de la reproduction de celui de Dreamfinder, le chasseur de rêve de l’attraction Journey Into Imagination d’EPCOT en Floride. Cette ressemblance est due au fait que le même moule a été employé pour les deux personnages.

The Haunted Mansion possède un final qui implique habituellement trois esprits auto-stoppeurs, communément appelés « Hitchhiking Ghosts », montant clandestinement à bord des Doom Buggies et qui deviennent ensuite visibles dans une série de trois miroirs. Ce final ne peut convenir pour conclure correctement l’histoire de Phantom Manor. Ils sont ainsi remplacés par une mariée qui n’est plus qu’à l’état de squelette, et les trois miroirs renvoient l’image du Fantôme agrippé au sommet du Doom Buggy. Enfin, la petite Leota est remplacée par une petite mariée comparable, mentionnant avec le même humour noir le certificat de décès que sont censés amener ceux qui veulent revenir.

Dan Goozee donne à l’attraction son affiche qu’il réalise en deux modèles. Le point de vue se situe devant le portail de la propriété et le manoir y est invariablement représenté comme isolé au beau milieu d’un paysage mort tandis qu’une tempête approche. L’ombre immense du Fantôme se dresse derrière lui et referme ses bras sur lui, comme pour souligner sa possession des lieux. La version la plus aboutie de l’affiche montre la plaque du portail orné de l’inscription latine « Fortuna nulla fides frontis », rappelant le vieil adage « Les apparences sont trompeuses ». Pourtant, cette phrase sera modifiée dans la réalité, les plaques portant les mots latins devenus depuis emblématiques de l’attraction : Non Omnis Moriar, ou « Je ne mourrai pas complètement ». Extraits du Livre III de l’Ode 30, ils sont attribués au poète romain Horace et, en tant que devise de la famille Ravenswood, semblent prédire l’existence post-mortem prolongée des résidents de Phantom Manor. Par ailleurs, ces plaques sont surmontées d’un visage démoniaque inspiré de celui de Vincent Price.

C’est donc une attraction à l’exécution artistique très avancée qui s’érige à Frontierland, tandis que l’heure d’ouverture approche. Naturellement, pour accueillir le public en quête de frissons, Phantom Manor nécessite une armée de Cast Members qui doivent se fondre parfaitement dans son cadre victorien et obscur. Ceux-ci incarnent ainsi les domestiques de la famille Ravenswood et un grand soin est apporté à la conception de leurs costumes, inhérents à leur rôle. Toute leur allure doit refléter la fortune du maître des lieux, mais aussi son excentricité par les couleurs, principalement le violet. Queues de pie et chapeaux haut-de-forme pour les hommes, robes et coiffes à l’ancienne pour les femmes, ces costumes semblent tout droit venus du XIXe siècle et figurent indubitablement parmi les plus remarquables du Resort.

Avant que le public ne découvre le manoir, cependant, une personne importante doit venir inspecter les lieux : Michael Eisner, le PDG de la compagnie et l’initiateur du projet. Tony Baxter l’accompagne en vue d’une visite de l’attraction fraîchement achevée, une visite qui doit confirmer s’il est satisfait ou non du résultat. En s’en approchant, ils croisent Anders Eisner, jeune fils du PDG, qui justement quitte Phantom Manor après un tour. Avec un enthousiasme non dissimulé, il leur assure que c’est à ses yeux le meilleur The Haunted Mansion jusqu’alors réalisé par Walt Disney Imagineering. Un avis à chaud qui achève de convaincre Eisner sans qu’il n’ait à entrer dans l’attraction.

Euro Disneyland ouvre le 12 avril 1992 et Phantom Manor avec lui. Au cours des premiers mois, le public se laisse envoûter par le mystère de la demeure. Mais si les avis sont majoritairement élogieux, il n’en va pas de même pour Marc Davis qui n’hésite pas à exprimer sa désapprobation quant à l’aspect délabré du manoir, allant à l’encontre des codes fondamentaux d’un Parc Disney, jusqu’à affirmer que Walt Disney lui-même « ne l’aurait jamais approuvé ». Mais peu à peu, une critique unanime émane du public francophone : la narration en anglais de Vincent Price n’est pas évidente à suivre ! Une réaction partagée au point que la direction demande au cours de l’été 1992 l’enregistrement d’une nouvelle version en français. Comme Vincent Price s’y était vainement essayé, il n’est pas envisageable de réutiliser ses enregistrements. Les Imagineers se tournent alors vers un acteur français qui a souvent doublé Price au cours de sa carrière : Gérard Chevalier. Celui-ci reçoit un nouveau texte qui conserve certaines parties de l’original, mais modifie drastiquement d’autres parties, rendant sa narration moins centrée sur l’histoire du manoir et évitant de mentionner trop directement la mariée ou le rôle tenu par les visiteurs. Et ce sont ses paroles qui guideront pendant plusieurs années les visiteurs dans les premières pièces du manoir. Vincent Price se retrouve-t-il pour autant totalement effacé de l’attraction ? Non, car il continue à hanter les lieux de la manière la plus effrayante qui soit… par son rire diabolique !

Au cours des années 1990, Euro Disneyland accorde à Phantom Manor une place importante dans sa communication et ses spectacles. Pour commencer, le spectacle C’est Magique, qui est joué à Fantasy Festival Stage de 1992 à 1994, met en scène la mariée et le Fantôme dans un numéro de danse. Puis, en 1993, les deux personnages phares de l’attraction se retrouvent dans la cassette VHS Chantons Ensemble : En Route Pour Euro Disneyland, stars du clip musical reprenant Grim Grinning Ghosts, ou sa version pauvrement traduite Le Joyeux Royaume des Fantômes, dans un numéro les mettant en avant avec les méchants Disney.

Certains personnages déambulent même dans les alentours du manoir. Le croquemort J. Nutterville notamment, dont l’atelier est situé non loin de l’entrée de l’attraction, arpentent les allées du jardin en examinant les visiteurs et parfois en prenant leurs mesures dans le cas d’éventuelles obsèques. Quelques années plus tard, c’est un comédien déguisé en Fantôme, la corde au cou, qui vient surprendre et effrayer les gens patientant dans la trompeuse quiétude des jardins. Encore plus surprenant, l’attraction permet en 2002 de promouvoir la ressortie en version longue de La Belle et la Bête grâce à un clip promotionnel mettant en scène Patrick Fiori et Julie Zenatti interprétant la chanson phare du film Histoire éternelle dans le décor du Grand Escalier. Enfin, en 2003, à l’occasion de l’opération Envie de Magie, visant à inciter des participants à travers l’Europe à se rendre pour la première fois à Disneyland Resort Paris, les sélectionnés sont cordialement invités à profiter d’un tour de l’attraction avant de se joindre à un dîner aux chandelles… au beau milieu de la Galerie des Portraits ! Pour une soirée, ces chanceux mortels sont ainsi les convives des Ravenswood et profitent même de la présence d’un quatuor de chanteurs sous l’œil inquiétant des toiles aux murs.

Dès lors, Phantom Manor devient un véritable immanquable du Parc Disneyland et gagne même peu à peu une sorte de statut culte. Une communauté d’amateurs, voire de connaisseurs, se forme autour de l’attraction, soit par appréciation de sa conception artistique, soit pour l’immersion qu’elle offre, soit pour le mystère qu’elle propose. Certains tentent même de le résoudre et de répondre à ces questions volontairement laissées énigmatiques par les Imagineers. Qui est la mariée ? Qui est ce Fantôme qui semble la hanter ? Qui est l’homme pendu dans la salle « étirante » ? Quelles sont les relations entre eux ? Certains supposent que le Fantôme serait Henry Ravenswood revenu d’entre les morts. La mariée qu’il hante serait sa propre fille dont il assassine le fiancé pour l’empêcher de quitter le manoir. Un nom, apparemment observé sur la pile de cadeaux de la salle de bal, confère même une identité à ladite Mademoiselle Ravenswood : Melanie. Évidemment, ces rumeurs gagnent en popularité bien qu’elles ne soient aucunement confirmées. Bientôt, cette version de l’histoire devient très répandue.

1997 marque un tournant dans l’histoire de Disneyland Paris car c’est la première année qu’une fête particulière, qui deviendra de rigueur à Frontierland dans les années à venir, est célébrée : Halloween. Il va sans dire que Phantom Manor en devient immédiatement la vedette. Chaque nouvelle année apporte donc sa saison de frayeurs et simultanément un regain d’intérêt particulier pour l’attraction. Mais pour sa huitième édition, en 2004, les visiteurs sont surpris de découvrir que le manoir est cette année recouvert d’un énorme voile. Quelque chose se prépare-il donc ?
En effet, le soir du 31 octobre, Phantom Manor ferme ses portes assez tôt pour laisser place à un spectacle nocturne relatant la fameuse tragédie : Mariage Fantôme. Grâce à des projections sur la façade voilée, certes rudimentaires par rapport à ce que Disneyland Paris saura proposer plus tard, Phantom Manor se transforme pour un soir en une succession de tableaux qui, tour à tour, font revivre aux spectateurs les noces maudites de la mariée, au son des incantations de Madame Leota et de la musique de l’attraction. Bien que très apprécié, Mariage Fantôme n’est pas reconduit les années suivantes, mais restera durablement dans les mémoires, marquant une étape indispensable dans l’évolution du procédé de projection mapping. Le personnage de la mariée, en revanche, sera par la suite présent lors de certaines soirées Halloween.

En 2009, dix-sept ans après son ouverture, Phantom Manor ferme pour recevoir sa première rénovation de grande envergure. L’objectif est de remplacer les éclairages et les projecteurs datant de 1992 et, plus spécifiquement, les médias audio et vidéo qui doivent être numérisés. Le résultat s’avère pour le moins décevant. Non seulement d’étranges choix sont faits, comme la mise en place dans le salon de musique de partitions pour des morceaux de la trilogie assez populaire à l’époque, High School Musical. Mais l’attraction doit également être adaptée à son nouveau matériel qui, faut-il le dire, est de piètre qualité et non l’inverse. Les jeux de lumière sur le Grand Escalier disparaissent ainsi au profit d’un simple éclairage bleu. La séance de spiritisme, quant à elle, en est presque méconnaissable avec le retrait de la brume entourant la scène, la plongeant dès lors dans le noir. Le visage de Madame Leota lui-même se retrouve grotesquement enflé, tandis que pour couronner le tout, celui de la mariée se voit affublé d’un voile opaque dissimulant ses traits à chacune de ses apparitions. Une réhabilitation dont l’attraction ne ressort pas grandie, bien au contraire.

Les années 2010 ne sont pas clémentes envers Phantom Manor. L’attraction reçoit néanmoins le strict minimum de soin pour tenter de redresser la situation, comme une nouvelle numérisation des portraits de la Galerie ou des projections dans le ciel de Phantom Canyon, mais guère plus. En comparaison, sur la même période, The Haunted Mansion profite de bien meilleurs traitements à travers le monde. L’attraction du Magic Kingdom en Floride bénéficie en 2007 d’un « rehaunting », ou nouvelle hantise, soit une mise à jour de ses effets et l’introduction de nouvelles scènes, tandis qu’en 2015, l’attraction de Disneyland Resort en Californie retrouve un effet si ancien qu’il en était devenu légendaire : The Hatbox Ghost, un esprit dont la tête se volatilise pour réapparaître dans la boîte à chapeau qu’il tient. Il avait été retiré avant même l’ouverture de l’attraction en 1969 en raison de difficultés techniques à le faire fonctionner de manière convaincante.

En 2015, Tom Wolber, alors Président de Disneyland Paris, lance un plan de réenchantement de la destination, c’est-à-dire un programme de diverses rénovations profondes sur plusieurs attractions majeures, principalement des refontes techniques avec restauration ou amélioration de l’expérience visiteur. Plus qu’un simple coup de peinture, ce réenchantement implique des fermetures parfois longues pour des attractions transformées. Phantom Manor figure sur la liste des concernés, mais n’est pas particulièrement prioritaire. En réalité, elle est la dernière attraction à en bénéficier.

C’est finalement en 2018 qu’est lancée cette rénovation tant attendue, une rénovation comme Frontierland n’en a jamais vu depuis celle de Big Thunder Mountain quelques années auparavant. L’attraction ferme ses portes le 7 janvier avec pour l’occasion distribution d’un badge commémoratif pour les visiteurs qui s’y rendent une ultime fois et prononcent la célèbre phrase Non Omnis Moriar aux Cast Members qui les accueillent. Le projet est envisagé comme une véritable reprise du spectacle et de certains aspects techniques, avec en prime correction de certains manquements de la réhabilitation de 2009. Au programme : réhabilitation de la façade en bois, intégration de nouveaux équipements techniques, réhabilitation de tous les Audio-Animatronics et finitions des personnages et des costumes, construction d’un nouveau belvédère dans les jardins près de l’entrée de la file d’attente, le tout avec l’aide de plusieurs entreprises et artisans locaux et internationaux.

À la tête du projet figure des noms qui ne sont pas inconnus à Disneyland Paris. À la direction créative, Beth Clapperton, et au show design et à la production, Björn Heerwagen, deux Imagineers qui se sont déjà illustrés dans la précédente rénovation de Big Thunder Mountain. Mais le nom qui retient vraiment l’attention est celui de Tom Fitzgerald, qui avait œuvré à l’élaboration de la version originale sous Jeff Burke. Et en termes de rénovations d’attractions hantées, il n’en est pas à sa première tentative, ayant déjà supervisé le « rehaunting » de The Haunted Mansion au Magic Kingdom sur la côte est des États-Unis, ou la fameuse réintroduction du Hatbox Ghost à Disneyland en Californie.

La principale motivation derrière ce projet est de doter l’attraction d’une nouvelle histoire officielle dont le but est de clarifier certaines zones d’ombre de la version précédente. Henry Ravenswood et le Fantôme deviennent dorénavant officiellement une seule et même personne. Quant à la mariée, il s’agit bien de sa fille dont le nom est bel et bien Melanie Ravenswood. Si le moindre doute subsistait sur l’identité de ces personnages, il est maintenant dissipé. Quatre prétendants, chacun lié à l’histoire plus générale de Frontierland, viennent remplacer le fiancé unique de la version originale et sont tous assassinés par le truchement d’Henry Ravenswood qui ne les considèrent pas dignes d’épouser Melanie. Les noms de ces prétendants sont d’ailleurs des jeux de mots en anglais faisant ironiquement référence à leur mort : Barry Claude peut être compris comme « bear clawed » qui signifie « lacéré par un ours » ; Iggy Knight sonne comme le verbe « ignite », soit « mettre à feu » en anglais ; Rowan D. Falls s’apparente à l’expression « rowing the falls », c’est-à-dire « ramer à contre-courant » ; enfin, Sawyer Bottom peut être lu comme « saw your bottom » : « scié votre postérieur ».

À la demande de la Présidente de Disneyland Paris de l’époque, Catherine Powell, l’équipe se lance un défi : ressusciter celui dont la voix a fait frissonner tant de visiteurs dans les premiers mois d’ouverture en 1992, Vincent Price. Pour cela, le designer audiomédia Jake Ellis a retrouvé les enregistrements originaux de l’acteur, y compris des morceaux qui n’avaient jusqu’alors jamais été utilisés, et les a mixés et alternés avec des répliques en français pour produire une nouvelle narration bilingue, plus accessible au vaste public de Disneyland Paris. La version française n’est plus cette fois-ci assurée par Gérard Chevalier, mais par Bernard Alane, connu pour le doublage du personnage de Clopin dans Le Bossu de Notre-Dame, en raison de son timbre de voix proche de celui de Price. Jake Ellis se charge également de restaurer et nettoyer les bandes originales de la musique de l’attraction. Mais certaines sont cependant retirées, comme la musique à l’orgue dans la scène du cimetière ou celle plus mélancolique qui accompagnait le squelette de la mariée dans le final de l’attraction. De manière tout aussi surprenante, les scènes de la séance de spiritisme et de la salle de bal voient leurs ambiances sonores remplacées par leurs équivalents moins symphoniques de The Haunted Mansion.

Pour illustrer la nouvelle histoire, de nouveaux portraits doivent remplacer ceux de Julie Svendsen et de Marc Davis dans les premières pièces du manoir. Leur réalisation est confiée à l’Imagineer Greg Pro. Sa tâche consiste entre autres à donner vie (et mort) aux quatre prétendants de Melanie dans des toiles capables de se transformer tout en s’étirant. Comme le feraient de nombreux artistes, il en profite pour dissimuler certains clins d’œil. Par exemple, il peint Iggy Knight en s’inspirant de son propre visage presque à la manière d’un autoportrait. Et dans les tableaux de la Galerie des Portraits, il glisse un duel inspiré des fantômes duellistes de The Haunted Mansion ou donne encore au trois-mâts l’apparence du Hollandais Volant de Davy Jones de la saga Pirates des Caraïbes. De plus, sa représentation de Sawyer Bottom, qui rencontre une fin tragique au contact d’une scie circulaire, lui permet de rattacher davantage l’histoire de Phantom Manor à celle de Thunder Mesa car Frontierland Theater, censé être l’ancienne scierie du personnage reconvertie en théâtre, expose au-dessus de son entrée le fameux outil ensanglanté.

La mise à jour des effets spéciaux, près d’une cinquantaine au total, faisant de Phantom Manor l’une des attractions les plus complexes de la destination, revient à Daniel Joseph qui a déjà travaillé sur le retour du fameux Hatbox Ghost. Grâce au travail de cet expert en « Illusioneering », un nom né des termes « Illusion » et « Engineering », la séance de spiritisme retrouve sa splendeur d’origine perdue en 2009, avec l’utilisation de nouveaux effets de projection. Une modification majeure, l’une des plus importantes, concerne la conclusion de l’attraction qui change fondamentalement. En quittant Phantom Canyon, les visiteurs croisent le Fantôme qui les invite à prendre place dans un cercueil ouvert. Plus loin, ils passent devant les caveaux censés contenir les dépouilles des prétendants tandis que la mariée, dont l’ultime apparition dans le couloir de sortie est retirée, apparaît cette fois-ci dans l’un des miroirs pour les supplier de l’épouser.

D’abord annoncé pour quelques mois, le chantier, qui implique tout de même plus d’une centaine de personnes, s’éternise en raison de reports d’ouverture successifs dus à la charge de travail qui ne fait qu’augmenter et surtout à d’importants travaux de désamiantage. Elle dure finalement plus de quinze mois. Pour patienter, une cabine photographique est installée le 6 juin 2018 devant le portail de l’attraction et permet aux visiteurs de se prendre en photo. Cette amusante petite expérience nommée Spirit Photography reproduit le phénomène de photographie fantôme bien connu au XIXe siècle qui consistait à se faire prendre en photo pour finalement voir des esprits apparaître inexplicablement sur les clichés. Dans le cas de Disneyland Paris, le dispositif permet de faire figurer les visiteurs sur la une de The Mysterious Chronicle, la Gazette de Thunder Mesa, avec le Fantôme apparaissant à leurs côtés.

La même année, pour La Célébration Halloween de Mickey, la cavalcade d’Halloween fait entrer en scène le char Le Manoir aux Illusions de Mickey, un char arborant un manoir très semblable à Phantom Manor et sur lequel le Fantôme et la mariée se produisent.

Finalement, après une longue attente, l’inauguration a lieu le 30 avril 2019 à l’occasion d’une grande soirée thématique centrée sur l’histoire du manoir. Des acteurs campent ce soir-là des personnages emblématiques, qu’il s’agisse de Melanie errant dans les allées du jardin, le Fantôme surgissant de l’obscurité, pelle à la main, le vieux gardien de la propriété se tenant devant les portes du Foyer, des musiciens country, ou encore le croquemort J. Nutterville qui fait son grand retour dans les allées de Thunder Mesa. Les participants reçoivent en cadeau un exemplaire de la Gazette de Thunder Mesa célébrant la réouverture du manoir, comme cela avait été le cas quelques années plus tôt pour Big Thunder Mountain.

Le clou du spectacle reste néanmoins le discours du maire de Thunder Mesa, Artemus L. Hector, et de son épouse depuis le pont du Molly Brown, tous deux respectivement campés par les Ambassadeurs Giona Prevete et Joana Afonso, en compagnie du Shérif Will Ketchum bien plus réticent à rouvrir le manoir. À minuit, une animation est projetée sur la façade de l'édifice, laissant entendre la complainte de la mariée, ce qui n’est pas sans rappeler Mariage Fantôme le 31 octobre 2004, bien qu’il soit bien plus court. Le lendemain, des ouvertures en avant-première sont organisées pour les Pass Annuels les 1er et 2 mai. C’est lors de ces occasions qu’un public, certes restreint mais néanmoins attaché à l’attraction, en découvre les nouveautés. Si la plupart sont appréciées, le changement de musique au niveau de la salle de bal est loin de faire l’unanimité, à tel point que de nombreux visiteurs n’hésitent pas à exprimer leur mécontentement à ce sujet.

Le 3 mai marque la date officielle de réouverture au grand public. La séance de spiritisme et la salle de bal retrouvent alors leurs véritables ambiances sonores respectives, plus adaptées à l’atmosphère voulue. Le belvédère ajouté près de l’entrée de l’attraction ouvre en tant que nouveau point photo pour divers Personnages Disney, en particulier Mickey Mouse portant un costume qui n’est pas sans rappeler celui d’Henry Ravenswood, ou encore Jack Skellington pour la saison d’Halloween.

Le 2 juin 2019, en compagnie des Ambassadeurs Giona Prevete et Joana Afonso, Victoria Price, fille de Vincent Price venue des États-Unis, rend visite au manoir à nouveau hanté par la voix de son père. Et le 7 juin de la même année, un court documentaire intitulé Phantom Manor : Une Attraction Pleine d’Esprits, présenté par Mathias Dugoujon, est mis en ligne pour revenir sur les grandes étapes de la rénovation. Enfin, le 31 juillet, est pour la première fois mis en vente un ouvrage exclusivement dédié au manoir, Phantom Manor : L’Attraction Décryptée, qui revient sur bon nombre des secrets qu’elle renferme, ainsi que les grandes étapes de son histoire. Une telle édition n’avait jusqu’alors été réservée qu’à l’attraction Pirates of the Caribbean et son succès est immédiat auprès du public friand de produits dérivés de l’attraction.

La réhabilitation aura en outre permis pour la première fois dans l’histoire de Phantom Manor de mettre en place une file d’attente FASTPASS qui réemploie l’escalier reliant directement l’entrée du jardin à la porte du Foyer, un service qui devient disponible le 2 septembre 2019. Plus tard, avec le remplacement du service FASTPASS par le Disney Premier Access en 2021, la file s’équipe de bornes adaptées à ce nouveau produit pour la saison Halloween de cette année-là, le 21 octobre.

Parmi les attractions les plus emblématiques de Disneyland Paris, Phantom Manor tient donc une place toute particulière dans le cœur du public. Si Big Thunder Mountain est le visage de Frontierland, Phantom Manor en est l’âme ; une âme bien noire qui exerce sa fascination sur les visiteurs depuis 1992. Digne héritière de The Haunted Mansion, elle en est également la plus inédite par sa réinterprétation du concept originel, son rejet de certains codes édictés par Walt Disney lui-même et sa parfaite intégration dans le Far West de Frontierland. Cruciale pour comprendre l’histoire de son Land et tirant parti d’une exécution artistique très poussée, elle est avec The Twilight Zone - Tower of Terror l’une des rares attractions de Disneyland Paris où Halloween se fêterait presque toute l’année.

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