Titre original :
The Good, The Bart and The Loki
Production :
20th Television Animation
Gracie Films
Date de mise en ligne USA :
Le 7 juillet 2021 (Disney+)
Série :
Genre :
Animation 2D
Réalisation :
David Silverman
Durée :
4 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Odin bannit Thor sur Terre, dans la ville de Springfield. Le dieu débarque alors chez les Simpson, auprès de qui il découvre une famille fonctionnelle.

La critique

rédigée par
Publiée le 08 septembre 2021

Cartoon mêlant l’univers Marvel avec celui des (Les) Simpson, Le Bon, le Bart et le Loki possède malheureusement un scénario bien trop expéditif pour proposer un véritable court-métrage ambitieux. Davantage une pastille promouvant la série Loki, il déçoit largement et ne vaut les quatre minutes de son visionnage que pour quelques blagues ou images amusantes.

Le Bon, le Bart et le Loki est le quatrième court-métrage de la franchise des (Les) Simpson. Créée par Matt Groening en 1987 en tant que courte pastille animée pour l’émission The Tracey Ullman Show sur la jeune chaîne Fox, elle a droit à une série autonome dès le 17 décembre 1989 sur la même chaîne. Mettant en scène une famille typiquement américaine autorisant la caricature et la satire, elle rencontre un succès impressionnant lors de sa première saison, réunissant 27,8 millions de téléspectateurs en moyenne aux États-Unis. Plus de trente saisons plus tard, la série, devenue la sitcom à la plus grande longévité, s'auréole en plus d'un succès critique, ayant notamment décroché 31 Emmy Awards depuis sa création. Les personnages en jaune ont également donné leurs traits à d’innombrables produits dérivés et sont déclinés dans les parcs à thème Universal. Ce n’est donc pas un hasard s’ils débarquent pour la première fois sur le grand écran en 2007 avec le très réussi long-métrage Les Simpson - Le Film.
Cette expérience réussie donne au producteur James L. Brooks la volonté d’explorer le format du court-métrage, en prenant aussi bien pour modèles les avant-programmes proposés par Pixar que les cartoons classiques. Un groupe composé des pointures de la série (Matt Groening, James L. Brooks, David Silverman, Al Jean, David Mirkin, Joel Cohen et Michael Price) décide alors de créer une aventure muette. En conséquence, mettre en scène Maggie, le bébé de la famille, apparaît vite comme une évidence. Dure Journée pour Maggie débarque ainsi sur les écrans le 13 juillet 2012 en avant-programme du long-métrage des Blue Sky Studios L'Âge de Glace 4 : La Dérive des Continents et reçoit un excellent accueil critique. Maggie revient sur grand écran le 6 mars 2020 avec Rendez-Vous Avec le Destin, en marge des projections du film En Avant des studios Pixar, avant d’être proposé sur Disney+ suite à la fermeture des salles de cinéma engendrée par la pandémie de COVID-19.

En effet, entre-temps, la famille de Springfield est entrée dans le giron de The Walt Disney Company après que celle-ci a racheté le 20 mars 2019 une partie de 21st Century Fox. Et l’entreprise affirme rapidement sa volonté de capitaliser sur cette franchise unique. Les trente premières saisons de la série sont ainsi présentes sur la plateforme Disney+ dès son lancement le 12 novembre 2019 et sont rapidement rejointes par les suivantes, à la suite de leur diffusion sur Fox. Le succès de la série sur la plateforme donne donc à James L. Brooks une nouvelle idée en janvier 2021, celle de réaliser une série de courts-métrages où Les Simpson interagit avec les autres franchises de Disney+. Al Jean imagine alors Le Réveil de la Force après la Sieste, envoyant Maggie dans une crèche de Jedi à l’occasion du Star Wars Day, le 4 mai 2021. 
Alors que la production de cette incursion dans la galaxie lointaine, très lointaine s’achève, le scénariste Al Jean prévoit en avril 2021 de faire écho à la série de Marvel Loki, programmée pour une diffusion à partir de juin. S’engage ainsi une production expresse dirigée par le légitime réalisateur historique des (Les) Simpson, David Silverman.

Né le 15 mars 1957 à Long Island dans l’État de New York, David Silverman est un animateur impliqué dans l’aventure des (Les) Simpson depuis les pastilles créées pour The Tracey Ullman Show. Génial, celui qui s’inspire de Ward Kimball et de Tex Avery définit les principales règles qui sont transmises aux différents studios chargés de l’animation de la série. Il délaisse un temps les aventures des habitants de Springfield pour travailler pour plusieurs studios, en réalisant notamment quelques séquences de La Route d’Eldorado (2000) pour DreamWorks Animation et en co-réalisant auprès de Pete Docter Monstres & Cie (2001) chez Pixar. Ensuite, et fort de sa trentaine d’épisodes dirigés, il est désigné pour réaliser Les Simpson - Le Film puis les courts-métrages Dure Journée pour Maggie, Rendez-Vous Avec le Destin, Le Réveil de la Force après la Sieste et donc Le Bon, le Bart et le Loki.

Le court-métrage, au-delà de son titre faisant référence au western spaghetti de Sergio Leone Le Bon, la Brute et le Truand (1966), mêle donc les univers de la série et de Marvel. Si le cartoon se moque des fusions réalisées par sa nouvelle maison-mère The Walt Disney Company en expliquant que c’est ce qui arrive “quand Disney achète Marvel et la Fox” (sic), Les Simpson n’en est pas à son coup d’essai en termes de références aux œuvres de la Maison des Idées. 
Outre les nombreuses allusions dès qu’apparaissent le Vendeur de BD et son magasin ou la célèbre chanson Spider-Cochon inspirée du thème de Spider-Man, peuvent notamment être cités la rencontre entre Bart et Stan Lee (Papa Furax, Saison 13, épisode 18), la parodie transformant les Simpson en 4 Fantastiques (Simpson Horror Show XIV, Saison 15, épisode 1) ou un baiser entre Homer et Marge singeant celui que l’Homme Araignée partage avec Mary-Jane Watson dans Spider-Man (Tartman, le Vengeur Masqué, Saison 15, épisode 19). Alors qu’il s’agit d’une scène marquante du présent cartoon, l’idée de déguiser les habitants de Springfield en héros de l’univers Marvel avait en outre déjà été explorée dans Bart Fait des Bébés (Saison 25, épisode 19). Kevin Feige et les frères Russo, réalisateurs de quatre films majeurs de la franchise, apparaissent dans Bart le Méchant (Saison 31, épisode 14), entre autres clins d'œil aux super-héros dont une parodie d'Avengers : Infinity War appelée Vindicators: Crystal War. Enfin, il convient de noter que Loki apparaissait déjà, en prison, dans Le Nouvel Ami de Bart (Saison 26, épisode 11).

Le Bon, le Bart et le Loki est donc entièrement centré sur l’univers de Marvel, qu’il fait se confronter à celui des (Les) Simpson. Par ailleurs, il constitue le premier court-métrage de la franchise à ne pas mettre en lumière le bébé de la famille, Maggie. Le personnage principal du cartoon est même cette fois étranger à la série puisqu’il s’agit de Loki, le dieu de la malice. Ce dernier est ainsi banni par son père, Odin, qui ne l’envoie pas dans une grande mégapole habituelle des films du Marvel Cinematic Universe mais au milieu de nulle part, à Springfield. Si le postulat de départ du court-métrage est amusant, la suite n’a ni queue ni tête. Certes, le parallèle entre les situations de Bart et de Loki au sein de leurs familles respectives est amusant et intéressant, mais il n’est pas exploité au-delà de la blague.
Le potentiel était pourtant présent, l’analogie devant permettre d’explorer le sentiment de jalousie que partagent les deux personnages ou les difficultés familiales que rencontre - c’est un euphémisme ! - Loki. Il semble que les moyens mis en œuvre pour le court-métrage, tant du point de vue du nombre de minutes dédiées au récit que du temps et du budget de production, n’ont pas permis aux scénaristes de développer leurs idées pourtant bien existantes, seules les ébauches transparaissant à l’écran.

Les événements successifs du cartoon sont ainsi tirés par les cheveux. Pour poursuivre la métaphore capillaire, l’apparition d’habitants de Springfield déguisés en membres des Avengers arrive comme un cheveu sur la soupe tant elle n’est justifiée en rien par le script. S’il est amusant de voir Barney Gumble en Iron Man, Ned Flanders en Ant-Man ou encore le Docteur Nick Riviera en Doctor Strange, cela ne va nullement au-delà du clin d’œil et de ce que pourrait proposer un simple poster promotionnel. 
Les secondes employées pour cette séquence auraient ainsi été mieux exploitées avec une scène supplémentaire développant l’intrigue autour de Loki, Bart et Lisa. Il semble toutefois que la cohérence et l’envie de proposer une véritable intrigue, même simple, n’ait pas été au cœur des préoccupations des artistes, par choix ou nécessité.

De même, le court-métrage propose trois scènes post-génériques qui suivent une conclusion très hâtive. Si elles constituent à l’évidence un hommage à cette spécificité des films de la Maison des Idées, leur utilisation excessive étant d’ailleurs raillée dans les derniers instants du cartoon, elles constituent surtout une manière de proposer des saynètes amusantes totalement déconnectées les unes des autres sans proposer de lien avec le reste du film court. 
La dernière scène, qui suit le générique final et les pastilles des studios Gracie Films et 20th Television, propose la seule véritable référence du cartoon à la série Loki, dont il est censé faire la promotion de la Saison 1 diffusée sur Disney+ entre le 9 juin et le 14 juillet 2021. La séquence reproduit en effet l’audience du dieu d’Asgard devant Ravonna Renslayer, la juge du Tribunal des Variations Anachroniques, intervenant dans le premier épisode de la série Marvel. Al Jean révèle que la conception de cette scène, consécutive à la diffusion de l’épisode, a conduit l’équipe à se ronger les ongles, le temps de production étant réduit à une semaine. La scène a ainsi été écrite un lundi, enregistrée par l’actrice Dawnn Lewis (reprenant le rôle joué par Gugu Mbatha-Raw dans la série) un mardi, avant d’être achevée le lundi suivant. Il s’agit en tout état de cause de la seule scène post-générique véritablement amusante et pertinente. Al Jean et ses confrères scénaristes auraient sans doute dû se contenter de la conserver en tant qu'unique scène suivant le générique afin de promouvoir Loki, tout en proposant un contenu plus dense dans le reste du court-métrage qui déçoit donc dans la présente version.

L’équipe des (Les) Simpson a pourtant bénéficié d’une nouvelle collaboration avec Kevin Feige et les équipes de Marvel, comme elle avait pu le faire avec Lucasfilm, Ltd. pour Le Réveil de la Force après la Sieste. L’utilisation du thème des Avengers d’Alan Silvestri est ainsi permise par la Maison des Idées, qui accepte également d’incorporer des références aux films précédents (à l’image de la scène où un Ralph Wiggum grimé en Hulk malmène Loki) comme aux films non encore sortis. 
Le fait que Lisa Simpson soit jugée digne des pouvoirs de Thor et puisse manier son célèbre marteau Mjolnir est ainsi un avant-goût du prochain opus de la série de longs-métrages dédiés au héros d’Asgard, Thor : Love and Thunder. Prévu pour 2022, il doit en effet voir Jane Foster, interprétée par Natalie Portman (la saga Star Wars, Garden State, Lucy in the Sky), acquérir des pouvoirs identiques à ceux du dieu. L’idée est donc là aussi bien trouvée mais trop expéditive.

Le Bon, le Bart et le Loki profite par ailleurs à plein de la participation de Tom Hiddleston dans le rôle-titre de Loki. L’acteur britannique né à Londres en 1981 a été principalement révélé au cinéma, après un début de carrière au théâtre, dans ce rôle iconique tenu depuis Thor (2011). Habitué des films Marvel jusqu’à Avengers : Endgame (2019) et reprenant donc son rôle de Loki dans la série éponyme en 2021, il apparaît également dans d’autres productions parmi lesquelles Minuit à Paris (2011), Cheval de Guerre (2011) et Opération Muppets (2014). Il s’essaye par ailleurs au doublage en jouant le Capitaine Crochet dans Clochette et la Fée Pirate (2014). Hiddleston a enregistré ses dialogues à distance dans un studio londonien, développant une alchimie avec Al Jean, qui l’a dirigé dans l’exercice. Le comédien semble ici visiblement s’amuser en parodiant ses propres performances, mais l’ensemble est bien trop furtif pour véritablement en profiter. 
Hormis Tom Hiddleston, les membres des castings original et français des (Les) Simpson sont présents avec Dan Castellaneta et Philippe Peythieu pour Homer, Nancy Cartwright et Nathalie Bienaimé pour Bart et Yeardley Smith et Aurélia Bruno dans le rôle de Lisa. Ces voix bien connues permettent ainsi à ce premier court-métrage parlant de la franchise d’être en terrain familier, mais là encore les dialogues sont trop peu ambitieux pour valoriser le travail des comédiens.

Lors de sa mise en ligne sur Disney+ le 7 juillet 2021, Le Bon, le Bart et le Loki poursuit, dans la continuité du (Le) Réveil de la Force après la Sieste et malgré un manque d'ambition flagrant, une série qui ne devrait pas s’arrêter de sitôt. Al Jean exprime en effet la volonté de l’équipe de continuer à réaliser des courts-métrages de cette nature, tant avec Star Wars et Marvel qu’avec les autres univers phares de Disney+, et notamment Pixar ou les films Disney classiques.
Toutefois, dans ce qui sonne comme un aveu sur le caractère précipité (bâclé ?) de la réalisation des deux premiers opus, Jean explique qu’ils “prendront probablement un peu plus de temps sur le prochain”. En effet, si l’idée de mêler ces univers iconiques avec le potentiel parodique infini des (Les) Simpson a tout pour plaire et pourrait conduire à de véritables pépites, les fans ont de quoi être déçus devant le peu d’ambition mis en œuvre pour les deux premiers courts-métrages, et en particulier pour cette promotion maladroite de Loki. Il ne fait cependant aucun doute qu’avec un temps de production similaire à ceux des premiers courts-métrages de la franchise, l’équipe des (Les) Simpson pourrait faire des merveilles !

Le Bon, le Bart et le Loki déçoit par un manque d’ambition cosmique se traduisant par une succession de saynètes sans scénario cohérent, une seule d’entre elles étant véritablement amusante. Victime d’une visée uniquement promotionnelle et d’une production vite expédiée, il est tout aussi rapidement oublié par les spectateurs, qui espèrent que les futurs opus de cette inévitable série de courts-métrages mêlant Les Simpson aux univers de Disney+ seront davantage soignés.

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