Otika
Date de création :
Le 13 novembre 1940
Nom Original :
Otika
Créateur(s) :
Fred Moore
Joseph Gayek
Apparition :
Cinéma
Télévision

Le portrait

rédigé par Karl Derisson
Publié le 21 février 2022

Avec La Symphonie Pastorale, l’une des séquences les plus populaires de Fantasia, les studios Disney offrent une belle vision de la mythologie grecque avec ses dieux, ses chevaux ailés et ses centaures. Si la plupart des protagonistes sont de jolies créatures adorées par le public, d’autres, en revanche, se sont retrouvées avec le temps au cœur des critiques. Parmi elles, figure notamment Otika, une petite centaurette noire dont le rôle et l’apparence graphique s’inspirent d’une vision particulièrement caricaturale et négative des Afro-Américaines.

Otika, dame de compagnie au service des centaurettes

Les premières notes joyeuses de La Pastorale, la Sixième Symphonie de Beethoven, se mettent à résonner. Un magnifique soleil se lève sur la campagne grecque. L’un des versants du majestueux mont Olympe se retrouve baigné de lumière. Au pied de la montagne des dieux, les créatures de la mythologie s’éveillent. Les licornes courent dans les prés. Les faunes dansent au son de leur flûte de pan. Les chevaux ailés parcourent élégamment le ciel. Se baignant dans l’eau calme d’un lac, les centaurettes se préparent quant à elles à rencontrer leurs beaux fiancés.

Afin d’être les plus belles, toutes sont épaulées par de mignons petits chérubins. À l’aide d’une branche de roseau, une petite centaurette noire lime les sabots d’une ravissante blonde. Sunflower, quant à elle, accroche de jolies fleurs roses sur la queue de Judy, une ravissante blonde platine. Enfin, Otika porte pour sa part la traîne fleurie d’Hilda, une centaurette aux cheveux roses.

La Conception du personnage

Otika est une petite centaurette noire à la robe marron foncé. Le sourire jusqu’aux oreilles, son visage se démarque avec un petit nez rond, des lèvres pulpeuses et des joues généreuses. Sa coiffure, très simple, se compose de deux couettes nouées grâce à deux fleurs jaunes. Dodelinant joyeusement de la tête, Otika est la dame de compagnie d’Hilda qu’elle aide en tenant dans ses deux mains une splendide liane composée de pétales jaunes et verts.

Otika fait partie des centaures et des centaurettes imaginés par Fred Moore. Né le 7 septembre 1911 à Los Angeles, l’animateur débute chez Disney en août 1930. Assistant de Les Clark puis de Norm Ferguson, il n’a que dix-neuf ans mais se fait rapidement repérer grâce à un coup de crayon remarquable. À l’œuvre sur plusieurs cartoons de Mickey, notamment Le Brave Petit Tailleur, et sur la série des Silly Symphonies, en particulier La Souris Volante, Trois Petits Orphelins et Les Trois Petits Cochons, il est nommé directeur de l’animation lors de la production de Blanche Neige et les Sept Nains. Collaborant avec Vladimir Tytla, il crée alors les nains. Il anime ensuite Crapule, un personnage de Pinocchio à qui il prête ses traits, la souris Timothée et Mickey dans Fantasia. Sombrant peu à peu dans l’alcool, Fred Moore se retrouve rapidement isolé de ses collègues. Licencié en 1945, il travaille pour Paramount Pictures puis pour Walter Lantz sur certains cartoons de Woody Woodpecker et Andy Panda. De retour chez Disney, il donne vie aux filles de Casey Junior dans Casey Contre-Attaque, à Pluto dans Plutopie, aux sirènes de Peter Pan. Il collabore aussi avec Ollie Johnston sur l’animation de Monsieur Mouche. Ombre de lui-même, Fred Moore se tue dans un accident de voiture le 23 novembre 1952.


Fred Moore

Uniquement visible à l’écran durant une dizaine de secondes, Otika est également animée par Joseph (Joe) Gayek. Engagé chez Disney durant la seconde moitié des années 1930, il travaille alors comme animateur sur des films comme Champion de Hockey, Pinocchio, Fantasia et Bambi. L’artiste se spécialise ensuite dans l’animation des effets spéciaux sur de nombreuses productions dont Pluto a des Envies, Donald a des Ennuis, Leçon de Ski, L'Art de l'Auto-Défense, L’Heure Symphonique, Donald Bagarreur, Pluto au Zoo, Dingo va à la Pêche, Pluto et l’Armadillo et Figaro et Cléo. Après ses années chez Disney, Joe Gayek est également crédité aux génériques de River Ribber, un cartoon produit par Screen Gems.

Otika sous le coup de la censure

Parfois confondue avec les deux autres centaurettes noires de La Symphonie Pastorale, Otika n’apparaît que dans une seule et unique scène. Occupée à tenir la longue guirlande de fleurs d’Hilda, elle reste dès lors un personnage mineur et très peu visible... Pourtant, elle se fait rapidement remarquer. Comme Sunflower et une autre centaurette anonyme, Otika est une domestique dont la taille tranche avec celle des autres centaurettes. Bien qu’appartenant à la même espèce, elle est en effet beaucoup plus petite. Sa poitrine n'est en outre pas formée. Il est dès lors possible de penser qu'elle n'est qu'une enfant. Surtout, elle possède tous les stéréotypes attribués aux femmes afro-américaines. Son nez reste petit et rond. Ses lèvres sont épaisses. Coiffés en arrière avec deux couettes, ses cheveux semblent particulièrement raides.

Commune dans les années 1930 et 1940, l’apparence graphique donnée à Otika est assez répandue dans l’univers du dessin animé de l’époque. Nombre de personnages de cartoons afro-américains arborent en effet les mêmes caractéristiques à l’image de la maîtresse de Tom et Jerry par exemple. Celles-ci sont d’ailleurs souvent reprises dans plusieurs films en prises de vues réelles mettant en scène des domestiques afro-américaines, tels qu’Autant en Emporte le Vent et Mélodie du Sud.


Cliché réservé à la presse avec les personnages d'Otika et Hilda

Durant les décennies 1950 et 1960, au moment où la lutte contre la ségrégation aux États-Unis s’accentue, cette manière de représenter les Afro-Américains commence alors à fort justement être contestée. Dans les États du Vieux Sud, notamment, les voix de Martin Luther King, de W.E.B. Dubois, de Ralph Abernathy, de Fred Shuttlesworth ou bien de Malcolm X se font entendre. La ségrégation et le racisme deviennent des sujets centraux de lutte. Les stéréotypes, si nombreux à Hollywood lorsqu’il s’agit de personnages noirs, sont pointés du doigt.

Alors que la violence s’empare du débat et que les images choquantes de représailles contre les défenseurs des droits civiques s’affichent quotidiennement à la télévision, les studios Disney décident bientôt de réagir. Pour ne pas davantage mettre d’huile sur le feu, la séquence inspirée de La Pastorale de Beethoven est revue. Montrée une première fois à la télévision le 19 mars 1958 dans l’émission Magic and Music, elle est alors censurée lors de la rediffusion de l’épisode le 19 mai 1963.

Un recadrage permet ainsi de supprimer toute apparition des petites centaurettes noires. Lorsque cette technique n’est pas possible, ces dernières sont « simplement » effacées de l’image. C’est ainsi qu’Otika et une partie de la guirlande de fleurs qu’elle tient dans ses mains disparaissent totalement de l’écran. Quelques plans sont enfin entièrement supprimés. Lors de la ressortie de Fantasia en 1969, les trois centaurettes noires sont cette fois retirées de toutes les copies du films. Elles ne seront jamais réintégrées lors des diffusions suivantes, tous supports confondus...

Personnage dont l’apparence, légitimement décriée, s’approprie avec maladresse les stéréotypes attribués aux Afro-Américaines, Otika fait partie de ces personnages Disney qui, après avoir été remisés au placard, sont aujourd’hui totalement oubliés par le public.

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