Titre original :
Elephant
Production :
Disneynature
Date de mise en ligne USA :
Le 3 avril 2020 (Disney+)
Genre :
Documentaire
Réalisation :
Mark Linfield
Vanessa Berlowitz
Alastair Fothergill
Musique :
Ramin Djawadi
Durée :
88 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

En Afrique, l'éléphante Shani et son fils fougueux Jomo font un voyage épique, avec leur troupeau, à travers le vaste désert du Kalahari, et ce sur des centaines de kilomètres. Dirigés par leur grande matriarche Gaia et alors qu'ils suivent les traces de leurs ancêtres dans une quête pour atteindre un paradis vert et luxuriant, les membres de la famille sont confrontés à une chaleur infernale, des ressources amoindries et de féroces prédateurs...

La critique

rédigée par
Publiée le 18 avril 2020

Éléphants est le film Disneynature miraculeux. Tandis que la survie même du label à l'iceberg était en jeu, la plateforme Disney+ semble devenir la destination idéale des documentaires animaliers Disney. Et au-delà de sa place retrouvée dans le catalogue, ce nouveau long-métrage s'avère, en plus, de toute beauté aussi bien visuellement que musicalement. Si la dramaturgie n'est pas forcément la plus émouvante du label, il n'en reste pas moins qu'Éléphants se classe parmi les meilleurs films du studio, étant sûr d'émerveiller et de dépayser les spectateurs.

En 2008, The Walt Disney Company renoue avec le genre du documentaire animalier que le papa de Mickey lui-même avait décidé de populariser quelques 60 ans auparavant. Passionné de flore et de faune, Walt Disney peut, en effet, être considéré comme le pionnier du documentaire animalier grand public. Dès 1948, il met, ainsi, en chantier la collection des True-Life Adventures dont les courts et longs-métrages seront multi-oscarisés. Cette série, inaugurée avec le mini documentaire, L'Ile aux Phoques, constitue d'ailleurs la première véritable incursion de la compagnie au château enchanté dans la production de films "live". Elle comporte un total de sept courts-métrages dont La Vallée des Castors (1950) ou La Terre, Cette Inconnue (1951) avant de s'ouvrir, en 1953, avec Le Désert Vivant, au format des longs-métrages. Ce dernier devient, à partir de cette date, la norme de production des True-Life Adventures et concerne, au final, six œuvres dont La Grande Prairie (1954) ou Le Grand Désert Blanc (1958). Au total, en comptant les courts et longs-métrages, la série aura gagné en tout pas moins de huit Oscars !

La renaissance de la production de documentaires axés sur la nature et les animaux sauvages au sein du catalogue Disney est due à l'initiative du français Jean-François Camilleri. Alors manager de la filiale hexagonale de Walt Disney Studios Motion Pictures, il a, en effet, en 2005, la brillante idée d'accorder sa confiance à un jeune réalisateur tricolore, Luc Jacquet, en acceptant de produire son premier film, La Marche de l'Empereur. Le pari est osé. Proposer sur grand écran et à destination du grand public un long-métrage documentaire animalier sur la vie des manchots empereurs vivant en Antarctique apparaît, il est vrai, à l'époque comme un rêve doux-dingue, caprice d'un producteur en mal de respectabilité auprès de l'intelligentsia hexagonale, sacrifiant pour une fois la recherche du seul profit commercial sur l'autel de l'expérimentation cinématographique. L'avenir prouvera le parfait contraire. Seul contre tous, Jean-François Camilleri démontre l'incroyable potentiel du genre, confirmant son rang dans le milieu du cinéma français de producteur hexagonal à part entière, véritable découvreur de talents. La réussite commerciale de La Marche de l'Empereur est, en effet, loin d'être un succès d'estime. En France, le film taquine allègrement les deux millions d'entrées ! Le résultat est tel que l'intérêt de proposer le documentaire à l'export apparaît vite évident. Comble de l'ironie, le marché américain lui ouvre rapidement ses portes, mais sans Disney. La maison mère de la filiale française menée par Jean-François Camilleri fait, en effet, la fine bouche et refuse cette histoire de manchots incongrue. Warner Bros., elle, sent le joli coup venir et accepte de distribuer le film sur le sol américain. Il devient vite à l’époque le plus gros succès pour un long-métrage français en Amérique du Nord. Il remporte même l'Oscar du Meilleur Documentaire, véritable pied de nez à la France qui lui a refusé le moindre César. Devant l'ironie de l'histoire, Jean-François Camilleri ne prend pas ombrage et pardonne à sa tutelle son erreur d'appréciation. Il la comprend même tant son pari était osé... Il entend d'ailleurs l'aider à la réparer et à l'amener à occuper enfin le terrain du documentaire grand public, à destination des salles obscures. Il crée pour cela, une société de production spécifique, Disney Nature Productions, qui présente ainsi un premier long-métrage en 2007, Le Premier Cri, film ethnologique sur la naissance à travers le monde, beaucoup moins abordable qu'un simple documentaire animalier. Il continue ensuite de faire confiance à Luc Jacquet et distribue son deuxième long-métrage, Le Renard et l'Enfant, un docu-fiction axé sur l'amitié entre une petite fille et une renarde. L'œuvre très personnelle séduit à nouveau le public français.

Patiemment, le patron alors remuant de la filiale française convainc sa maison-mère d'investir le marché. Elle accepte finalement de créer un nouveau label de films à l'instar de Disney, Touchstone Pictures ou Hollywood Pictures. Disneynature est ainsi présenté mondialement en avril 2008. Basé en France, il est logiquement dirigé par Jean-François Camilleri et poursuit deux objectifs : distribuer des productions "maison" à l'international et productions étrangères aux États-Unis. Les premiers chantiers sont déjà sur les rails. Le programme est alléchant. Les Ailes Pourpres, Le Mystère des Flamants sort ainsi en décembre 2008 suivi par Pollen et Félins en 2011, Chimpanzés en 2012, Grizzly en 2014, Au Royaume des Singes en 2015, Nés en Chine en 2016, L'Empereur en 2017, Blue en 2018 et Penguins en 2019. Par ailleurs, le film britannique Un Jour sur Terre est distribué aux États-Unis en 2009, sous label Disneynature, ainsi que le film français Océans en 2010. Enfin, en 2016, il propose son premier film directement en sortie digitale, Grandir, suivi un an plus tard par La Reine de la Montagne et Nés en Chine : Histoires d'un Tournage.

Malgré la qualité de ses films, Disneynature voit irrémédiablement les résultats au box office diminuer de sortie en sortie ; le tout dernier, Penguins, atteignant à peine sept millions de dollars. Son échec financier semblait ainsi entériner un avenir bien sombre pour le label Disneynature né en France. Déjà, le public s'était visiblement lassé des documentaires animaliers au cinéma. Ensuite, le rachat d'une partie de 21st Century Fox par The Walt Disney Company, acté en mars 2019, faisait rentrer dans le giron de Disney la très forte et iconique marque National Geographic. Il paraissait alors évident que Disney n'avait aucun intérêt à garder deux labels de documentaires, surtout quand l'un des deux est largement moins connu que l'autre. Le départ de The Walt Disney Company de Jean-François Camilleri, créateur du label à l'iceberg, en mars 2019 semblait d'ailleurs valider ce constat. La mort de Disneynature ne serait sans doute jamais officielle mais le label aurait pu s'éteindre en catimini comme d'autres anciens studios Disney à l'image de Touchstone ou Hollywood Pictures ; ses sorties au cinéma n'étant désormais plus rentables pour le label malgré ses faibles coûts de production. Coup de théâtre, le salut vient en 2020 après l'ouverture de la plateforme Disney+ !

L'ouverture historique le 12 novembre 2019 de Disney+, une plateforme de service de vidéo à la demande par abonnement créée par The Walt Disney Company, est en effet un tournant aussi stratégique qu'historique pour le studio aux grandes oreilles. Actant le nouveau comportement des (télé)spectateurs qui délaissent la télévision linéaire pour un nouveau type de consommation de flux audiovisuels, Disney+ a alors deux objectifs. D'une part, elle remplacera à terme les sorties en vidéo des films cinéma sur support physique dont le grand public s'est détourné, préférant en majorité l'achat en digitalisé. D'autre part, elle permettra à Disney de revenir sur des genres de films qu'il avait déserté en salles faute de succès ou d'appétit suffisant des spectateurs. Les films à petit budget, qui étaient proposés il y a encore quelques années sur grand écran, sont donc désormais réorientés pour une sortie directement sur la plateforme. Le choix est compréhensible car le public préfère malheureusement se déplacer en salles de plus en plus pour des franchises qu'il connaît bien. Les studios Disney se contentent alors de lancer au cinéma uniquement des films à gros budgets, certes aux risques plus importants mais aux retours sur investissement conséquents. Disney+ est donc l'écrin idéal pour accueillir les films Disneynature, ce qui paradoxalement leur donnera plus de visibilité ; les familles hésitant à dépenser le prix d'une place de cinéma pour un "simple" documentaire. Ainsi le 3 avril 2020, ce sont pas moins de quatre films originaux du label qui se voient proposés sur la plateforme ; Éléphants et les documentaires making-of comme le fut La Reine de la Montagne : Plongée dans le Monde des Dauphins, Les Manchots : Une Vie à Risque, Sur la Route des Éléphants. Sont également ajoutés Penguins qui n'avait pas eu droit à une édition vidéo ainsi que Blue qui était sorti au cinéma uniquement en France (et qui donc doit patienter pour intégrer le catalogue de Disney+ dans l'hexagone compte tenu de l'effet de l'anachronique règle de la chronologie des médias).

Éléphants est donc réalisé par Mark Linfield et Vanessa Berlowitz avec Alastair Fothergill en tant que co-réalisateur.
Après avoir fait des études de zoologiste, Mark Linfield débute sa carrière en 1990 à la BBC en travaillant sur un documentaire consacré aux gorilles. Il continue ensuite sa collaboration avec le conglomérat de médias britanniques durant de nombreuses années, notamment sur l'émission de documentaire Planète Terre et son film dérivé, Un Jour sur Terre. Il y fait également la rencontre d'Alastair Fothergill avec qui il va mener de nombreux projets Disneynature : Chimpanzés, Au Royaume des Singes et Grandir.
Sur Éléphants précisément, Mark Linfield est secondé par sa femme, Vanessa Berlowitz. Si elle a beaucoup travaillé avec son mari sur les projets télévisés, il s'agit là de sa première participation à un long-métrage Disneynature. Elle se voit aussi confier la réalisation du long-métrage making-of de l'aventure du tournage, Sur la Route des Éléphants.

Comme son titre l'indique, Éléphants raconte l'histoire d'un troupeau d'éléphants de savane d'Afrique, parmi les animaux terrestres les plus grands sur Terre. Caractérisée par sa longue trompe, ses grandes oreilles et ses imposantes défenses, cette espèce est connue de tous. Pour autant, le film propose de découvrir cet animal hors normes dans son habitat naturel. Le long-métrage se focalise ainsi surtout sur un troupeau de femelles avec leurs petits, mettant particulièrement en avant la caractéristique matriarcale de l'espèce. Il est en effet impressionnant de voir comment les éléphantes sont sociales et ont un esprit de famille particulièrement développé. Leur rapport à la mort est aussi étonnant : les éléphants rendent il est vrai hommage à leurs défunts et accompagnent les mourants dans leurs derniers instants. Bien sûr, leur incroyable mémoire est illustrée à merveille à travers de nombreuses scènes. Notamment, la séquence où Gaia aide un jeune éléphanteau emprisonné dans la vase est époustouflante car, non seulement elle se rappelle via son expérience comment venir en aide au petit mais offre en plus une patience, une prévenance et une intelligence vraiment bluffantes. Le spectateur en apprend également beaucoup sur la façon de se nourrir des pachydermes ainsi que leur quête incessante d'eau.

Un élément, marque de fabrique de Disneynature qui a toujours plu aux familles mais a rebuté la presse et les scientifiques, est la personnalisation des animaux en donnant des noms à certains. L'anthropomorphisation est, en plus, renforcée par une narration qui humanise beaucoup leurs réactions, ce qui hérisse les cheveux des puristes des documentaires animaliers trouvant que le procédé "disneyise" le comportement naturel des animaux. Pour autant, il permet d'intensifier les émotions et au public, en particulier jeune, de s'attacher instantanément aux animaux qu'il voit à l'écran. Ici, le spectateur ne peut qu'être transporté par la destinée de Shani, amusé par les facéties de Jomo ou encore impressionné par la sagesse de Gaia. La narration, effectuée notamment en anglais par Meghan Markle, la duchesse de Sussex et épouse du prince Harry, permet en outre d'apporter beaucoup de fraîcheur. Éléphants possède ainsi de nombreux atouts dont des scènes particulièrement émouvantes. Pour autant, aussi qualitatif soit-il, le long-métrage n'est peut-être pas le film le plus emblématique du label. Certains lui préféreront peut-être la tragédie de Nés en Chine, la drôlerie de Penguins ou la majesté de Félins.

Éléphants propose, en revanche, des visuels à tomber par terre. En suivant la migration des éléphants de la vallée marécageuse de l'Okavango à travers le désert de Kalahari jusqu'aux chutes Victoria, le spectateur ne peut en effet qu'être ébahi par les images qu'il découvre, toutes d'une beauté à couper le souffle. Il faut dire que l'aspect nomade du troupeau amène aussi un certain suspense car les animaux doivent affronter des épreuves difficiles tout au long de leur parcours comme la soif avec le manque de point d'eau, les prédateurs comme les lions ou les crocodiles qui peuvent attaquer leurs petits mais aussi les autres troupeaux d'éléphants qui pourraient adopter de façon forcée certains éléphanteaux. Mais ce qui impressionne, encore une fois, est l'incroyable mémoire des éléphants capables de retrouver leur chemin comme le montrent certaines traces formées ici ou là à force des passages des pachydermes au fil des années. L'arrivée sur "l'île" dans le désert est aussi étonnante car la matriarche vient consciemment à ce point d'arrêt afin de trouver des baobabs dont la sève emplie d'eau va leur permettre de survivre pour la deuxième partie de leur traversée.

L'autre fort atout d'Éléphants, celui pour lequel il surpasse tous les films du label Disneynature, est sans contexte sa musique, tout simplement sublime composée, par Ramin Djawadi. Ce dernier, d'origine iranienne et allemande, est né à Duisbourg, en Allemagne, le 19 juillet 1974. Il a déjà participé, avant cela, à quelques films de The Walt Disney Company comme Blade Trinity pour Marvel, Fright Night sorti chez Touchstone Pictures ou encore Un Raccourci dans le Temps pour Disney, mais il est surtout connu pour avoir signé la musique de la série évènement Game of Thrones. Ici, il livre une partition extraordinaire, à la fois dépaysante et épique, magnifiant les images et épousant des sonorités qui rappellent beaucoup celles du (Le) Roi Lion, le tout porté par des chœurs africains qui sont sûrs de donner des frissons au public.

Si certains lui préféreront d'autres opus du label, Éléphants n'en demeure pas moins l'un des meilleurs films Disneynature avec des images époustouflantes et une musique particulièrement somptueuse. L'émerveillement est total devant un magnifique film.

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