Dangerous Secrets
Iduna et Agnarr : La Véritable Histoire

Titre original :
Dangerous Secrets : The Story of Iduna and Agnarr 
Éditeur :
Hachette Heroes
Date de publication France :
Le 13 octobre 2021
Genre :
Fantastique
Auteur(s) :
Mari Mancusi
Autre(s) Date(s) de Publication :
Disney Press (US) : Le 3 novembre 2020
Nombre de pages :
384

Le synopsis

Après avoir sauvé le futur roi Agnarr, Iduna se retrouve coincée en dehors de la Forêt Enchantée et emmenée à Arendelle. C’est là qu’elle va grandir dans le plus grand anonymat, car personne ne doit savoir qu’elle appartient au peuple accusé de tous les maux, les Northuldra. Son amitié avec Agnarr grandit de jour en jour et met ainsi son secret en péril, mais elle n’a pas perdu espoir que la brume se lève un jour...

La critique

rédigée par
Publiée le 06 mai 2022

Iduna et Agnarr : La Véritable Histoire explore la mystérieuse histoire des parents d’Elsa et d’Anna qui a fasciné, puis laissé en suspens bon nombre de spectateurs durant La Reine des Neiges II en 2019. Officiellement, il s’agit-là du premier livre de la nouvelle collection de romans Disney Dangerous Secrets, bien qu'il soit paru en France le même jour qu’un second ouvrage : Maléfique : Au Cœur de la Lande, signé de la plume de Holly Black. Contrairement aux Américains, les Français et les Allemands ont en effet décidé d'intégrer à cette série littéraire ce livre paru aux États-Unis chez Disney Press en 2019 à l'occasion de la sortie du deuxième volet de la franchise Maléfique, Maléfique : Le Pouvoir du Mal, dont l'histoire se déroule entre les deux films et qui n'avait pas encore été traduite en français. En Allemagne vient également s'ajouter en 2022 le roman La Belle et la Bête : Histoire Éternelle de Jennifer Donnelly (Hachette Romans (France) et Disney Press (US), 2017) qui de la même façon n'avait pas encore été traduit dans la langue de Goethe. Le 16 février 2022, la collection française accueille de son côté le roman jeunesse inédit Mulan : L'Antidote de Grace Lin. Ainsi, la collection Dangerous Secrets semble pour l'instant varier de pays à pays, les éditeurs profitant de cette occasion pour traduire des romans déjà parus Outre-Atlantique, tout en formant un ensemble cohérent autour de la notion de secret.

La Texane Mari Mancusi est avant tout une productrice de télévision qui a remporté plusieurs Emmy Awards, mais elle est également l'auteure de plus d'une douzaine de livres pour enfants, adolescents et adultes. Nombre de ses séries littéraires sont d'ailleurs devenues des bestsellers (The Camelot Code, publié à partir de 2018 et Dragon Ops, publié à partir de 2020 chez Little, Brown English Books for Young Readers), ce qui les a menées à faire partie de divers Scholastic Book Fairs (foires littéraires scolaires) et clubs, et à être identifiées par l'American Library Association comme des « Quick Picks for Reluctant Readers » (des livres qui savent accrocher les personnes réticentes à la lecture) et « Popular Paperbacks » (livres de poche populaires).

Le livre débute donc sur un prologue se situant au moment du naufrage d’Iduna et Agnarr, reprenant ainsi l’intrigue de La Reine des Neiges II de manière cohérente tout en amorçant le récit de façon dramatique, ce qui confère d’entrée de jeu une tension et du dynamisme à l’histoire. Puis, le lecteur se trouve projeté vingt-six ans plus tôt, lors de l’arrivée des Arendelliens dans la Forêt Enchantée. Fait rare concernant les romans portant sur les longs-métrages d’animation Disney, l’auteure a choisi d’adopter un format en points de vue alternés : celui d’Agnarr et celui d’Iduna, ce qui est très plaisant considérant le secret de cette dernière et la romance sous-jacente

À travers le point de vue d’Iduna, le lectorat est ravi de découvrir davantage d’informations sur les Northuldra et leurs esprits ainsi que sur les conséquences de l’incident politique. L’auteure décrit ainsi la diabolisation systématique dont les Northuldra sont victimes, des boucs émissaires très pratiques pour ceux qui ont orchestré l’incident. Par ce biais et comme souvent dans les romans Disney, l’auteure imprègne son texte d’une légère touche sociopolitique. Les Northuldra deviennent le Croque-Mitaine d’Arendelle, ce qui fait beaucoup souffrir Iduna qui doit se cacher et sait pertinemment que rien de tout ce qui est dit n’est vrai. Cependant, tombant comme souvent dans un manichéisme profond, le peuple écoute ces discours sans suffisamment réfléchir et transforme la tristesse d’avoir perdu des êtres chers, coincés de l’autre côté de la brume, en une colère, une peur et une haine sans bornes ; cela n'est d'ailleurs pas sans rappeler les villageois suivant Gaston vers le château de la Bête dans La Belle et la Bête (1991). L’auteure aborde également le sujet de la démocratie par de petites touches qui parsèment le livre à travers les interactions d’Agnarr avec ses conseillers, tandis qu’il se forme à devenir roi, et celles d’Iduna avec les gens du peuple qu'elle côtoie. La thématique de développement durable est également très présente à travers la démocratisation de l’énergie du vent.
Si son père n’était pas un bon roi, Agnarr entend à l'inverse régner de manière juste avec l’aide d’Iduna en laquelle il a entièrement confiance et dont il chérit les conseils. Tout comme dans le roman Renouveau (Hachette Heroes (France) et Disney Press (US), 2019) de la collection des Twisted Tales ou le livre pour enfants La Reine des Neiges : La Veillée de Noël (Hachette Jeunesse (France) et Disney Press (US), 2015), les références faites à la Norvège sont pléthoriques et permettent d’en apprendre plus sur cette culture assez méconnue du grand public. Il est ainsi passionnant d’avoir plus de détails à la fois sur la culture northuldra et sur le contexte norvégien de l’histoire.

Si l’amitié entre Iduna et Agnarr grandit de jour en jour, il n’est pas facile pour la jeune femme de rester imperturbable lorsque son meilleur ami lui-même critique son peuple. Agnarr a en effet perdu son père lors de l’incident considéré comme une attaque ; ainsi, il s'agit-là d'un sujet épineux entre les deux jeunes gens. Le rapport du père d’Agnarr avec la magie, qui servira de base au mépris et surtout à la crainte ressenti par les Arendelliens envers les Northuldra qui l’utilisent, rappelle d'ailleurs fortement la série Merlin (diffusée en Angleterre entre 2008 et 2012 sur BBC One), dont l’une des trames principales est le fait qu’Arthur a été élevé dans la haine de la magie par son père Uther Pendragon. La relation entre Arthur et Merlin, qui peine durant la série à révéler au jeune homme sa véritable nature, est réminiscente de la situation d'Iduna, qui hésite plusieurs fois à révéler son secret à Agnarr, avant de se raviser.

Une thématique importante est abordée dans le livre, celle des mariages entre personnes de sang royal et roturiers. Dans les contes et pas seulement chez Disney, le mythe du mariage entre un membre de la royauté et une personne du peuple est en effet très présent et source de rêverie. L’exemple le plus parlant est sans doute Cendrillon (1950), dans lequel le Prince spécifie que « toutes les jeunes filles à marier » sont invitées au Palais afin qu'il puisse trouver la femme de sa vie. Si dans ce cas cela ne pose aucun problème, il en est autrement dans La Belle au Bois Dormant (1959), lorsque Philippe vient annoncer à son père qu'il a rencontré une paysanne. À l'évidence, le roi n'est pas seulement contrarié parce que son fils est promis en mariage à la fille de son ami régnant sur le royaume voisin, mais également à cause des origines modestes de sa future belle-fille. Mais, selon la loi française et contrairement à la loi anglaise, différence qui a irrité au plus haut point Aliénore d’Aquitaine et largement contribué à la Guerre de Cent Ans, les femmes n’héritent pas du trône. Ainsi, dans ces deux contes rédigés par le français Charles Perrault au XVIIe siècle et mis en images par Disney, il est moins embêtant que ce soit la femme dans le couple qui soit roturière. À contrario, dans Raiponce (2010), qui se déroule un peu plus tardivement que La Belle au Bois Dormant, il pourrait sembler difficile de croire que les parents de la princesse puissent la laisser épouser un roturier voleur sans broncher, même s'il lui a sauvé la vie. Étant donné que les femmes n’héritent pas du trône en Allemagne – la tradition replaçant généralement ce conte au pays de Goethe, la patrie des frères Grimm –, Flynn Rider deviendrait alors le souverain officiel. Bien sûr, le royaume de Corona, avec ses influences puisées dans divers pays d'Europe, dont la France, possède ses propres lois.

Une autre possibilité eut été que ses parents soient tout aussi ouverts d’esprit et fantasques que le Sultan dans Aladdin (1992), même si cela a des conséquences qui sont par ailleurs explorées dans un roman de la série des Twisted Tales. Dans Ce Rêve Bleu (Disney•Hyperion (US), 2015 ; Hachette Heroes (France), 2019), le Sultan, du fait de sa trop grande légèreté d’âme et de son côté influençable, ne s’occupe guère de ses sujets qui sont sous la coupe de Jafar. Le roman présente donc le Sultan comme un souverain inapte à régner, ce qui a pour effet de plonger son peuple dans la pauvreté. Or, les rois et les reines ne prennent pas un malin plaisir à unir leurs enfants à des personnes qu’ils n’aiment pas ; il s'agit souvent, d'une part, de créer une alliance politique et, d’autre part, de s'assurer d'une éducation commune. Il faut se souvenir qu'à cette époque, la différence d’éducation entre les classes est gigantesque, et le but d’un roi est avant tout que son pays soit sauf, le bonheur marital de ses enfants ne passant qu'au second plan : la sauvegarde du pays avant l’amour !

Dans le cas d’Iduna et d'Agnarr, cette inégalité de classe est clairement exposée, mais ces différentes sont rapidement balayées puisqu'Iduna reçoit les mêmes cours qu’Agnarr et brille d’ailleurs plus que lui en termes d’intelligence. Les seuls problèmes persistants sont donc la nécessité d’une alliance politique et le protocole, ce qui est ultimement rendu surmontable. Ceci rappelle en quelque sorte La Belle et la Bête, où Belle est devenue indispensable à la Bête ; elle est ainsi plus lettrée que lui et ils ont vécu en autarcie depuis leur première rencontre. L’absence de mère, puis la mort du père strict d’Agnarr, peuvent enfin être rapprochées de l’histoire de la Bête développée dans le remake La Belle et la Bête sorti en 2017. L'équilibre entre romance et devoir est donc difficile à trouver dans ces récits afin qu’ils soient réalistes, ce qui n’était pas tant requis à l’époque de la création des contes, mais qui l’est de plus en plus à l’heure actuelle, puisque chacun des films d'animation Disney ou presque peut devenir l’objet d’un débat politique. Les collections romanesques Twisted Tales, The Queen’s Council et ce premier ouvrage de la série Dangerous Secrets semblent donc s’inscrire dans cette tendance, et si elle est enrichissante et permet de véhiculer des idées aux jeunes lecteurs, elle peut tout aussi rapidement devenir excessive et incongrue comme dans le cas du Twisted Tale Un Joyeux Non-Anniversaire (Disney•Hyperion (US), 2020 ; Hachette Heroes (France), 2021) par exemple.

Les personnalités d’Iduna et d’Agnarr, enfin, sont très bien détaillées et très vite, ils ne sont plus seulement les parents d’Elsa et d'Anna, mais de véritables personnages dont le lecteur oublie la parenté et suit les aventures avec plaisir. Mari Mancusi développe les caractéristiques du roi et de la reine en se basant sur celles de leurs enfants, ce qui semble logique et permet au lectorat de s’y retrouver, mais ce sont bel et bien des personnages tridimensionnels à part entière. Si Agnarr, tant dans l’apparence que dans sa personnalité, ressemble à Elsa, Iduna se rapproche davantage d’Anna et insuffle beaucoup d’humour au récit. Ce renversement est intéressant du fait que c’est Elsa, et non Anna, qui cherchera plus tard à dissimuler un secret et aura hérité des pouvoirs ancestraux de sa mère. Il n’est finalement fait mention des sœurs que bien plus tard, lorsque les Trolls entrent en scène et établissent une continuité avec La Reine des Neiges (2013) et le malheureux accident qui va séparer les deux sœurs. Comme dans les romans Twisted Tales, l’auteure en profite d'ailleurs pour creuser nombre de questions auxquelles le film n'a pas eu le temps de répondre. Par exemple, comment Agnarr connaissait-il les Trolls, et savait-il qu’il fallait aller les trouver ?
Il faut toutefois souligner ce qui pourrait être considéré comme un petit faux pas de l’auteure, réminiscent d’autres romans Disney, qui est celui de reprendre un moment iconique d’un long-métrage d’animation Disney et de l’adapter à un autre univers : en l’occurrence, la scène dans laquelle Agnarr fait découvrir à Iduna sa bibliothèque est un peu trop similaire en termes de dynamique à La Belle et la Bête. Si cela semble passer pour un clin d’œil, un petit manque d’imagination pourrait toutefois se faire ressentir.

Iduna et Agnarr : La Véritable Histoire est un livre très original en cela qu'il se penche sur l'histoire des parents des héros qui sont souvent soit absents, soit tués par leurs auteurs. De plus et pour le plus grand bonheur des lecteurs, le roman s’achève sur un détail inédit qui complète La Reine des Neiges II. Il s'agit-là certainement d'un must pour les fans de La Reine des Neiges, venant enrichir l'univers d'Anna et Elsa, mais l'ouvrage peut également être apprécié par tout un chacun, grâce à ses personnages attachants qui ne quittent pas le cœur du lectorat une fois le roman terminé et à une histoire pleine de rebondissements dans un contexte rafraîchissant, qui plus est pour qui n’est pas familier de la culture norvégienne. Seule chose qu’il reste à souhaiter : une suite, qu’elle soit littéraire ou cinématographique, en espérant que, dans le second cas, ces éclairages nouveaux soient pris en compte comme il se doit.

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