Walt Peregoy
Date de naissance :
Le 17 novembre 1925
Lieu de Naissance :
Los Angeles, en Californie, aux États-Unis
Date de Décès :
Le 16 janvier 2015
Lieu de Décès :
Encino, en Californie, aux États-Unis
Nationalité :
Américaine
Profession :
Artiste
Imagineer

Le portrait

rédigé par
Publié le 17 janvier 2015

Walt Disney a révolutionné le cinéma d'animation avec ses courts-métrages introduisant le son et la couleur, avec Blanche Neige et les Sept Nains, le premier long-métrage sonore et colorisé ; avec la Multiplane ; avec le Fantasound ; avec l'utilisation du Cinemascope... Décennies après décennies, la technique a évolué au même titre que le style Disney. Parmi ceux qui ont profondément marqué de leur empreinte l'œuvre des studios, figure le nom de Walt Peregoy, décorateur au caractère bien trempé dont le style a caractérisé l'œuvre de Disney dans les années 1960 ainsi que les parcs à thèmes, notamment Epcot.

Alwyn Walter Peregoy est né le 17 novembre 1925 à Los Angeles. Elevé sur l'île d'Alameda, dans la baie de San Francisco, il débute le dessin dès le plus jeune âge. A la Mark Keppel High School, il suit notamment les cours d'arts plastiques d'un certain Mr. Boner, professeur qui, selon Peregoy, ne l'aimait pas car l'élève était meilleur que le maître ! Dès l'âge de neuf ans, il assiste chaque samedi à des cours donnés au sein du California College of Arts and Crafts de Berkeley. De retour à Los Angeles avec sa famille alors qu'il a 12 ans, il s'inscrit à l'Institut Chouinard et assiste aux leçons de Don Graham. Son talent est récompensé dès 1939 lorsqu'il décroche un premier prix de dessin qui lui vaut de gagner douze cupcakes, un superbe lot à une époque où, la Dépression faisant encore rage, le garçon n'a jamais l'occasion de déguster de bons desserts !


Roosters, huile sur toile, 1953

En 1942 (ou 1943 selon les sources), le jeune homme de 17 ans, repéré grâce à son portfolio, intègre les studios Disney. Mais alors que certaines sources précisent qu'il devient animateur intervaliste, Walt Peregoy affirme avoir à l'époque été engagé comme agent de la circulation. L'expérience est courte. Détestant ce travail au cœur de ce qu'il compare à une « usine », Peregoy démissionne au bout de trois mois. Il achète alors son propre cheval, un mustang, et devient garçon de ferme au Irvine Cattle Ranch, le plus grand élevage de bœufs de Californie. Exerçant toujours son art, il est payé 20 dollars pour réaliser un portrait aux pastels de Pauli Mare, le cheval vainqueur d'un concours organisé dans le cadre de l'Exposition Universelle de 1939. Peregoy garde son travail de cow-boy pendant quelques mois avant de rejoindre le corps des garde-côtes le 5 octobre 1943. Il y passe les dernières années de la Seconde Guerre mondiale. Engagé par Jerry Segal pour illustrer le journal des armées, celui qui est devenu pharmacien première classe, quitte son corps quelques mois après la fin du conflit, le 12 juin 1946. Il cherche alors à poursuivre ses études d'art à Paris. Mais suite à un refus de visa pour l'Europe, il s'installe finalement au Mexique où il s'inscrit à l'Ecole des Beaux Arts de San Miguel de Allende, à Guanajuato.

Sans titre, huile sur toile, années 1950
Man at party,
huile sur toile, 1962

Walt Peregoy passe un an au Mexique où il s'imprègne de l'influence d'artistes comme David Sigueros, Diego Rivera et José Orozco. De retour aux Etats-Unis, il emménage chez sa grand-mère à San Francisco. Il y passe dix mois, enchaînant les petits boulots et servant notamment comme pompiste dans une station-service Chevron puis comme manutentionnaire sur les docks. Il est ensuite engagé dans une station-service de Redwood County en 1948. Son salaire lui permet de s'offrir le voyage vers la France à bord du Queen Elizabeth. Installé à Paris, il habite un temps dans un petit hôtel de la rive gauche et côtoie d'autres expatriés américains. Se rappelant ses promenades place de Clichy, Place Pigale, devant le Moulin Rouge (dans lequel il ne peut rentrer faute d'argent), Place des Ternes, celui qui ne parle alors pas un mot de Français suit notamment l'enseignement du peintre Fernand Léger. C'est également à Paris qu'il rencontre Madeleine Arneau, jeune fille originaire de Lyon qu'il épouse.  


Walt Peregoy et son épouse, Madeleine

Deux ans plus tard, en 1951, Walt Peregoy et sa famille reviennent aux Etats-Unis. Il occupe un poste dans une usine de peinture pendant six mois avant de retourner chez Disney. Il y sert quatre ans comme animateur intervaliste et travaille ensuite à la mise au net. Devenu assistant de Dale Banrhart, il travaille notamment avec Volus Jones sur Peter Pan et La Belle et le Clochard, et se souvient avoir dessiné Peter Pan, « quelques » Fée Clochette et des lévriers. Cherchant à monter en grade, Walt Peregoy entre en contact avec Ken Peterson qui lui permet de rencontrer Eyvind Earle, à qui Walt Disney vient de confier la création du style de son nouveau grand classique, La Belle au Bois Dormant. Peregoy passe alors au Département layout et décors. Aimant particulièrement le style épuré des studios UPA, il doit toutefois se conformer aux consignes d'Earle, dont les décors, débordant de détails mais jugés trop plats, sont selon lui juste bons pour des cartes de Noël... A cette époque, Peregoy se souvient avoir également produit des croquis pour la création de Disneyland U.S.A., en particulier son château.

La Belle au Bois Dormant
Paul Bunyan

En 1958, Walt Peregoy participe à la production du court-métrage Paul Bunyan, inspiré de la légende du héros américain et nommé à l'Oscar du meilleur court-métrage. Le décorateur travaille sur ce projet en collaboration avec Eyvind Earle. Il apparaît en outre dans le court-métrage Quatre Artistes Peignent un Arbre. Imaginé par Joshua Meador et réalisé par Wilfred Jackson et Charles Nichols, ce film de 16 minutes est présenté par Walt Disney et diffusé à la télévision le 30 avril 1958 dans l'épisode An Adventure in Art de l'émission Disneyland. Faisant un an avant sa sortie la promotion de La Belle au Bois Dormant, il met en scène quatre artistes des studios Disney, Marc Davis, Eyvind Earle, Joshua Meador et Walt Peregoy, qui s'installent au cœur de la nature pour dessiner un arbre majestueux. Chacun est libre de le reproduire avec son propre style. Peregoy est décrit par Disney comme « un artiste avec un style très particulier ». Alors que ses collègues usent de techniques différentes, le décorateur, qui choisit de l'encre de Chine puis une peinture au couteau, insiste sur son envie de dessiner l'arbre avec un style très graphique, linéaire, afin de mettre en évidence sa structure. Au final, son œuvre est très contemporaine.

 
Quatre Artistes Peignent un Arbre

En charge de définir le style du court-métrage The Saga of Windwagon Smith, Walt Peregoy est ensuite recruté par Ken Anderson, l'un des directeurs artistiques des studios Disney, pour superviser la création des décors des (Les) 101 Dalmatiens. Et contrairement à son travail sur La Belle au Bois Dormant, Peregoy peut insuffler à son œuvre le style plus contemporain des productions UPA. Les décors sont simplifiés, dépouillés, avec peu de couleurs et de détails. Walt Peregoy exerce son art avec passion pour un film qu'il estime être bien meilleur que le classique de 1959. Il collabore avec Bill Peet, son ami, et Tom Oreb, qu'il déteste, les deux hommes se chargeant quant à eux de la conception des personnages. Adorant Les 101 Dalmatiens, Walt Peregoy regrette cependant que le crédit des décors ne lui soit pas entièrement reconnu.

 
Les 101 Dalmatiens

Walt Peregoy enchaîne ensuite avec Merlin l'Enchanteur, film pour lequel il conserve son style dépouillé, renforcé encore avec le procédé Xerox, déjà utilisé sur Les 101 Dalmatiens, qui superpose sur les décors les lignes noires des différents objets et détails qui les composent. Poursuivant ensuite avec la production de Mary Poppins et Le Livre de la Jungle, il collabore à deux autres projets, Chantecler et le Renard et The Story of the Mustang, tous les deux avortés. Mais Walt Disney n'aime pas son style. Le papa de Mickey déteste par-dessus tout le style de (Les) 101 Dalmatiens et Merlin l'Enchanteur. Walt Peregoy est donc renvoyé dès 1965 et son nom disparaît au passage du générique de Mary Poppins et du (Le) Livre de la Jungle... Celui que Walt décrivait comme « un artiste avec un style très particulier » dans Quatre Artistes Peignent un Arbre est donc viré pour ce style !


Recherche graphique de Walt Peregoy pour Merlin l'Enchanteur


Recherche graphique de Walt Peregoy pour Le Livre de la Jungle

Après son départ des studios Disney, Walt Peregoy travaille pour Ed Graham Jr. sur le film The Shooting of Dan McGrew. Distribué par Universal, le cartoon de 7 minutes, narré par Walter Brennan, est l'adaptation d'un poème de Robert W. Service. Nommé aux Oscars, il s'inspire grandement du style des productions UPA que Peregoy, qui crée les décors, aime tant. En 1966, fort de son expérience chez Disney, Peregoy est ensuite engagé par Herb Klynn, le créateur des studios Format Film, qui lui confie le travail préparatoire de sa future série, The Lone Ranger. Il travaille ensuite sur The Music Mice-Tro et The Spy Swatter de Rudy Larriva, un autre ancien de Disney.

The Shooting of Dan McGrew
The Spy Swatter

Walt Peregoy entre en 1968 chez Hanna-Barbera où il devient chef du Département décors. A la tête d'une équipe de 36 personnes, Walt Peregoy participe à la production de nombreuses séries, notamment Les Pierrafeu, dont les décors sont réalisés selon lui « à la » Tom et Jerry. Son nom est également au générique de Scooby-Doo, Les Aventures de Gulliver, Les Fous du Volant, Satanas et Diabolo, Les Aventures Imaginaires d'Huckleberry Finn, Les Trois Mousquetaires et Autochat et Mimimoto.

Scooby-Doo
Les Pierrafeu

Walt Peregoy quitte Hanna-Barbera en 1973 et revient chez Disney. Refusant de travailler sur Les Aventures de Bernard et Bianca, il imagine déjà son renvoi lorsque Don Duckwall lui propose de travailler au sein de WED Enterprises, la division en charge de la conception des parcs à thème. Il est alors en charge d'Epcot dans les équipes de Rolly Crump. Pendant des années, il met son talent au service de nombreuses attractions. Amoureux de ce travail, il produit notamment l'entrée de Images and Imagination, les fresques représentant les quatre saisons de Symphony of the Seed, le ciel peint, les ballons et la fontaine du Kraft's Land Pavilion, ainsi que sa gigantesque mosaïque et plusieurs éléments de l'attraction Kodak's Journey Into Imagination.

 

Walt Peregoy se retire en 1983. Reconnaissable à son style si avant-gardiste, il poursuit ensuite sa carrière en freelance et continue à dessiner et peindre. Enseignant l'art des décors au Brandes Art Institute en 1984-1985, il présente par ailleurs son œuvre lors de nombreuses expositions et conférences dans tous les Etats-Unis, notamment à la National Gallery, à la Bibliothèque du Congrès, au Los Angeles County Museum of Art et à la Corcoran National Gallery of Art de Washington. Couronné d'un Disney Legends Award en 2008, Walt Peregoy reçoit également un Windsor McCay Award récompensant sa carrière au sein des nombreux studios dans lesquels il est passé.

Passant les dernières années de sa vie à Encino, en Californie, Walt Peregoy est mort le vendredi 16 janvier 2015 à l'âge de 89 ans. Esprit libre et caractère bien trempé, celui qui usait d'un langage familier pour décrire sa carrière expliquait que chacun doit exprimer son talent comme il l'entend. Accusant bon nombre de ses collègues d'être les lèche-bottes de Walt Disney, il n'hésitait pas à faire part de son opinion et de ses divergences, y compris à son patron qui, exaspéré, le renvoyait dès 1965. Parfois déçu de ne pas être considéré à sa juste valeur pour son travail, il ne perdait jamais une occasion de dire que l'empire Disney reposait entièrement sur le talent de ses artistes et en aucun cas sur celui de son fondateur. Rappelant que tous les décors des (Les) 101 Dalmatiens étaient à lui et à personne d'autre, surtout pas aux directeurs artistiques et autres producteurs, il avouait néanmoins sa fierté d'avoir travaillé pour les studios Disney qui l'ont « toléré » pendant près de 15 ans.