Titre original :
Hulk
Production :
Marvel
Valhalla Motion Pictures
Good Machine
Universal Pictures
Date de sortie USA :
Le 20 juin 2003
Genre :
Fantastique
Réalisation :
Ang Lee
Musique :
Danny Elfman
Durée :
138 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

En effectuant des recherches dans son laboratoire de San Francisco, le docteur Bruce Banner se retrouve accidentellement exposé à une forte dose de radiation. Il en ressort miraculeusement indemne, mais pas sans conséquences. À chaque émotion forte, il se transforme en effet en un monstre vert à la force surhumaine et dévastatrice : Hulk. N’ayant aucun contrôle sur cette créature et poursuivi par les autorités, il cherche alors désespérément un remède à sa condition.

La critique

rédigée par
Publiée le 08 janvier 2022

Produit en 2003 par Universal Studios, bien avant la création du Marvel Cinematic Universe, Hulk est la première incursion du géant vert sur grand écran. Film de super-héros révolutionnaire pour l’époque, arrivé juste après le succès du Spider-Man de Sam Raimi, il n’a pourtant pas connu le même destin. Considéré comme une œuvre mal aimée et incomprise, au point que les fans de la Maison des Idées l’évoquent très peu, Hulk est une tentative louable et relativement réussie d’adapter la créature au cinéma, qui s’est malheureusement, et à juste titre, soldée par un échec.

Avant tout, Hulk est un personnage de bande dessinée créé en 1962 par Stan Lee et Jack Kirby et apparu pour la première fois dans le comics The Incredible Hulk #1. Pour l’histoire, les auteurs s’inspirent des romans L’Étrange Cas du Docteur Jekyll et de M. Hyde de Robert Louis Stevenson et de Frankenstein ou le Prométhée Moderne de Mary Shelley. La bande dessinée met ainsi en scène le docteur Bruce Banner, un scientifique travaillant sur les énergies gamma. En tentant de sauver la vie de Rick Jones, un jeune homme qui s’est introduit dans son laboratoire à son insu alors qu’une expérience est en cours, Banner demande l’interruption de la procédure afin de mettre le garçon en sécurité. Mais son collègue, qui s’avère être un espion, laisse l’expérience suivre son cours. Banner réussit à évacuer Rick Jones, mais ne parvient pas à s’enfuir à temps et se voit exposé à de fortes doses de rayon gamma. Bien qu’il survive, il n’est désormais plus le même. La nuit, il se transforme en effet en un monstre répondant au nom de Hulk.
Originairement gris, le personnage prendra par la suite une apparence verte en raison de la mauvaise qualité du papier de l’impression de l’époque, qui lui donnait un physique peu reluisant. Les circonstances de sa transformation seront différentes au fil des années, Banner devenant Hulk lorsqu’il est en colère et non plus seulement la nuit, sa force étant proportionnelle à sa rage. La carrière de Hulk se poursuit au-delà du monde de la lecture et fera ses premiers pas sur le petit écran dans la célèbre série L’Incroyable Hulk (1977-1982) avec Lou Ferrigno dans le rôle-titre et les téléfilms L’Incroyable Hulk (1977), Return of The Incredible Hulk (1977), Hulk Revient (1978), Le Retour de l’Incroyable Hulk (1988), Le Procès de l’Incroyable Hulk (1989) et La Mort de l’Incroyable Hulk (1990). Le cinéma n’est pas en reste, puisque le monstre vert apparaît dans Hulk (2003) puis ensuite au sein du Marvel Cinematic Universe : L’Incroyable Hulk (2008), Marvel’s Avengers (2012), Avengers : L’Ère d’Ultron (2015), Thor : Ragnarok (2017), Avengers : Infinity War (2018) et Avengers : Endgame (2019).

Le succès du personnage se décline également en animation dans les films Les Vengeurs Ultimate (2006), Les Vengeurs Ultimate 2 (2006), Next Avengers (2008), Planète Hulk (2010), Iron Man & Hulk : Heroes United (2013), Avengers Confidential : Black Widow & Punisher (2014) et Iron Man & Captain America : Heroes United (2014). La télévision n’est pas en reste avec les séries animées The Incredible Hulk (1982), L’Incroyable Hulk (1996), ainsi que Hulk and the Agents of S.M.A.S.H. (2013), sans compter ses apparitions dans The Marvel Super-Heroes (1966), Spider-Man and His Amazing Friends (1981), Fantastic Four (1994), Iron Man (1994), Les Quatre Fantastiques (2006), Iron Man (2009), Wolverine and the X-Men (2009), Super Hero Squad (2009), Avengers : L’Équipe des Super-Héros (2010), Ultimate Spider-Man (2012), Avengers Rassemblement (2013), Ultimate Wolverine Vs. Hulk (2013) et les cartoons Hulk vs. Wolverine et Hulk vs. Thor, ou encore l’épisode spécial Phinéas et Ferb : Mission Marvel de la série Phinéas et Ferb.
Le projet d’un film Hulk remonte, quant à lui, au début des années 1990, peu après la diffusion de La Mort de l’Incroyable Hulk, dernier téléfilm de la série de 1978, dont il est la conclusion. L’idée est alors développée par les producteurs Avi Arad et Gale Anne Hurd pour Universal Studios en 1992. L’année suivante, le scénariste Michael France (Cliffhanger : Traque Au Sommet, GoldenEye) est approché pour rédiger un script dans lequel Hulk affronte des terroristes, mais ce dernier n’apprécie pas la thématique du film et rejette très vite la proposition. John Turman, qui participera plus tard à la conception des (Les) Quatre Fantastiques et le Surfer d’Argent et fan du comics, travaille sur sa propre version avec l’approbation de Stan Lee. Très influencé par la collection Tales to Astonish, éditée entre 1959 et 1968, Turman écrit ainsi plus de dix ébauches de scénario où le super-héros doit se battre contre le général Ross et des militaires. Il y ajoute les origines atomiques de Hulk et d’autres personnages connus du comics : Le Leader, génie scientifique criminel et l'un des ennemis célèbres de Hulk, Rick Jones, protégé de Bruce Banner, et Brian Banner, père abusif du héros et responsable de sa colère. Mais il se heurte aux réticences des exécutifs d’Universal Studios, qui reprendront tout de même quelques éléments de son scénario.

En 1995, Universal Studios engage Jonathan Hensleigh, mari de Gale Anne Hurd dans la vie et scénariste sur Jumanji, succès de l’année au box-office, tandis qu’Industrial Light & Magic est chargé de concevoir le physique de Hulk et les effets spéciaux. En avril 1997, Joe Johnston est à son tour recruté comme réalisateur, mais quittera le projet trois mois plus tard pour se consacrer à Ciel d’Octobre (1999). Une décision qui ne l’empêchera pas pour autant de faire partie de la grande famille des super-héros Marvel, puisqu’il réalisera Captain America - First Avenger en 2011. Désireux de passer derrière la caméra, Hensleigh saute sur l’occasion et parvient à convaincre Universal Studios de le laisser mettre en scène le film. Initialement prévu pour fin 1997, le tournage est repoussé pour une sortie décalée à l’été 1999. À ce moment-là, le script prévoyait un combat entre Hulk et un banc de requins, ainsi que deux scènes qui seront réutilisées dans le film sorti en 2008. Hensleigh réécrit le scénario avec l’aide de J.J. Abrams, Scott Alexander et Larry Karaszewski (scénaristes sur Le Nouvel Espion aux Pattes de Velours pour Disney, Ed Wood pour Touchstone Pictures) et développe une nouvelle intrigue où Bruce Banner, avant son exposition aux rayons gamma, expérimente sur trois prisonniers cobayes en croisant leur ADN avec celui d’insectes mutants, afin de les transformer en monstres.
Le film entre ensuite en pré-production en octobre 1997 et les effets visuels commencent à prendre forme. Quelques acteurs sont également castés, dont Gregory Sporleder (Rock, La Chute du Faucon Noir, Opération Shakespeare) dans le rôle de “Novak”, l'un des ennemis de Banner, et Lynn “Red” Williams (Mortal Kombat : Destruction Finale), qui doit lui incarner l'un des prisonniers changés en hybrides. Mais en mars 1998, Universal Studios stoppe le projet : prétextant des dépassements de budget, la major émet des réserves sur Hensleigh en raison de son manque d’expérience à la réalisation. Sur les 100 millions de dollars attribués, 20 millions ont déjà été dépensés pour le développement du scénario, les maquillages et les animations. Hensleigh tente une dernière fois de remanier le script, en revoyant ses ambitions à la baisse, mais considère cette entreprise trop compliquée et décide d’abandonner. Il révèlera dans une interview “avoir consacré neuf mois à la pré-production”, en vain. C’est le moment que choisit Michael France, ayant tout d’abord refusé de prendre part au projet, pour proposer ses services aux producteurs. Au bout de huit mois d’hésitation, Universal Studios accepte, sans donner d’indications sur la tournure souhaitée pour le scénario. France se penche alors sur l’écriture d’une troisième version du film, qu’il rend en septembre 1999 tandis que le tournage de cette nouvelle mouture est fixé à avril 2000.

Dans le scénario de Michael France, Bruce Banner est un génie solitaire, intelligent et passionné par son travail, proche du comics des années 1960. Mais l’auteur ose une approche plus sombre du personnage et s’inspire fortement de la bande dessinée des années 1980, qui introduisait Brian Banner, père abusif du héros, qui a tué sa propre femme. Beaucoup plus violent que celui de John Hensleigh, le script de Michael France insiste sur les blessures psychologiques de Bruce. Ce dernier essaie de créer des cellules aux capacités régénératives, tout en essayant de se convaincre qu’il n’est pas comme son père. Souffrant de problèmes de gestion de la colère, la naissance de Hulk serait la conséquence de ses traumatismes d’enfance. Deux autres scénaristes, Michael Tolkin (The Player, Deep Impact, Fashion Victime) et David Hayter (X-Men, X-Men 2, Watchmen : Les Gardiens) seront chargés d’apporter des ajustements, malgré les retours positifs d’Universal Studios. Hayter intègre le Leader, Zzzax, créature humanoïde créée lors du sabotage d’une centrale nucléaire, et l’Homme Absorbant, ennemi récurrent du dieu Thor, en tant qu’antagonistes ; ces derniers y sont dépeints comme des collègues de Bruce Banner, piégés dans le même accident ayant créé Hulk.
Tout juste sorti du succès de Tigre et Dragon, le réalisateur Ang Lee est attaché au projet en janvier 2001. Metteur en scène, producteur et scénariste né le 23 octobre 1954 à Pingtung (Taïwan), Ang Lee étudie le théâtre et le cinéma à l’Académie des arts de Taipei avant de déménager aux États-Unis, où il termine sa formation et finit diplômé de l’Université de New York. Son premier film, Fine Line, un moyen-métrage, sort en 1991. Il réalise son premier long-métrage en 1992, Pushing Heads, qui remporte le Prix du Meilleur Film au Festival du film de l’Asie-Pacifique. Il entre dans l’histoire en 1993 avec Garçon d’Honneur, premier film à aborder le thème de l’homosexualité dans le cinéma chinois, nommé au Golden Globe et à l’Oscar du meilleur film étranger. Sa carrière internationale débute en 1995, année où il réalise, en Angleterre, Raison et Sentiments. Suivront d’autres succès hollywoodiens : Ice Storm (1997), Chevauchée avec le Diable (1999), Tigre et Dragon (2000), récompensé par quatre Oscars en 2001 dont celui du meilleur film étranger, Hulk (2003), Le Secret de Brockeback Mountain (2005), pour lequel il obtiendra le Golden Golde du Meilleur Réalisateur en 2006, Lust, Caution (2007) et Hôtel Woodstock (2009). Ang Lee confirme sa popularité la décennie suivante, même s’il tourne un peu moins que dans les années 2000. Sortent ainsi sur les écrans L’Odyssée de Pi (2012), adapté du roman L'Histoire de Pi de Yann Martel, le film de guerre Un Jour dans le Vie de Billy Lynn (2016) et son premier film de science-fiction, Gemini Man (2019).

Ayant refusé d’assurer la réalisation de Terminator 3 : Le Soulèvement des Machines (2003), Ang Lee espère bien confirmer l’essai en tournant un nouveau blockbuster. Il n’est toutefois pas satisfait par le scénario et demande à James Schamus, producteur et scénariste ayant essentiellement travaillé avec Lee, de le réécrire. Schamus retire les ennemis Zzzax et le Leader et fait fusionner l’Homme Absorbant avec le père de Bruce Banner en l’ajoutant au cœur même de l’intrigue. Pour cela, Lee et Schamus s’inspirent de plusieurs œuvres dont King Kong, Frankenstein, L’Étrange Cas du Docteur Jekyll et Mr Hyde, Faust, ainsi que la mythologie grecque. La relation père-fils entre Bruce et Brian Banner est plus développée, tandis que certains personnages des comics non évoqués auparavant sont ajoutés, notamment les chiens-Hulk. Début 2002, alors que le tournage s’apprête à commencer, Michael France demande à lire tous les scripts pour la Writers Guild of America, syndicat des scénaristes américains et protecteur des droits d’auteur, afin d’en choisir un et de déterminer quel auteur sera crédité au générique. Après relecture, il critique ouvertement le scénario de James Schamus et David Hayter et estime que son travail a été dénigré par ces derniers qui, selon lui, n’ont fait qu’ajouter quelques éléments et se sont appropriés ses idées. À l’arrivée, John Turman, Michael France et John Schamus seront tous trois crédités comme scénaristes et le film reçoit une date définitive de sortie fixée au 20 juin 2003 aux États-Unis.
Pour incarner le rôle du légendaire Bruce Banner, les premiers acteurs pressentis sont Tom Cruise (Top Gun, Cocktail, Mission : Impossible), Johnny Depp (Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl, Alice Au Pays des Merveilles), David Duchovny (Playing God : Au Service du Mal, la série X-Files) et Jeff Goldblum (La Mouche, Powder, Thor : Ragnarok). Pendant un temps, Billy Crudup (Presque Célèbre, Watchmen : Les Gardiens, Alien : Convenant), recommandé par Ang Lee, est attaché au projet, mais l’acteur préfèrera rejoindre Big Fish de Tim Burton. À l’arrivée, le rôle échouera à Eric Bana, révélé par les films Chopper (2000) et La Chute du Faucon Noir (2001). Habitué des épopées historiques (Troie, Munich, Deux Soeurs pour un Roi, Du Sang et des Larmes), il est également connu pour ses rôles dans quelques comédies romantiques (Lucky You, Hors du Temps) et films à grand spectacle (The Finest Hours, Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur), puis récemment à la télévision (la série Dirty John).

Pour incarner Betty Ross, la fiancée de Bruce Banner, les producteurs font appel à l’actrice Jennifer Connelly, découverte dans Labyrinthe (1986) de Jim Henson et Les Aventures de Rocketeer (1991). Révélée par Darren Aronofsky dans son film Requiem For A Dream (2000) et lauréate de l’Oscar du Meilleur Second Rôle en 2001 pour Un Homme d’Exception, elle enchaîne les projets où elle figure en premier plan au cours des années 2000 (Hulk, Dark Water, Little Children, Blood Diamond) avant de tourner dans des productions moins médiatisées (Coeur d’Encre, Le Dilemme, Un Amour d’Hiver) et à la télévision (la série Snowpiercer pour Netflix).
Le Général de l’US Army Thaddeus “Thunderbolt” Ross, père de Betty Ross, chargé de stopper le monstre par tous les moyens, est interprété par Sam Elliott, acteur et producteur américain connu pour ses rôles à la télévision dans les séries Mission : Impossible et plus récemment The Ranch, ainsi qu’au cinéma : Road House (1989), Tombstone (1993), The Big Lebowski (1998), Ghost Rider (2007), A Star Is Born (2018). En parallèle, il collabore avec Disney en prêtant sa voix à quelques personnages dont le tyrannosaure Butch du (Le) Voyage d’Arlo (2015) et Trusty du remake live de La Belle et le Clochard (2019).
Le Major Glenn Talbot, militaire chargé de la sécurité de la base commandé par le Général Ross et ennemi scientifique également sur les traces de Hulk, est incarné par Josh Lucas. Révélé au début des années 2000 à l’occasion de quelques seconds rôles (American Psycho, Un Homme d’Exception, Hulk), il est à l’affiche de plusieurs films grand public par la suite (Fashion Victime, Poséidon, Furtif), ainsi que dans quelques œuvres plus sérieuses dont J. Edgar, La Défense Lincoln. Plus récemment, il joue aux côtés de Christian Bale et Matt Damon dans Le Mans 66 (2019).
Enfin, l’acteur Nick Nolte (Le Clochard de Beverly Hills, Les Nerfs à Vif, La Ligne Rouge, The Mandalorian) joue Brian Banner, le père de Bruce, renommé David Banner, en référence à la série télévisée. Principal antagoniste du film, David est un scientifique à la recherche d’un remède pour son fils, dont la peau devient verte lorsqu’il est blessé ou en colère. Après avoir vu ses travaux stoppés par le Général Ross, il détruira son laboratoire et essaiera d’assassiner Bruce dans un geste désespéré. À la place, il tuera accidentellement sa femme, Edith, lorsqu'elle essaie de l’arrêter.

Aujourd’hui, Hulk est toujours le film de comics le plus débattu parmi les fans de bandes dessinées et de cinéma. Les amateurs le saluent pour sa profondeur cérébrale et sa complexité émotionnelle, ses détracteurs le huent pour ses effets spéciaux douteux et son récit sans profondeur. Le scénario prend en effet beaucoup de libertés avec les origines du personnage, le synopsis modifiant le traumatisme d’enfance de Bruce et la naissance de Hulk. L’introduction donne le ton et laisse présager une aventure scientifique plus cérébrale plutôt que le blockbuster annoncé, loin de l’idée reçue que tout spectateur lambda pourrait se faire du personnage. Le concept paraît, en effet, très simple : il se met en colère, il devient grand et il détruit tout sur son passage ! Résumer Hulk à une simple aventure pleine de destructions ou à un film de “monstre” serait pourtant une erreur monumentale et celui qui s’attend à y trouver un déluge d’action et de violence risque d’être fortement déçu. À la place, Ang Lee préfère une approche plus humaine et torturée du personnage et attribue une identité propre à une œuvre aux ambitions plus que nobles, injustement moquée des fans. Il suffit donc de faire abstraction de la réputation du géant vert et oublier tout ce qui a pu être écrit sur lui pour apprécier Hulk à sa juste valeur.
Hulk est un des rares super-héros Marvel pour qui les pouvoirs sont une malédiction et non un avantage. Lorsque la rage consume le Docteur Banner et qu'il se transforme en monstre à la taille surhumaine, ce n’est pas pour combattre le mal ou défendre un idéal, mais simplement pour s’en prendre à ses bourreaux. Pris sous cet angle, Hulk est une plongée dans la folie de ceux qui voudraient jouer avec la vie. Il s’agit de l’angoisse, du fardeau de vivre avec des pouvoirs qui n’ont pas été voulus et peuvent mettre dans des situations inconfortables voire dangereuses. Ce n’est pas tant une histoire de monstres que celle de deux êtres hantés par leur passé. D’un côté, Bruce Banner est hanté par le souvenir de son père et émotionnellement marqué par un traumatisme qui le change en créature colérique, un être dont l’existence même est le résultat des souvenirs que Bruce a gardé réprimés toute sa vie. De l’autre, Betty Ross, encore déstabilisée par l’échec de son couple et sa relation compliquée avec les hommes. Le film se révèle fascinant et étonnamment divertissant quand il s’attarde moins sur les scènes d’action que sur sa dimension tragique.

Car c’est essentiellement l’histoire qu’Ang Lee cherche à raconter, avec autant de soin et de détails qu’humainement possible, souvent au détriment de certains des fondements communs du cinéma moderne et notamment le rythme. Le cinéaste préfère, à juste titre, se concentrer longtemps sur l’enfance de Bruce Banner et développer une histoire élaborée, alors qu’il aurait pu facilement l’éliminer et simplifier l’orientation du film jusqu’à la transformation de Bruce en Hulk, qui n’apparaît qu'un tiers du métrage ! À l’inverse de la plupart des films de super-héros qui privilégient l’intrigue, l’action et le rythme de l’histoire, Ang Lee prend le temps de mettre en place ses personnages. Le réalisateur montre des détails formateurs de la vie du jeune Bruce Banner qui feront de lui l’homme et, accessoirement, le monstre qu’il va devenir, la relation qu’il entretient avec son père, en partie responsable de sa transformation, étant ainsi au cœur même du récit. La structure du film va donc à l’encontre de bon nombre des conventions cinématographiques les plus largement acceptées et établies, sans pour autant être un point faible.
Très vite, l’ensemble prend des airs de tragédie grecque, où la relation parent-enfant occupe une place prépondérante. Concernant Banner et son enfance frustrée, période pendant laquelle il ne pouvait s’exprimer autrement que par la rage, c’est en découvrant ses origines qu’il finit par dompter sa colère et réussit à confronter son paternel au cours d’un combat épique, un père en quête de pouvoir pour qui la seule façon de se débarrasser de sa condition est de supprimer son fils. C’est là aussi toute l’opposition entre les deux hommes, car dans son travail, Bruce a pour ambition d’améliorer l’être humain, tandis que David n’a pas d’intentions louables, contrairement au comics de Stan Lee, qui présente Bruce comme un savant fou. Ainsi, le projet sur lequel travaille le docteur n’est pas une bombe à rayon gamma et le film insiste sur le geste héroïque au cours duquel il sauve un collègue en danger. Enfin, le conflit de génération entre Betty Ross et son père militaire répond à cet aspect du récit. L’alchimie avec Bruce est alors totalement compréhensible, tant les deux personnages se ressemblent en tous points et le scénario s’attarde sur leur romance et le drame humain qui les unit. Exit donc le côté scientifique de l’intrigue et l’abondance de scènes spectaculaires, place aux sentiments et à l’introspection.

D’une part, Betty Ross essaie de tourner la page d’une relation qui s’est mal terminée, sans vraiment y parvenir tant elle est toujours attachée à l’homme devenu une bête et doit, d’autre part, faire avec un père qui ne lui a jamais donné l’amour qu’elle aurait dû recevoir. Si Betty a accepté de vivre avec cette absence d’amour, elle représente l’antithèse de Bruce qui, lui, perd le contrôle et retrouve ses instincts primaires au moindre sentiment de contrariété. Complémentaires en tous points, les deux personnages sont respectivement campés par deux acteurs à la performance remarquable. En faisant de l’héroïne la seule personne capable de faire retrouver sa part d’humanité à Bruce, Jennifer Connelly incarne une Betty Ross fragile, tourmentée, qui n’a pourtant pas peur de s’opposer à son père et d’affronter tous les dangers pour protéger et défendre son bien-aimé. Eric Bana joue, quant à lui, un Bruce Banner au départ droit dans ses bottes, propre sur lui, puis progressivement épuisé, désabusé, touché par les épreuves qu’il traverse et un passé douloureux. Ses traits mélancoliques, son visage marqué par la fatigue, son physique tantôt imposant, tantôt frêle, font de lui le parfait opposant de Hulk. Il est alors impossible de nier à quel point les deux entités se complètent, malgré leurs différences.
En parallèle, Hulk soulève beaucoup de questions sur l’expérimentation génétique, l’utilisation abusive de la recherche scientifique et l’aversion instinctive de chacun pour les inadaptés. Ayant déjà traité des différences et de l’exclusion sociale dans ses films précédents, notamment Raisons et Sentiments, Ice Storm et Tigres et Dragons, Ang Lee s’attarde sur les difficultés traversées par Bruce en tant que Hulk. Traqué par l’armée et les forces spéciales, considéré comme une menace, il est obligé de fuir. Tentant en vain de trouver un remède à sa condition, il ne fait que se défendre face à une humanité qui cherche à l’éliminer, effrayée par son aspect et sa taille. Une condition qu’il n’a pas choisie, changé en créature emplie d’une colère qu’il ne maîtrise pas, le scénario accentuant l’idée selon laquelle la science fait parfois naître des monstres. Le spectateur reconnaît dès lors très vite l’inspiration de King Kong, dans un film avec un nombre inhabituel de références à des classiques du cinéma. La Fiancée de Frankenstein en est une autre, comme dans cette scène où Hulk voit son reflet dans un étang. Aucune difficulté non plus pour identifier L’Étrange Cas du Dr. Jekyll et Mister Hyde comme la source du film.

Hulk n’est que les conséquences directes et involontaires d’une science qui ne contrôle pas ses faits et gestes. Il représente aussi les résultats inattendus et le danger que de telles expériences peuvent causer lorsqu’elles échappent à leurs auteurs. Sa puissance est donc un problème et fait de lui l’ennemi à neutraliser voire à éliminer. Victime des événements, Bruce, en tant que Hulk, subit régulièrement l’action et fait l’objet de toutes les convoitises et fascinations de la part des scientifiques qui, eux, cherchent à l’exploiter, quand il ne provoque pas la méfiance des autorités. D’une part, le Général Thunderbolt Ross, qui a déjà eu affaire à David Banner par le passé, d’autre part, Glenn Talbot, son rival amoureux aux yeux de Betty, dont les actions sont plus motivées par la jalousie que par volonté de faire son travail. Pour autant, cette force lui permet d’exister et fait naître en lui un sentiment de liberté. Une fois sa part humaine envolée, Bruce est dans son élément et peut enfin faire sortir la colère et la frustration qu’il a intériorisées toute son enfance et encore une fois adulte, allant jusqu’à être dégoûté de son côté humain, en témoigne la scène dans laquelle le scientifique se regarde dans le miroir et voit, en lieu et place de son propre reflet, Hulk le dévisager et vouloir se jeter sur lui.
Particulièrement sombre pour un film de super-héros, loin de l’esprit du Marvel Cinematic Universe, Hulk étonne par sa vision désespérée et son parti pris plutôt inattendu, ce qui peut probablement perdre le spectateur. La réalisation d’Ang Lee accentue ce point, en préférant une mise en scène intimiste, même dans les moments d’action, où la tension se fait néanmoins bien ressentir, et un usage très fréquent du split screen. Le film rend alors hommage à son modèle de papier et le public a l’impression de littéralement voir un comic sur grand écran. Plusieurs séquences sont ainsi composées d’actions qui s’enchaînent les unes aux côtés des autres, l’écran divisé en deux parties, représentant à elle seule une case de bande dessinée. La scène de destruction de San Francisco par Hulk, couplée au visage stupéfait, pour ne pas dire horrifié, de David Banner dans une case sur un coin de l’écran renforce parfaitement ce sentiment. Autant de techniques qui permettent d’adhérer au long-métrage et prouvent encore une fois la maîtrise d’Ang Lee, notamment dans un genre dans lequel le public l’attend le moins. Il pourra juste être reproché au réalisateur d’user trop souvent de ce procédé, tant l’ensemble finit par s'essouffler et le spectateur se lasser. À l’arrivée, chaque scène semble être une répétition de la précédente et le visionnage devient peu à peu désagréable au fil des minutes.

Impossible non plus de faire l’impasse sur l’aspect de la créature, qui fait plutôt mal aux yeux. Assez réussis dans l’ensemble, les effets spéciaux n'ont aucun mal à rendre Hulk convaincant et impressionnant, voire attachant au cours de séquences plus centrées sur l’introspection et la réflexion. Suscitant rapidement l’empathie, il illustre à merveille tout ce que Bruce Banner n’est pas et s’inscrit comme l’antagoniste parfait du scientifique. Les séquences de métamorphose et de destruction massive ne sont pas en reste et assurent bien évidemment le spectacle. Malheureusement, l’incrustation du personnage dans les scènes de combat ou de course-poursuite laisse vraiment à désirer, Hulk semblant se superposer aux décors qu’il est censé raser. Il en résulte une sensation étrange de voir une image de synthèse générée informatiquement et intégrée maladroitement à la caméra. Dès lors, il devient difficile de prendre la plupart des séquences au sérieux ou de se laisser porter par ce que montre le film et l’ensemble fait parfois peine à voir, surtout quand le métrage s’attarde sur l’action et le spectaculaire.
Car le principal point faible de Hulk réside dans son incapacité à choisir le bon équilibre entre émotions et action. Ang Lee veut sortir des sentiers battus en proposant autre chose qu’un film de super-héros banal, une aventure humaine, et y arrive sans difficultés. Hélas, cette volonté de privilégier les sentiments nuit beaucoup au divertissement et le spectateur se retrouve fréquemment devant un film incomplet, privé d'une partie de son identité. Si morceaux de bravoure, scènes d’action et de combats spectaculaires, méchants à terrasser sont présents par moments, l’ensemble manque d’entrain et l’ennui se fait régulièrement ressentir. D’autant que niveau action, le métrage est plutôt avare et n’a pas grand chose à offrir, la majorité des séquences étant majoritairement banales. Tout est plat et exécuté sans entrain, le scénario se contentant d’enchaîner les scènes en espérant satisfaire le public. Dénué de climax ou de grands instants, l'opus ne rend pas toujours justice à son personnage principal dont la force surhumaine et la colère destructrice auraient dû apporter de l’énergie à un scénario qui se veut trop mélodramatique.

Ce qui est d’autant plus dommageable quand du point de vue dramatique, les limites du script se font quelquefois ressentir. Si Ang Lee parvient sans mal à raconter une histoire centrée sur une relation père-fils touchante et torturée, certains éléments de l’intrigue sont grossiers et l’écriture naïve pour ne pas dire simpliste. Les personnages du film, aussi sympathiques soient-ils, manquent de profondeur et de maturité. Bruce a beau être le héros, sa lutte personnelle et son complexe d’Œdipe persistant agacent parfois, si bien que le public peut préférer voir Hulk exploser des avions et détruire des immeubles plutôt que de suivre les aventures désespérées d’un scientifique en proie aux questions existentielles. En sidekick féminin voulant sauver l’élu de son coeur, Betty s’avère peu attachante et ne fait pas souvent avancer le scénario. Le rôle de la jeune femme se résume donc à subir l’action, malgré le talent de Jennifer Connelly. Que dire également des dialogues qui, généralement, frisent le ridicule, n’ont aucune subtilité ou sont juste répétitifs ? Enfin, le cabotinage des acteurs jouant les antagonistes, et plus particulièrement Josh Lucas, donne tout simplement envie de voir ces derniers quitter le champ ou passer l’arme à gauche au plus vite !
La musique du film est assurée par nul autre que Danny Elfman. Né à Los Angeles, Californie, le 29 mai 1953, Elfman se tourne très jeune vers la musique. Il fonde le groupe The Mystic Knights of the Oinco Boingo avec son frère à l’âge de 18 ans. En 1985, il fait la rencontre de Tim Burton, un événement qui va changer sa vie. Le célèbre réalisateur lui confiera la composition de plusieurs de ses films : Pee Wee’s Big Adventure, Batman, L’Étrange Noël de Monsieur Jack, pour lequel il prêtera sa voix au personnage de Jack Skellington, mais aussi Frankenweenie ou Dumbo. Outre ses activités au cinéma, il composera les génériques d’un grand nombre de séries télévisées : Les Simpson, Les Contes de la Crypte, Desperate Housewives. Devenu un compositeur populaire, il a travaillé entre autres pour des metteurs en scène reconnus dont Brian de Palma, Peter Jackson, Ang Lee, Sam Raimi. Dans Hulk, Danny Elfman confère au film une ambiance relativement inquiétante, lourde, et ce, dès le générique, magnifique, qui annonce d’emblée une intrigue sombre. Une tonalité que le métrage conservera jusqu’au dénouement, accentuant les moments d’urgence pour les rendre plus intenses.

Hulk sort dans les salles américaines le 20 juin 2003 et rapporte lors de son premier week-end d’exploitation 62,1 millions de dollars. Un départ exceptionnel qui, hélas, connaîtra une chute vertigineuse de 70% dès le second week-end. Le film terminera sa course aux États-Unis avec 132,2 millions de dollars contre un budget de 137 millions, puis 113,2 millions à l’international, pour un total de 245,4 millions de dollars. Auparavant, il s’était attiré les foudres de nombreux spectateurs suite aux divulgations sur Internet des designs et des workprints non achevés. Dès le départ, le public avait émis beaucoup de critiques aux premiers visuels et effets spéciaux, bien que ce n’était pas là leur version finale.
S’il rapporte presque le double de son budget, Hulk n’est pas pour autant un succès pour Universal Studios, qui espérait beaucoup plus au vu des projets de suites et de franchises envisagés autour sans parler de la promotion du film, notamment pendant le Super Bowl XXXVII, diffusé à la télévision américaine le 26 janvier 2003. De même, une bande annonce de 70 secondes avait déjà été divulguée pour la sortie de Spider-Man le 3 mai 2002. 
En plus de son échec relatif au box-office, Hulk reçoit des avis mitigés, en particulier pour ses effets spéciaux, considérés comme “laids” et “ratés”, le monstre vert étant assimilé à une version cheap de l’ogre Shrek, qui avait fait sa première apparition au cinéma un an plus tôt. Si les talents d’Ang Lee pour la réalisation sont salués, tout comme les prestations d’Eric Bana et Jennifer Connelly, le scénario et l’intrigue sont accueillis avec très peu d’enthousiasme. L'opus n’échappe pas ici aux critiques de la part du public et des lecteurs des comics, qui n’apprécient pas du tout que les origines et la personnalité de Bruce Banner aient été modifiées. Les comparaisons avec d’autres classiques sont multiples, notamment avec King Kong ou Frankenstein, et globalement appréciées, tout comme les climax, les cliffhangers, les risques pris par le scénario et les quelques changements par rapport aux comics. En parallèle, le film reçoit quelques nominations à la 30e édition des Saturn Awards, dans les catégories de Meilleur Film de Science-Fiction, Meilleure Actrice pour Jennifer Connelly, Meilleur Musique pour Danny Elfman et Meilleurs Effets Spéciaux pour Dennis Murren et Michael Lantieri.

Pendant le tournage, le producteur Avi Arad avait prévu la sortie d’une éventuelle suite au cinéma pour mai 2005 et quelques bribes de scénario commencent à voir le jour, notamment l’intégration du Leader ou encore de l’Abomination comme antagonistes du prochain volet des aventures monstre vert. Marvel demanda même à ce que l’Abomination soit un vrai danger pour Hulk, à la différence du Général Ross, qui représente essentiellement une menace humaine. Malheureusement, avec le demi-revers du film, les projets de suite et d’univers étendu sont vite mis de côté avant d’être purement et simplement abandonnés. En janvier 2006, Marvel Studios récupère les droits du personnage et le scénariste Zak Penn se penche sur l’écriture d’une séquelle intitulée The Incredible Hulk. Cependant, Edward Norton réécrit le script en modifiant en intégralité les origines, remplacées par des flashbacks, afin d’en faire un reboot ignorant complètement les événements du film d’Ang Lee. Sorti en 2008, ce reboot intitulé L’Incroyable Hulk et réalisé par le Français Louis Leterrier livre une nouvelle vision du personnage et servira de rampe de lancement au Marvel Cinematic Universe aux côtés d’Iron Man.

Aujourd’hui encore, Hulk est considéré comme une première incursion ratée du monstre vert au cinéma. Malgré d’immenses qualités, dont un réalisateur expérimenté, des acteurs talentueux, une intéressante plongée dans la psychologie du personnage et une intrigue sortant des sentiers battus, l'opus n’a pas suffisamment marqué pour devenir culte, si ce n’est par des effets spéciaux en partie ratés et une dramatisation trop exagérée. Reste le souvenir d’un film mal aimé qui n’a pas trouvé son public, mais aura au moins eu le mérite de renouveler un genre enfermé dans les clichés de l’époque.

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