Thor
Love and Thunder

Titre original :
Thor : Love and Thunder
Production :
Marvel Studios
Date de sortie USA :
Le 08 juillet 2022
Genre :
Fantastique
IMAX
3-D
Réalisation :
Taika Waititi
Musique :
Michael Giacchino
Nami Melumad
Durée :
119 minutes

Le synopsis

Après la bataille contre Thanos, Thor est parti explorer d'autres mondes en compagnie des Gardiens de la Galaxie. À la recherche d'un nouveau but, le Dieu du Tonnerre et ses compagnons aident, souvent maladroitement, ceux qui réclament l'aide des héros des étoiles. Bientôt, Thor reçoit de nombreux signaux de détresse : Gorr, le Boucher des Dieux, verse le sang de tous les être divins qu'il croise. Pour arrêter cette nouvelle menace, Thor va s'embarquer dans une aventure aux côtés de Korg, du Roi Valkyrie et de Jane Foster qui, à la grande surprise du fils d'Odin, peut désormais manier son marteau autrefois détruit, Mjolnir...

La critique

rédigée par
Publiée le 23 juillet 2022

Et de quatre ! Avec Thor : Love and Thunder, le Dieu du Tonnerre est le premier personnage du Marvel Cinematic Universe à obtenir un quatrième film portant son nom. Que de chemin parcouru en onze ans : du jeune héros lancé dans la quête shakespearienne de Thor en 2011 jusqu'au guerrier anéanti qui participa à défaire Thanos dans Avengers : Endgame (2019), le fils d'Odin a continué d'avancer pendant que, tout autour de lui, les êtres les plus chers à son cœur disparaissaient inlassablement. Après avoir redéfini le personnage dans Thor : Ragnarok (2017), Taika Waititi reprend donc du service pour ce chapitre inédit dans l'histoire du foudroyant héros. Pour les nouvelles aventures circassiennes de son clown divin préféré, le réalisateur néo-zélandais tourne les potards au maximum et délivre à peu près la même recette qu'il y a cinq ans. Un zeste d'amour, une pincée de drame et une cuve d'humour potache : Waititi réalise un film sincère qui dégouline de son style si particulier, quitte à donner la nausée à une partie des spectateurs et à les rendre... chèvre.

Pas le temps de se reposer : alors que le public vient à peine de découvrir Avengers : Endgame, Marvel profite de la grand-messe geek annuelle, le San Diego Comic Con, pour sortir l'artillerie lourde et dévoiler ce qui attend les héros du MCU – et les spectateurs – dans les prochaines années. C'est donc le 20 juillet 2019 que Kevin Feige, le Président de Marvel Studios à la casquette toujours bien vissée sur la tête, s'empare du micro pour présenter à l'assemblée et au monde entier le programme de la phase IV. La sortie de Thor : Love and Thunder marque d'ailleurs un nouveau tournant dans le MCU, puisque le film porté par les épaules musclées de Chris Hemsworth et de Natalie Portman était le dernier film de la phase IV annoncé par le pape de Marvel durant la soirée. Certes, les séries Moon Knight (2022) et Miss Marvel (2022) sont venues se rajouter en cours de route, et les films Black Panther : Wakanda Forever (2022), The Marvels (2023) et Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3 (2023) avaient eux aussi été confirmés lors de l'évènement, bien que n'ayant aucune date de sortie à l'époque. Kevin Feige avait même fait saliver son auditoire avec la seule mention des projets de Blade, des (Les) 4 Fantastiques et d'un film dans l'univers des Mutants. Il n'empêche, c'est bien là une nouvelle page qui se tourne dans le MCU, l'aboutissement de trois années d'attente et de spéculations en grande partie dévorées par la pandémie de COVID-19, et il est l'heure pour les plus fidèles spectateurs de tirer un premier bilan de cette quatrième phase. Sorti tout juste un an après Black Widow (2021), Thor : Love and Thunder est ainsi le sixième film de la phase IV, et la treizième aventure super-héroïque en comptant les séries de l'ère post Saga de l'Infini. De quoi sacrément donner le tournis aux retardataires qui auraient loupé quelques trains...

L'aventure Thor : Love and Thunder débute en réalité dès 2017, mais seuls Kevin Feige, quelques exécutifs de Marvel Studios et Taika Waititi sont dans le secret des dieux. Thor : Ragnarok commence à peine sa carrière sur le grand écran que déjà, Feige donne le feu vert à Taika Waititi pour réaliser la suite. Au cours d'un dîner, les premières idées sont esquissées, avec une seule volonté : être plus grand, plus fou et plus coloré encore que ne l'était Thor : Ragnarok. Chris Hemsworth, qui traînait un peu des pieds avant l'arrivée de Waititi à la barre de la saga du Dieu du Tonnerre tant il trouvait le personnage ennuyeux, n'est pas difficile à convaincre. Son contrat le liant à Marvel Studios a beau se terminer avec Avengers : Endgame, l'acteur australien est le premier à rempiler pour de nouvelles aventures électrisantes. Non content de tenir la caméra – et de s'inviter sur la pellicule à travers le personnage de Korg –, Waititi signe également le scénario du film, en partenariat avec Jennifer Kaytin Robinson.

En 2017, Thor : Ragnarok avait suscité le mécontentement de nombre de lecteurs de comics à cause de son scénario, composé d'un patchwork bariolé d'histoires à la base sombres et emblématiques. En effet, outre la réimagination des multiples récits Marvel ayant trait de près ou de loin au Ragnarok, dont l'arc narratif éponyme qui s'étendait en 2004 des numéros 80 à 85 de Thor (Vol. 2), le film de Waititi s'était chargé d'introduire le personnage de Hela et, surtout, il s'était mis en tête d'adapter le mythique Planète Hulk. Ce récit, écrit par Greg Pak et dessiné par Carlo Pagulayan et Aaron Lopresti dans les pages de The Incredible Hulk (Vol. 2) entre 2006 et 2007, est l'une des aventures les plus touchantes et dramatiques du Colosse de Jade. Remixée à la sauce Waititi, l'histoire perdait donc un peu de sa superbe pour venir servir un scénario coloré très axé sur l'humour, même s'il serait injuste de nier que Thor : Ragnarok a su proposer de belles scènes d'émotion. Il faut se rendre à l'évidence, l'adaptation est un travail d'équilibriste. Et même si les lecteurs de comics sont très attachés au matériau de base, il faut savoir faire contre mauvaise fortune bon cœur et accepter que le MCU ne saurait rendre compte de toute la puissance des histoires dépeintes dans les comics, certains arcs scénaristiques ayant été construits pendant des mois, des années parfois, un luxe qu'un film de deux heures ne peut pas s'offrir.
Pour Thor : Love and Thunder, Taika Waititi persiste et signe. Le Néo-Zélandais se frotte donc une nouvelle fois aux plus grandes histoires des personnages Marvel en adaptant deux récits grandioses de Jason Aaron, l'un des plus grands auteurs de Thor.

Waititi a donc choisi de faire de Gorr, le Boucher des Dieux, le grand méchant de Thor : Love and Thunder. Imaginé par Jason Aaron et Esad Ribic dans Thor : Dieu du Tonnerre #2 en 2012, ce personnage fait partie d'un peuple très pieux vivant sur une planète sans nom où règnent la famine et la désolation. Malgré la foi sans faille des compagnons de Gorr, les prières fiévreuses des dévots leur reviennent en écho, récompensées par un divin silence. Après la mort de son fils Agar, Gorr renie sa foi et s'attire les foudres de son clan, qui le bannit séance tenante. Alors qu'il erre dans le désert en priant pour une mort rapide, Gorr assiste à un spectacle extraordinaire : deux dieux, l'un habillé d'une armure d'or et l'autre, tout de noir vêtu, tombent du ciel après un combat acharné. Le dieu doré réclame alors à Gorr son aide ; furieux d'avoir été ignoré toute sa vie durant, l'homme refuse. C'est à ce moment que l'épée du dieu noir se transforme en une matière vivante qui fusionne avec Gorr. Corrompu par Noirceur la Nécroépée, une arme de désespoir forgée par Knull, le Dieu des Symbiotes, Gorr va parcourir la galaxie pour massacrer tous les dieux de l'univers.
Dans Thor : Love and Thunder, c'est à Christian Bale, apparu dans Le Mans 66 en 2019 et, évidemment, l'éternel Bruce Wayne dans la saga The Dark Knight (2005-2012) réalisée par Christopher Nolan, qu'est confié le rôle de Gorr. Si son origine et la déchéance de sa foi sont très semblables à celles dépeintes par Jason Aaron, le Gorr de Thor : Love and Thunder prend toutefois une apparence beaucoup plus humanoïde que son homologue de papier. À travers ces changements, Waititi entend évidemment faire usage de tout le potentiel du jeu physique de Christian Bale, mais il souhaite aussi mettre en scène un Gorr moins violent et davantage insidieux que celui présenté dans les comics. Christian Bale est une nouvelle fois extraordinaire dans son rôle – en même temps, qui en doutait ? –, même s'il apparaît malheureusement trop peu à l'écran. Christian Bale et Taika Waititi se sont, à plusieurs reprises, exprimés dans les médias sur le contenu des scènes coupées du film. En plus des séquences dans lesquelles Gorr rencontre Eitri (Peter Dinklage) et Le Grand Maître (Jeff Goldblum), que Taika Waititi a jugé « pas assez bonnes » pour intégrer son film, Bale a expliqué qu'une scène le montrant pousser un hurlement effroyable, inspirée par le clip de la chanson Come to Daddy de Aphex Twin, est également passée à la trappe. Enfin, une séquence dans laquelle Gorr se mutile pour s'ôter ses tatouages religieux est elle aussi restée dans la salle de montage, à l'abri des regards. Quantité de films subissent le même traitement, aussi serait-il absurde de juger Thor : Love and Thunder sur ses seules séquences coupées. Pourtant, tous ces détails laisseront plus d'un spectateur songeur. Il semble dès lors que le personnage de Gorr a été volontairement « adouci » lors du passage du film sur la table de montage pour rester dans les clous de la classification « PG-13 », mais aussi pour mettre l'accent sur le côté fantomatique du vilain, une entité qui se déplace dans les ombres pour piéger ses proies. Avec ses expressions faciales, sa façon de se mouvoir et son charisme, le Gorr du film ne mérite peut-être plus son surnom de Boucher des Dieux, mais Christian Bale, fort de son inimitable talent, rend tout de même le personnage à la fois fascinant et sinistre.

La deuxième histoire de Jason Aaron adaptée par Taika Waititi tourne, elle, autour du personnage de Jane Foster. Même après avoir vaincu Gorr dans les comics, le Dieu du Tonnerre n'a guère le temps de souffler. Pendant que Malekith lance les premières hostilités de la grande Guerre des Royaumes, Thor part enquêter, aux côtés d'autres héros, sur le meurtre de Uatu le Gardien. À la fin de ce récit contenu dans le grand crossover Original Sin édité en 2014, l'assassin du Gardien susurre trois petits mots à l'oreille du Dieu du Tonnerre ; Thor, ébranlé par ces révélations, devient indigne de soulever son marteau. Quelque temps plus tard, une femme dont l'identité n'est pas immédiatement révélée décrète qu'il doit toujours y avoir un Thor dans l'univers. En soulevant Mjolnir, Jane Foster devient donc la Puissante Thor, ou Mighty Thor ! Entre 2014 et 2018, Jason Aaron va ainsi écrire l'histoire de la nouvelle Déesse du Tonnerre dans deux séries des plus émouvantes. Il faut dire que la jeune femme est à ce moment précis dans une position on ne peut plus difficile, et sa nouvelle vie de super-héroïne va lui offrir une échappatoire... mais ces instants de répit s'accompagnent d'un lourd tribut à payer.
Taika Waititi s'efforce d'adapter fidèlement le récit iconique de Jason Aaron, avec quelques menus changements et des raccourcis plutôt malins pour coller au scénario du film. La grande Natalie Portman revient donc distribuer des coups de marteau à droite et à gauche dans Thor : Love and Thunder, après avoir été laissée de côté dans le MCU depuis quelques années. Et il n'y a pas à dire, Natalie Portman prend visiblement un immense plaisir à plonger en plein cœur de la bataille ! Aussi à l'aise dans les scènes de combat que durant les passages beaucoup plus intimes et graves, l'actrice entraîne avec elle les spectateurs dans le monde bigarré de Thor : Love and Thunder tout en livrant une solide prestation. Les scènes qu'elle partage avec le Roi Valkyrie, toujours campée par l'énergique Tessa Thompson, sont elles aussi tout simplement excellentes. Ensemble, les deux femmes forment un duo de choc que peu de gens auraient imaginé mais qui fonctionne du tonnerre de dieu.

Au rayon des sujets qui fâchent, Thor : Love and Thunder a largement divisé la critique dès sa sortie en raison de l'humour omniprésent dans le film. Les spectateurs qui ont détesté Thor : Ragnarok trouveront donc en Thor : Love and Thunder un nouvel objet cinématographique à haïr, tandis que les fans du réalisateur néo-zélandais décalé, eux, riront à gorge déployée pendant deux heures, mais même eux pourraient reconnaître que Waititi a eu la main lourde sur les vannes, jusqu'à parfois frôler l'indigestion. Thor se la joue donc à la Jean-Claude Van Damme en plein combat, voyage avec des chèvres un rien bruyantes et, globalement, fait le pitre pendant une bonne partie du long-métrage en compagnie du reste du casting d'ailleurs. Il faut dire que le réalisateur a fait de l'humour absurde l'une des composantes essentielles de son cinéma. En 2010 déjà, à l'occasion de la sortie de Boy, Waititi exprimait ses intentions de réalisateur en ces termes :

Je veux explorer la douloureuse comédie qu'est le fait de grandir et d'interpréter le monde. Je crois que malgré nos défauts et nos faiblesses, à travers la peine et le chagrin, il y a encore de la place pour le rire. Je crois que c'est ça qui rend mes films différents, le sentiment que, même s'il y a souvent de l'obscurité, il y a aussi des petites touches de lumière pour encourager à garder espoir.

Thor est un personnage qui a tout perdu. Sa mère, son père, son frère – plusieurs fois –, Heimdall, ses amis, la moitié de son peuple, son royaume, Mjolnir : nombreux sont les films du MCU qui ont semé la mort et le chagrin dans l'entourage du fils d'Odin. Le MCU s'est d'ailleurs rarement arrêté sur la peine du personnage, puisque le Dieu du Tonnerre a été bringuebalé d'une aventure à l'autre sans avoir le temps de souffler et de faire son deuil, sans compter que Thor n'a pas assez de deux yeux (et encore moins d'un seul, selon les films) pour pleurer ses êtres chers disparus. Quand le MCU s'est enfin autorisé à explorer en profondeur les états d'âme du fils d'Odin, dans Avengers : Infinity War (2018) et, surtout, dans Avengers : Endgame, les spectateurs ont pu profiter de belles scènes d'émotion entre Thor et Frigga, après des années à tourner autour du sujet. Quand Taika Waititi reprend les rênes du personnage, il entend pour sa part continuer dans la veine de son film précédent en dépeignant un Thor toujours plus farfelu qui concourt même avec Star-Lord pour le titre du plus grand clown de la galaxie. Après avoir confié les clés du royaume à Valkyrie, Thor est ainsi parti en quête d'un nouveau but avec ses amis, les Gardiens de la Galaxie. Waititi continue donc de dresser le portrait d'un homme en perpétuelle crise existentielle, un héros et un dieu qui rivalise d'absurdité pour ne pas se laisser consumer par ses émotions. Le réalisateur offre d'ailleurs à Jane Foster un traitement similaire : si, dans les comics, la jeune femme embrasse la façon de parler très ampoulée de Thor, elle s'approprie dans le film tout l'humour du Dieu du Tonnerre. Dans la démarche de Waititi, cette décision prend tout son sens puisque les deux personnages cherchent à échapper, au moins pour un temps, à la réalité qui menace de les rattraper dès le moment où ils auront baissé la garde. C'est aussi pour cela que lorsque le film s'arrête pour aborder un sujet sérieux et laisser aux personnages l'occasion de se livrer à cœur ouvert, les émotions s'en trouvent démultipliées par contraste.

Thor : Love and Thunder est un film qui plaira assurément aux plus jeunes. Pas à travers l'humour omniprésent, non, même si n'importe quel bambin sera ravi de rendre fous ses parents grâce à une peluche de chèvre hurlante, mais plutôt parce que Taika Waititi a placé les enfants au cœur de son film. Ce n'est pas la première fois que le réalisateur offre aux enfants et aux jeunes adolescents en pleine construction une place de choix dans son œuvre, comme en témoignent les films Boy (2010), À la Poursuite de Ricky Baker (2016) et Jojo Rabbit (2019), ainsi que la série Reservation Dogs (2021), produite par FX Productions pour Hulu. Avec Thor : Love and Thunder, Waititi rend un vibrant hommage aux films d'aventure pour enfants, notamment ceux des années 80, sans jamais renier le public adulte naturellement. Passé l'introduction du personnage de Gorr, le film montre comment Thor occupe son temps avec les Gardiens de la Galaxie pendant que Korg raconte l'histoire du héros à un groupe d'enfants. Cette astuce de narration, réutilisée plusieurs fois dans le film et qui n'est pas sans rappeler les classiques du genre dont le mythique Princess Bride (1987), revêt alors un côté très méta dans Thor : Love and Thunder, puisque c'est Taika Waititi lui-même qui interprète le personnage de Korg. Le réalisateur s'invite donc dans son propre film pour raconter son histoire, à sa sauce, aux enfants rassemblés autour de lui comme à ceux qui se trouvent devant le grand écran. Les plus jeunes font également pleinement partie de l'aventure, et ce même s'ils n'apparaissent qu'assez peu. À leur besoin de croire en leurs héros répond d'ailleurs la propre foi des hommes envers les grandes instances divines qui pullulent dans les cieux du MCU. C'est donc logiquement que Gorr devient l'antagoniste redoutable au cœur de ces deux thèmes qui s'entrecroisent dans le film. Le méchant prive de dieux des peuples entiers qui ne tardent pas à sombrer dans le chaos d'une part, mais face aux enfants, il est plutôt perçu comme un croque-mitaine. L'une des scènes à la Nouvelle Asgard va tout à fait en ce sens, en montrant comment les créatures invoquées par Gorr viennent s'immiscer dans les chambres des plus petits et les terroriser. Ces démons, qui se font l'écho des peurs les plus primaires de bien des bambins, ont d'ailleurs été inspirés par les dessins des propres enfants de l'équipe du film ! Dans Thor : Love and Thunder, il sera donc question pour les enfants de continuer à croire en un super-héros capable de les sauver, mais l'histoire du film est aussi celle de petits héros en herbe qui se serrent les coudes et passent eux-mêmes à l'action, dans la plus pure tradition de nombreux films d'aventure à destination des plus jeunes.

À la fois réalisateur et narrateur, Taika Waititi s'impose donc d'emblée comme le seul maître à bord. Thor : Love and Thunder est son histoire, et tant pis pour ceux que cela défrise. Le réalisateur a souvent répondu avec second degré aux fans des comics qui l'accusaient déjà d'avoir ruiné la mythologie du héros dans Thor : Ragnarok, et force est de constater que ce nouveau long-métrage n'a rien d'un traité de paix. Taika Waititi abandonne presque complètement la mythologie nordique qui a toujours teinté les histoires de Thor sur papier, pour proposer à la place un road trip spatial hyperactif. Le traitement de plusieurs dieux dans le film, lui aussi, participe à l'ambiance chaotique et absurde développée par le réalisateur. Cela commence dès le début, à travers le personnage de Rapu, qui emprunte ses traits à Jonathan Brugh (Vampire en Toute Intimité, 2014). Déité de petite importance, Rapu n'a que faire des suppliques de Gorr, l'un de ses adorateurs. Trop occupé à festoyer après avoir défait le précédent porteur de l'épée, Rapu se moque de Gorr et des êtres inférieurs qui n'ont qu'une seule fonction à ses yeux : vénérer les puissants. Personnage récurrent des comics, Zeus va lui aussi faire preuve de peu de grandeur dans la suite du film, sous les traits d'un Russell Crowe (Gladiator, 2000, Man of Steel, 2013) médaille d'or du cabotinage. Ce contraste entre les problèmes sérieux des mortels et l'indécence des dieux sert le propos du film, mais il est légitime de se demander si Taika Waititi ne prend pas plaisir à briser, à dessein, tous les espoirs des nombreux fans de comics et, plus généralement, des férus d'histoires nordiques qui ont explosé ces dernières années ; les séries Vikings (History, 2013-2020) et Vikings : Valhalla (sur Netflix depuis 2022), le film The Northman (2022) ou encore les jeux vidéo God of War (2018) et Assassin's Creed Valhalla (2020) ont en partie contribué au phénomène. Presque comme un troll des internets, Waititi se gausse du sérieux avec lequel les lecteurs traitent les histoires tirées des comics, comme en témoigne la légèreté avec laquelle Korg rappelle la mort dans le film précédent du Trio Palatin composé de Fandral, Hogun et Volstagg. Dame Sif, qui avait échappé au carnage, a d'ailleurs l'occasion de venir faire l'andouille à son tour dans Thor : Love and Thunder, toujours incarnée par Jaimie Alexander, pour enfoncer encore davantage le clou et faire la nique aux fans de la guerrière si valeureuse. Il faut toutefois reconnaître que le film, à travers sa désacralisation des dieux, pose une question pertinente : compte tenu de la vacuité et de la couardise de nombreux êtres divins, l'entreprise de Gorr est-elle si dommageable que ça ? Et si Gorr avait raison ? Les fans de comics ne le savent que trop, cette question bien précise a hanté Thor pendant des années...

Pour répondre à la folie du film et son ambiance rock, Taika Waititi a tenu à incorporer plusieurs chansons de l'un de ses groupes favoris : Guns N' Roses. Sans avoir la prétention de faire de Thor : Love and Thunder un film juke-box à la (Les) Gardiens de la Galaxie (2014) et sa suite (2017), Waititi utilise les morceaux rock pour accompagner l'histoire du Dieu du Tonnerre. Welcome to the Jungle est ainsi entendue durant une séquence de bataille destructrice, quant à Sweet Child O' Mine, la chanson utilisée durant la promotion du film, elle vient rappeler de manière efficace que le réalisateur a l'ambition de créer une comédie romantique dans l'espace. Si Taika Waititi a donc des goûts musicaux plutôt sûrs, il a aussi fait un choix idéal en convoquant un duo talentueux pour composer la bande originale de son film. Après avoir signé les partitions de Doctor Strange (2016), de la trilogie Spider-Man (2017-2021) portée par Tom Holland, de The Batman (2022) ou encore de Buzz L'Éclair (2022), Michael Giacchino revient plus en forme que jamais, aux côtés de Nami Melumad, la compositrice désormais associée à la nouvelle génération de séries Star Trek. Ensemble, les musiciens ne lésinent ni sur l'émotion, ni sur l'épique pour livrer une partition mémorable. Le thème principal du film, Mama's Got a Brand New Hammer, est notamment une vraie merveille venant faire écho aux voyages intérieurs de Thor et de Jane Foster, avec des cordes aux accents lyriques et une tristesse lancinante dans la première partie qui laissent peu à peu la place à une fin de morceau très rock, accompagnée de cuivres puissants.

Côté technique enfin, Thor : Love and Thunder est un micmac de propositions à l'identité visuelle forte et de plans à la qualité plus discutable. Si le film n'a aucun mal à convoquer une imagerie encore plus rutilante et extravagante que dans Thor : Ragnarok, comme le montrent les scènes de l'assemblée des dieux ou le superbe travail effectué sur le noir et blanc lors d'une séquence-clé du film, certains effets spéciaux pourraient quant à eux faire tiquer les spectateurs, à l'exemple des casques de Jane et de Thor qui semblent parfois flotter maladroitement devant les visages des acteurs. Quelques scènes faisant appel à la technologie StageCraft, développée par Industrial Light and Magic et utilisée avec brio dans Star Wars : The Mandalorian et The Batman, ne rendent quant à elles pas justice à ce nouveau bijou technique très prisé à Hollywood, car il se dégage de ces séquences un manque de profondeur lorsque les personnages discutent en plan serré. Le film n'est évidemment pas la catastrophe visuelle décrite par nombre de critiques à sa sortie ; dans sa globalité, il est beau, et parfois même très beau, avec quantité de plans qui rendent hommage aux comics ou qui sont des concentrés de fantasy pure. Taika Waititi et Tessa Thompson ont toutefois mis le feu aux poudres dans une vidéo de Vanity Fair publiée le 9 juillet 2022, dans laquelle ils se moquent de certains effets visuels du film. Rapidement, plusieurs employés s'emparent des réseaux sociaux pour condamner la politique de Marvel Studios, qui imposerait des délais de plus en plus courts aux artistes chargés de réaliser les effets spéciaux tout en resserrant les cordons de leur bourse au passage. Et à en juger par certains effets spéciaux issus des séries Moon Knight ou Miss Marvel, il est difficile de ne pas croire à ces allégations...
Malgré un bouche-à-oreille en demi-teinte et des critiques très divisées, Thor : Love and Thunder électrise le box-office mondial en récoltant 303 millions de dollars durant son premier weekend d'exploitation, loin derrière les sortilèges de Doctor Strange in the Multiverse of Madness tout de même qui, deux mois plus tôt, engrangeait à son démarrage 452.4 millions de dollars. Il s'agit alors du onzième meilleur démarrage pour un long-métrage du MCU, et du meilleur score réalisé par un film de la saga du Dieu du Tonnerre.

Thor : Love and Thunder est finalement un joyeux foutoir. Emmené par un Chris Hemsworth ravi de rejouer sous la direction de son pote Taika Waititi et une Natalie Portman qui illumine chacune des scènes dans lesquelles elle apparaît, le film est loin d'être sans défauts, mais il porte en lui une certaine forme de sincérité tout en trouvant parfaitement sa place dans la phase IV du MCU qui laisse une plus grande liberté à ses réalisateurs. Le côté bruyant et survitaminé du film saura trouver son public qui se régalera d'un humour potache servi sans réserve ; pour les autres, qui ne seraient pas prêts à endurer deux heures de vannes, le voyage sera long, très long. Tout le monde se mettra au moins d'accord pour dire que les séquences d'émotion sont parfaitement justes et qu'elles valent même, peut-être, d'accepter l'existence de ces deux maudites chèvres.

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