A Spark Story

Titre original :
A Spark Story
Production :
Pixar Animation Studios
Supper Club
Date de mise en ligne USA :
Le 24 septembre 2021 (Disney+)
Genre :
Documentaire
Réalisation :
Jason Sterman
Leanne Dare
Musique :
Jeremy Turner
Durée :
87 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Les cinéastes Aphton Corbin et Louis Gonzales parlent de façon immersive du processus de création de leurs courts-métrages respectifs, La Vingtaine et Nona...

La critique

rédigée par
Publiée le 18 avril 2022

A Spark Story revient sur la création de deux courts-métrages de la collection SparkShorts des Pixar Animation Studios. Si le propos est intéressant, le montage est un peu laborieux. En se concentrant trop sur la construction des deux récits de La Vingtaine et Nona, le documentaire s'avère relativement ennuyeux, surtout qu'il a tendance à isoler les deux réalisateurs dans leur réflexion créative, passant presque sous silence le fait que l'animation soit un travail collaboratif.

Le documentaire est produit par la société Supper Club fondée par le producteur du film, David Gelb. Né le 16 octobre 1983 à Manhattan, il commence à travailler dans le monde du cinéma au milieu des années 2000. Il est notamment assistant de production sur Spider-Man 3. S'il rêve de devenir réalisateur de blockbusters, sa carrière prend en réalité un tout autre chemin. En 2011, il réalise et produit ainsi Jiro Dreams of Sushi, un documentaire culinaire suivi quatre ans plus tard par Chef's Table, une série également culinaire pour Netflix qui connaît un grand succès donnant lieu à pas moins de six saisons et deux spin-off. En 2019, avec sa société de production Supper Club, il signe un contrat avec Disney+ pour la production de plusieurs émissions documentaires non scriptées dont Marvel 616, centrée sur les héros de la maison des idées ; People & Places, un remake de la célèbre série de courts-métrages des années 50 ; ou encore Earthkeepers, une série sur les personnes qui s'engagent pour la protection de la nature. En plus de tous ces programmes, il produit et réalise également pour Disney+ un long-métrage sur le chef américain Wolfgang Puck. Il produit aussi un autre film supervisé par Lucasfilm, Ltd. consacré aux jeunes constructeurs d'automates, FIRST : Compétition de Robots ; l'album visuel OLIVIA RODRIGO : driving home 2 u (a SOUR film) en collaboration avec Disney Branded Television sans oublier une émission sérialisée sur l'animation des Walt Disney Animation Studios, Esquisses. S'agissant d'A Spark Story, il en confie la réalisation à Jason Sterman et Leanne Dare.

A Spark Story se focalise donc sur le processus créatif de deux courts-métrages SparkShorts. En 2017, John Lasseter, alors toujours responsable de Pixar, impressionné par Piper qui vient de gagner l'Oscar du Meilleur Court-Métrage, choisit de renforcer la production de courts-métrages. Il décide ainsi que les studios de Luxo Jr. mettent en place un tout nouveau programme de réalisation de cartoons, intitulé SparkShorts. Le but est de permettre à chaque membre du studio, qu'il soit réalisateur, animateur ou technicien, d'avoir la possibilité de réaliser son propre dessin animé personnel. Pixar offre dans cette optique à chaque artiste six mois et quelques ressources techniques et financières pour mettre en œuvre son projet. La nouvelle série SparkShorts offre donc un ton spécifique et une vision artistique différente de ce qu'a produit l'ADN de Pixar jusque-là. Si les studios à la lampe de bureau s'étaient, il est vrai, déjà fait remarquer en laissant des artistes venus de diverses cultures proposer des courts-métrages sortant des sentiers battus à l'exemple de Sanjay et sa Super Équipe ou Bao, ici, les cartoons vont encore plus loin, se permettant aussi de viser, de temps en temps, un public différent de celui de Pixar : oubliée la cible familiale, les SparkShorts peuvent aussi proposer des cartoons qui ne parlent qu'aux adultes.

Les trois premiers SparkShorts, Purl, Écraser et Ramasser et Chatbull, sont d'abord proposés au cinéma durant une semaine, à partir du 18 janvier 2019, mais uniquement dans la salle du El Capitan Theatre à Los Angeles ; ce cinéma mythique d'Hollywood appartenant à The Walt Disney Company. Tous sont ensuite mis en ligne sur YouTube au rythme d'un par semaine, en commençant par Purl le 4 février 2019. Trois autres cartoons sont annoncés dans la foulée, L'EnvolWind et Renée, mais eux sont prévus pour sortir directement et uniquement sur la plateforme Disney+ qui ouvre sur le marché américain le 12 novembre 2019. Au final, ils sont diffusés également dans la salle du El Capitan Theatre à partir du 26 septembre 2019 tandis qu'au lancement de Disney+, quatre sont finalement proposés : Purl, Écraser et Ramasser, Chatbull ainsi que L'Envol. Wind arrive lui sur la plateforme le 13 décembre 2019 tandis que Renée est mis en ligne le 10 janvier 2020. Le septième de la série, Out, débarque lui directement sur Disney+ le 22 mai 2020. Mon Terrier était prévu un temps pour sortir au cinéma en avant-première de Soul, le 20 novembre 2020. Mais à la suite du passage du long-métrage sur Disney+ en raison des effets de la crise sanitaire de la Covid-19 sur l'exploitation en salles, le court-métrage arrive finalement au même endroit, à la même date, le 25 décembre 2020. Les neuvième et dixième opus, respectivement La Vingtaine et Nona, sortent, quant à eux, à une semaine d'intervalle les 10 et 17 septembre 2021.

A Spark Story se concentre sur les réalisateurs de La Vingtaine et Nona, respectivement Aphton Corbin et Louis Gonzales.
Après des études à CalArts, la jeune artiste Aphton Corbin débute chez Pixar en 2016 où elle travaille sur l'histoire de Toy Story 4 avant d'être assignée au même poste sur Soul. Pour le programme SparkShorts, elle prête sa voix à un personnage de Purl tandis qu'elle se charge également du récit de Renée. Finalement, elle décide de franchir le pas en tentant à son tour sa chance à la réalisation avec La Vingtaine. Pour elle, il s'agit d'un sacré challenge. Sur les longs-métrages, en tant qu'artiste de récit et de storyboard, elle intervient en effet en début de processus dans la création d'un film avant de passer à un autre projet alors que le précédent part juste en production pour sa mise en image définitive. Pour La Vingtaine, après la construction du récit, son poste de réalisatrice nécessite qu'elle suive le développement du court-métrage au fur et à mesure, à chaque étape, jusqu'à sa conception complète.
Louis Gonzales débute, quant à lui, dans l'animation en 1996 en intégrant Warner Brothers Feature Animation où il travaille sur les layouts d'Excalibur, l'Épée Magique, Le Géant de Fer et Osmosis Jones avant de rentrer chez Pixar en 2000. Il commence alors dans le département layout sur Monstres & Cie et Notre Ami le Rat avant de très vite passer au département storyboard puis au département histoire où il œuvre sur les films Les Indestructibles, Cars - Quatre Roues, Ratatouille, Rebelle, Monstres Academy, Cars 3 et Les Indestructibles 2 ainsi que le court-métrage Lava. Nona représente, en revanche, sa première incursion au poste de réalisateur. Louis Gonzales explique que la décision de se lancer dans la réalisation a été plutôt difficile à prendre mais l'opportunité de raconter sa propre histoire a été plus forte que l'appréhension de plonger dans une nouvelle aventure professionnelle qui l'obligeait à sortir de sa zone de confort.

A Spark Story rentre parfaitement dans le processus créatif des deux réalisateurs choisis en 2019 pour travailler en 2020 sur deux nouveaux courts-métrage de la collection SparkShorts, prévus d'être diffusés courant 2021. La première chose intéressante que met en avant le documentaire est sûrement l'opposition entre les deux artistes. L'une est jeune, travaillant depuis peu au sein des studios, tandis que l'autre est un vétéran de près de vingt ans chez Pixar. Leur état d'esprit est ainsi diamétralement différent. Aphton Corbin déborde d'idées et d'énergie mais est juste freinée par son inexpérience et son manque de confiance en elle. Malgré son expérience, Louis Gonzales souffre aussi d'une absence d'assurance amplifiée par une appréhension de sortir de sa zone de confort. Chacun des deux réalisateurs va ainsi devoir aller au-delà de ses limites pour accoucher de son court-métrage. Le documentaire montre alors que ce fut particulièrement difficile pour Louis Gonzales. Ce dernier a, en effet, bloqué sur son histoire et a failli abandonner jusqu'à ce qu'il trouve la clé lui permettant de déverrouiller son récit et de rendre ses personnages aussi crédibles qu'attachants. Aphton Corbin était, elle, plutôt dans une position inverse. Elle a dû, au contraire, limiter ses idées et apprendre à se focaliser sur l'essentiel afin de rendre l'ensemble aussi digeste que compréhensible.

Au-delà du processus de création, A Spark Story propose aussi de s'attarder sur le passé des deux artistes. Il s'agit sûrement du meilleur passage du documentaire car à chaque fois, il permet de comprendre l'état d'esprit actuel des deux réalisateurs et leur ressenti par rapport à leur travail.
Louis Gonzales était un enfant et un adolescent qui aimait peindre des graffitis dans les rues de Los Angeles avec ses autres amis latinos. Sa passion du dessin vient de ces graphes interdits peints sur les murs et il a voulu ensuite en faire un métier sans jamais trop savoir comment s'y prendre. Il fait alors plein de petits boulots jusqu'à ce qu'il se lance dans l'animation, et en particulier qu'il travaille avec le - alors jeune - réalisateur Brad Bird sur son long-métrage Le Géant de Fer. Comme Louis Gonzales, Brad Bird rentrera aussi chez Pixar pour réaliser le fameux Les Indestructibles.
Aphton Corbin, quant à elle, a toujours aimé dessiner bien qu'elle ait toujours eu du mal à trouver des représentations qui lui ressemblent dans l'animation. Elle, qui est afro-américaine, n'a pendant sa jeunesse croqué que des personnages caucasiens... tout simplement car il n'y avait qu'eux comme modèle dans les dessins animés qui passaient à la télévision ou au cinéma. Il lui a alors fallu beaucoup de maturité pour décider de produire des dessins à son image, et encore plus pour développer un style personnel.

Si son propos est intéressant, A Spark Story souffre pourtant d'un problème de rythme. La faute au fait que le documentaire a vraisemblablement été tourné après la réalisation des deux courts-métrages. De par ce choix, tout semble, à quelques scènes près filmées en direct, mécanique et manquant cruellement de spontanéité. Il y a, en effet, beaucoup d'interviews face caméra où les artistes racontent leur parcours, leurs difficultés. Mais le tout est bien trop statique. Pour donner du mouvement à l'ensemble, les spectateurs les voient alors traverser les couloirs des locaux de Pixar, se balader dans les jardins du campus, franchir le grand hall vitré ou traverser une passerelle suspendue dans l'atrium. Le gros avantage de ces plans est de pouvoir visiter virtuellement les studios qui sont inaccessibles au grand public. Par contre, le procédé manque vraiment de naturel. Le comble est peut-être atteint lors de la séquence du petit-déjeuner au domicile de Louis Gonzales. Ce dernier est alors complètement déprimé car il n'avance pas sur son histoire. Il est alors évident ici qu'il rejoue la scène, voire même qu'il la surjoue. Le seul petit moment authentique a lieu quand les deux réalisateurs présentent leur idée de court-métrage aux animateurs afin de les convaincre de travailler avec eux. Mais c'est globalement peu. Le documentaire est ainsi très loin de valoir l'émission Dans un Autre Monde : Les Coulisses de La Reine des Neiges II qui avait proposé une immersion totale dans le processus de création des Walt Disney Animation Studios. Dans ce documentaire en six parties, l'équipe dans son ensemble avait, en effet, été suivie pendant la toute dernière année de l'élaboration du film, arrivant à faire transparaître du suspense mais aussi de l'émotion. Ici, tout est plat et bien trop calme.

L'autre souci du documentaire A Spark Story est qu'il se focalise un peu trop sur les deux réalisateurs. Certes, ce sont des histoires personnelles qui ont donné naissance aux deux récits. Il est ainsi normal de s'attarder sur les deux artistes. Pour autant, l'animation, plus que tout autre art cinématographique, est un vrai travail d'équipe où chaque élément est primordial pour la réussite du projet. Ici, seule la conception de l'histoire est mise en avant, dans une approche assez solitaire qui plus est. Les autres étapes de la réalisation sont globalement mises de côté à quelques scènes près. Seul le rôle du producteur est plutôt bien expliqué. Il est néanmoins vraiment difficile de ressentir un esprit collaboratif et il aurait été plus intéressant de prendre le temps de voir toutes les étapes pour arriver au résultat final des courts-métrages. Surtout que le documentaire s'étale sur près de 90 minutes et avait donc le temps de poser son sujet. Malheureusement, en faisant par trop l'impasse sur l'animation ou la création des effets spéciaux, A Spark Story a tendance à rendre son sujet un peu ennuyeux et ronronnant. Heureusement, il jongle entre les parcours des deux artistes, ce qui apporte tout de même un peu de vie. Sans cela, le documentaire aurait été non seulement monotone mais aussi fastidieux.

A Spark Story offre une belle présentation de deux artistes des studios Pixar au parcours et à l'âge totalement opposés. Si le processus créatif est plutôt bien exposé, le montage plombe néanmoins un peu le sujet. Le documentaire n'arrive pas à réellement dépeindre toutes les étapes nécessaires pour réaliser un court-métrage d'animation, se focalisant beaucoup trop sur la conception des deux récits et pas assez sur le reste...

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