Pocahontas
Date de création :
Le 23 juin 1995
Nom Original :
Pocahontas
Créateur(s) :
Glen Keane (Superviseur)
Mark Henn
Pres Antonio Romanillos
Randy Haycock
Michael Show
Tom Bancroft
Bob Bryan
Trey Finney
Aaron Blaise
Doug Krohn
Ken Hettig
Brad Kuha
Tom Gately
Gilda Palinginis
John Ripa
Ralph Palmer
Eric Walls
Apparition :
Cinéma
Vidéo
Télévision
Jeux Vidéo
Parcs
Livres
Voix Originale(s) :
Irene Bedard (voix parlée)
Judy Kuhn (voix chantée)
Voix Française(s) :
Mathilda May (voix parlée)
Laura Mayne (voix chantée)

Le portrait

rédigé par Karl Derisson
Publié le 22 novembre 2020

Au début des années 1990, les studios d’animation Disney s’attellent à un projet d’envergure que beaucoup, à l’époque, jugent glissant. Après avoir transposé à l’écran les contes de fées les plus merveilleux et les légendes les plus populaires, les artistes, placés sous la direction d’Eric Goldberg et Mike Gabriel, décident en effet de remonter le temps et de raconter l’une des périodes les plus sombres de l’histoire des États-Unis, la colonisation de la Virginie par les Anglais au tout début du XVIIe siècle et les pillages et autres massacres qui s’en suivirent. Obligés d’édulcorer le récit tout en cherchant autant que faire se peut à respecter la vérité historique tout en prônant des valeurs humanistes de liberté et de tolérance, ces derniers jettent alors leur dévolu sur une figure familière connue de tous les Américains, une jeune amérindienne de douze ans, Pocahontas.

Pocahontas, une figure de l'Histoire américaine

Personnage historique d’envergure dont l’histoire a, par bien des aspects, rejoint la légende, Pocahontas est née aux alentours de 1595-1596 à l’est de l’actuelle Virginie. De son vrai nom Mataoaka (ou Matoax) qui signifie « Petite plume de neige », elle est la fille de Wahunsunacock, le chef des Powhatans, une confédération occupant le territoire de Tsenacommacah situé dans la baie de Chesapeake et dans lequel sont rassemblés près de vingt-mille Amérindiens issus d’une trentaine de tribus algonquiennes. Sa jeunesse, peu documentée, est de fait mal connue des historiens. Sa mère, Nonoma Winanuske Matatiske, une femme sans doute issue de basse extraction, serait morte en couche. Rien n’atteste, toutefois, cette information. Mataoka est dès lors élevée par son père qui, polygame, est à la tête d’une fratrie de nombreux enfants.


Pocahontas sauve la vie de John Smith, chromolithographie, Chromo. Lith. Company, 1870.

Dès sa plus tendre enfance, Mataoaka reçoit le surnom de Pocahontas, la « Petite capricieuse » ou la « Petite impudique », du fait de son tempérament aventureux et espiègle. Comme une poignée d’Amérindiens, elle n’hésite notamment pas à approcher les colons anglais fraîchement débarqués en avril 1607 sur les plages de Virginie. Il lui arrive aussi régulièrement de pénétrer dans le fort de Jamestown bâti en quelques semaines sur les rivages de la James River. Dans A True Relation of Virginia, le capitaine John Smith évoque sa première rencontre avec la jeune fille. Celle-ci se déroulant durant le printemps 1608, il parle alors d’une enfant de dix, douze, peut-être treize ans. Smith, capturé en décembre 1607 au cours de son exploration de la rivière Chickahominy, vit alors avec la tribu des Powhatans qui, pour mieux contrôler les colons, souhaite s’en faire un allié en lui confiant le commandement de la cité de Capahosic. Dans ses différents témoignages, John Smith affirme que, menacé d’une mort certaine, il aurait été sauvé par Pocahontas et ramené à Jamestown, un épisode qui semble plus appartenir à la légende qu’à la vérité historique. Se liant d’amitié avec le capitaine anglais, l’adolescente devient une alliée des colons en proie au froid, à la famine et aux épidémies. Elle et les siens leur auraient fourni des provisions. Le retour à Londres de John Smith, blessé par une explosion en octobre 1609, aurait marqué la fin de cette alliance et le début des hostilités entre les Anglais et les Amérindiens, lesquelles furent encore renforcées par la volonté expansionniste des colons et l’invasion progressive des territoires indiens…

Portrait de Pocahontas
Simon Van de Passe, 1616
National Portrait Gallery, Washington
Portrait de John Smith
Simon Van de Passe, 1617
National Portrait Gallery, Washington
Portrait du roi Jacques 1er
d'après Sir Anthony Van Dyck, 1721
National Portrait Gallery, Londres

Au cours de cette guerre commencée dès l’été 1609, les Britanniques parviennent à s’emparer de la James River. Ils sont soutenus par les Patawomecks, une tribu installée le long du Potomac et qui accepte de suivre le capitaine Samuel Argall dans la lutte contre les Powhatans. Pocahontas tente alors une médiation. Accueillie par Iopassus (ou Japasaw), le chef des Patawomeck, dans son village de Passapatanzy, la princesse aurait épousé le frère de ce dernier, Kocoum, avec qui elle aurait eu un enfant, Ka-Okee. En mars 1613, elle est finalement capturée par Argall. Kocoum est tué. Une rançon, la restitution des armes et outils confisqués par les Powhatans et la libération de certains colons sont réclamées. Wahunsunacock, le père de Pocahontas, accepte de laisser partir ses prisonniers. Il refuse toutefois de restituer les armes et les outils. Pocahontas demeure dès lors prisonnière dans la ville d’Henricus fondée par les Anglais en 1611. Le gouverneur de la place, Alexander Whitaker, lui enseigne la langue anglaise et les préceptes du Christianisme. Certaines sources mentionnent des mauvais traitements et des viols à répétition pour faire pression sur son père… En mars 1614, un affrontement violent oppose les colons et les Amérindiens près de la rivière Pamunkey. La guerre dégénère plus encore. Des négociations sont indispensables pour démêler cette situation explosive. Les Anglais autorisent Pocahontas à parler à son peuple. Elle aurait violemment reproché à son père de donner plus de valeur aux armes et aux outils confisqués aux colons qu’à sa propre fille, encore et toujours retenue captive. Elle aurait annoncé son choix de rester vivre avec ses geôliers.


Le Baptême de Pocahontas, huile sur toile de John Gadsby Chapman, rotonde du Capitole, Washington

Le 5 avril 1614, Pocahontas épouse John Rolfe, un planteur de tabac très pieux dont la femme, Sarah, et la fille, Bermuda, sont mortes durant la traversée de l’océan Atlantique après le naufrage de leur navire, le Sea Venture. Pour permettre cette union prononcée à Jamestown par l’aumônier Richard Buck, la jeune indienne d’à peine vingt ans est baptisée. Son prénom est changé en Rebecca. Pendant deux ans, le couple vit le long de la James River, dans la plantation de Varina Farms. Un fils, Thomas, naît en janvier 1615. Le mariage permet en outre de calmer les tensions entre les Anglais et les tribus Amérindiennes. Les échanges commerciaux reprennent entre les deux peuples. Le cessez-le-feu, surnommé la « Paix de Pocahontas », durera huit ans.


Le mariage de Pocahontas et John Rolfe, huile sur toile d'Henry Brueckner, 1855, New York Executive Mansion, Albany

La Virginia Company profite du mariage entre Pocahontas et John Rolfe pour montrer le succès de son expédition, prouver que les peuples autochtones ne sont pas une menace, développer le commerce entre les deux rives de l’Atlantique, promouvoir le rapprochement entre les colons et les Amérindiens et, au passage, aider à répandre le Christianisme en Amérique du nord. L’idée de présenter la jeune indienne à la cour de Londres fait alors son chemin. Le 12 juin 1616, Pocahontas, John Rolfe et onze membres de la tribu des Powhatans, parmi lesquelles le chef spirituel Tomocomo, débarquent à Plymouth. Accueillis dans la capitale, ceux qui sont présentés comme « des sauvages » participent à différents salons auxquels assiste une partie de l’élite du royaume, notamment l’archevêque de Londres John King. Le 5 janvier 1617, plus de six mois après leur arrivée en Europe, ils sont enfin conduits à la cour du roi Jacques 1er et de sa femme la Reine Anne installés pour l’hiver au Palais de Whitehall. Pour l’occasion, un banquet et une représentation de The Vision of Delight du poète Ben Jonson sont organisés. Avant l’arrivée de Pocahontas, John Smith a pris la peine d’écrire à la reine afin de lui conseiller d’accueillir cette dernière avec tous les respects dus à une altesse royale sous peine de compromettre la paix en Virginie. Bien qu’elle n’ait jamais été considérée comme une princesse dans sa propre tribu, Pocahontas est présentée par la Virginia Company comme la fille du chef du « puissant empire Powhatan de Virginie ». Elle reçoit dès lors les égards de la cour et le respect de Jacques 1er et ce malgré le fait qu’elle n’ait au départ pas compris qu’il s’agissait-là du roi !


Monument hommage à Pocahontas, Gravesend (kentoline.co.uk)

Véritable « objet de curiosité » de son temps, Pocahontas s’installe avec son mari dans l’ouest londonien, à Brentford, dans le Middlesex. Le couple vit également à Heacham, dans le Norfolk, où réside la famille Rolfe. Au début de l’année 1617, Pocahontas retrouve John Smith qu’elle croyait mort. C’est un choc pour elle de revoir celui qu’elle surnomme alors « Père ». En mars, celle-ci embarque avec John Rolfe à bord d’un navire en partance pour la Virginie. Alors que le vaisseau navigue sur la Tamise à la hauteur de Gravesend, à l’est de Londres, à seulement quelques kilomètres de l’accès à la Manche, Pocahontas devient subitement gravement malade. Peut-être atteinte de la variole, de la tuberculose ou bien victime d’une pneumonie, elle est immédiatement ramenée à terre. Elle décède quelques temps plus tard. Elle a environ vingt-et-un ans… Ses derniers mots auraient été « Tout doit mourir un jour, pourvu que son enfant continue à vivre ». Pocahontas aurait été enterrée le 21 mars 1617 sous le chœur de l’église Saint George de Gravesend. Aucune trace de sépulture n’a cependant résisté à un incendie survenu en 1727. Une statue en bronze grandeur nature honore sa mémoire… Après sa mort, John Rolfe et son fils Thomas retournent s’installer en Amérique. La guerre entre les Anglais et les Amérindiens reprend dès 1622… Plusieurs familles d’Américains prétendent aujourd’hui descendre de Thomas Rolfe et, donc, de Pocahontas. Par elles, la famille de l’ex-première dame Nancy Reagan ou bien encore celle de la sénatrice Elizabeth Warren, la candidate à l’investiture démocrate que le président Donald Trump surnommait avec verve et vulgarité « Pocahontas »…

Pocahontas, une héroïne Disney

Au moment d’adapter la légende de Pocahontas, Mike Gabriel et Eric Goldberg, les réalisateurs, ainsi que Carl Binder, Susannah Grant et Philip Lazebnik, les responsables du scénario, doivent évidemment composer afin de rendre la grande Histoire accessible au plus grand nombre. Premier changement de taille, seule la rencontre entre la princesse indienne et John Smith est retenue. Celle-ci est alors transformée en romance alors que les deux protagonistes n’ont, semble-t-il, jamais été amants. Le personnage de John Rolfe, quant à lui, est évacué de l’intrigue tout comme le voyage à Londres et la mort tragique de l’héroïne. Afin de montrer la tension croissante entre les Anglais et les Amérindiens, tous font également le choix d’isoler le personnage de John Ratcliffe, le capitaine du Discovery et futur président de la colonie de Jamestown, et d’en faire le principal antagoniste de l’histoire alors même que sa réputation était d’être un homme sage cherchant à nouer des liens de paix avec les tribus locales. Surtout, il s’est agi pour les auteurs de Disney de modifier en profondeur le personnage de Pocahontas, en commençant par changer son âge, l’adolescente de douze ou treize ans au moment de sa rencontre avec Smith devenant, de fait, une jeune femme plus mûre.

C’est donc bien cette jeune femme qui apparaît à l’écran à la huitième minute du film. Debout sur un piton rocheux, au sommet d’une falaise d’où chute une cascade, Pocahontas contemple l’horizon, bercée par l’esprit du vent qui fait virevolter des feuilles autour d’elle. Surplombant la majestueuse forêt et la rivière qui la traverse, elle apprend grâce à son amie Nakoma, qui l’observe depuis son canoë, que son père, le valeureux et respecté chef Powhatan, est rentré victorieux de sa guerre contre la tribu des Massawomeks. Ravie d’apprendre la nouvelle, elle partage sa joie avec ses amis, le colibri Flit et le raton-laveur Meiko. Mais plutôt que de courir à travers les bois retrouver les siens, Pocahontas, vraie tête brulée, décide une fois encore de plonger du haut de la falaise. La « Petite capricieuse », toujours aussi espiègle, fait basculer l’embarcation, plongeant Nakoma dans la rivière. Le calme revenu, elle explique à sa meilleure amie avoir refait ce rêve étrange qui occupe son esprit.

De retour au village, Pocahontas retrouve son père qui, devant son peuple, encense le brave guerrier Kocoum. Heureuse de retrouver son paternel, seule figure familière depuis la mort de sa mère survenue jadis, elle raconte alors son mystérieux rêve. Quelque-chose de fantastique va lui arriver, pense-t-elle. Le chef Powhatan confirme son impression en lui annonçant que Kocoum a demandé sa main. Mais Pocahontas, loin de sauter de joie, accueille la nouvelle avec circonspection. Un homme si solennel n’est, de toute évidence, pas fait pour elle. Son père pense au contraire qu’il sera un époux formidable, fidèle et protecteur. Leurs deux visions de l’avenir semblent à l’évidence totalement différentes. Powhatan tente de faire comprendre à sa fille l’importance du rôle qui est le sien au sein de la tribu. « Même le torrent sauvage doit rejoindre la rivière ». Il lui offre le collier porté par sa mère au moment de leur mariage et confirme que l’esprit de cette dernière continue d’agir sur lui.

De nouveau seule au bord de la rivière, Pocahontas réfléchit. Le chemin que son père a tracé pour elle ne lui semble pas être juste. Cette sagesse, ce calme qu’il lui demande d’adopter n’est pas ce qu’elle désire. Au cours d’un numéro musical, l’héroïne confie alors ses envies et ses espérances. Elle rêve d’une vie de liberté, d’une existence insouciante au cœur de la nature. Elle imagine cet inconnu, ce voyageur de la mer qui viendra à sa rencontre au détour de la rivière. Surtout, elle s’interroge. Doit-elle laisser tomber ce rêve pour rentrer dans ce droit chemin ? Doit-elle épouser Kocoum et laisser derrière elle cet homme mystérieux dont elle ignore tout ?...

Grand-Mère Feuillage, dont l’esprit sage est niché au cœur d’un arbre, est d’une aide infinie pour tenter de répondre à ces questions. Ses conseils, en effet, sont toujours très précieux. Le vieil esprit, qui ne semble pas apprécier outre mesure l’idée d’un mariage avec Kocoum, saura. Pocahontas raconte son rêve. Elle se promène dans les bois. Soudain, elle aperçoit à ses pieds une chose qui tourne. Ce n’est qu’une flèche. Elle tourne de plus en plus vite puis soudain, elle s’immobilise. Grand-Mère Feuillage, qui avait autrefois déjà conseillé sa mère, comprend que cette flèche indique à Pocahontas le droit chemin et que celle-ci doit écouter les esprits qui ne manqueront pas de la guider à l’instar de celui du vent qui l’encourage à monter à la cime de Grand-Mère Feuillage d’où elle aperçoit d’étranges nuages, les voiles blanches du Susan Constant, le navire des colons anglais qui pénètre dans l’estuaire de la James River...

Attisée par la curiosité, Pocahontas prend le risque de s’approcher dangereusement de ces inconnus. Menacée par l’insouciance de Meiko, véritable ventre sur pattes, elle est sauvée in-extremis par Flit qui empêche John Smith de s’approcher d’elle. La rencontre se produit malgré tout. Suivant aussi discrètement que possible l’explorateur, l’héroïne ne prendre pas garde et ne pense pas à cacher son reflet dans l’eau calme de la rivière. Smith l’aperçoit. Caché derrière le rideau d’eau de la cascade, il arme son fusil et s’apprête à tirer. Bondissant de sa cachette, il reste cependant coi en découvrant la belle indienne, debout sur un rocher, tel un mirage dissimulé derrière les projections d’eau. Les cheveux au vent, elle observe ce mystérieux étranger qui se tient là, au détour de la rivière. Lui tente alors de s’approcher. C’en est trop. Elle prend la fuite.

Suivie par Meiko et Flit, Pocahontas s’enfuit en courant dans les bois. Le début de son rêve ? Elle arrive sur le bord de la rivière quand elle est rattrapée par John Smith. Elle accepte alors de braver sa peur et tente de communiquer. L’esprit du vent souffle. La barrière de la langue disparaît par magie. Elle donne son nom à cet étranger qui se présente à son tour. Pendant que les colons commencent à creuser et que les Indiens préparent leur défense, tous les deux s’installent au pied d’un arbre immense. Pocahontas découvre les objets emmenés avec lui par John Smith, à commencer par son casque puis sa boussole. Smith en apprend plus sur la culture des Indiens. Rapidement, l’explorateur avoue les motivations de ses compagnons, notamment construire des villes, des routes et des maisons et, de fait, sacrifier cette nature sauvage intemporelle. Pocahontas découvre aussi ce racisme latent qui conduira sans doute à détruire la culture de ceux qui passent encore aux yeux des Anglais pour des « sauvages ». Consternée, elle se doit dès lors de raisonner cet inconnu en lui ouvrant les yeux afin de lui faire découvrir les merveilles qui les entourent, porté par l’air du vent…

Cette découverte de la formidable faune et de la flore environnantes est une leçon de vie qui n’a pas de prix. John Smith comprend que les siens et lui sont dans l’erreur. La découverte de ses compagnons en train de défoncer le terrain sur lequel ils viennent pourtant à peine de débarquer est un choc. En plus de cette fibre humaniste que Smith comprend enfin, la romance entre ces deux êtres que tout sépare commence à naître. Les tambours de guerre ont toutefois tôt fait de ramener tout le monde à la triste réalité. Les Anglais sont des envahisseurs. Les Indiens ne se laisseront pas faire. La paix est plus qu’hypothétique. En fait, elle semble totalement utopique…

De retour au village, Pocahontas tente de reprendre une vie normale. Avec Nakoma, elle se charge de la récolte du maïs. Son père, inquiet de la situation, leur conseille de ne pas trop s’éloigner. Soudain, John Smith reparaît. Il s’en est fallu de peu que le chef Powhatan et lui se retrouvent nez à nez. Nakoma comprend que ce n’est pas la première fois que Pocahontas et lui se rencontrent. Ils s’enfuient avant que Kocoum n’arrive. Au pied de l’arbre de Grand-Mère Feuillage, tous les deux poursuivent leur discussion. Pocahontas apprend que les Anglais cherchent un or qui, en réalité, n’existe pas. John Smith comprend que cette quête est absolument vaine. Soudain, l’esprit de Grand-Mère Feuillage prend forme. Smith n’est pas sûr d’en croire ses yeux. Grand-Mère Feuillage se révèle une seconde fois et constate que cet homme a le cœur pur. L’explorateur se laisse emporter par cette magie des ancêtres lorsque ses compagnons Lon et Ben s’approchent dangereusement de lui. Le vieil esprit se charge de les faire déguerpir. Smith se doit de retourner à son camp pour éviter que d’autres colons ne se lancent à sa poursuite. Restée seule, Pocahontas confie ses doutes sur le bienfondé de cette relation avec John Smith. Elle comprend que son rêve est certainement en train de se réaliser et que cette flèche qui tourne pointe en réalité vers Smith.

Mais les choses se compliquent lorsque les tribus alliées viennent joindre leurs forces à celles des Powhatans. Du côté des Anglais, la tension est aussi à son comble. La guerre n’a jamais été aussi proche. Pocahontas doit donc d’urgence chercher un moyen de garantir la paix. Il lui faut prévenir John Smith. Malgré les protestations de Nakoma, elle décide de le retrouver afin de le convaincre d’aller parler à son père. Réluctant, Smith accepte finalement. Les deux amants échangent un baiser. Les choses dégénèrent quand Kocoum, embusqué derrière un buisson, les surprend et tente de tuer le colon. Thomas, envoyé sur les traces de son ami, tire. Kocoum est tué. Thomas, sous le choc, est renvoyé au camp. John Smith est fait prisonnier à sa place par les Indiens. Il sera exécuté à l’aube pour le meurtre de Kocoum. Pocahontas voit la situation lui échapper totalement. Le désespoir est à son paroxysme…

L’espoir semble vain désormais. Pocahontas, qui prend le risque d’aller voir John Smith captif, ne peut que regretter cette situation. Se sentant responsable de tout, elle voit les choses dégénérer malgré elle. Les Anglais et les Indiens vont s’entretuer au petit matin. La guerre est inévitable à présent. Même Grand-Mère Feuillage, qui tente de redonner du courage à Pocahontas, est incapable de trouver les mots. Aucun réconfort n’est possible. Meiko tente cependant de trouver une voie. Sortant de sa cachette la boussole qu’il a volée à John Smith, il la tend à Pocahontas. Elle y voit son rêve s’accomplir. La flèche tourne. C’est la solution de son rêve. La flèche la guide vers John Smith. Elle, et elle seule, peut encore sauver la paix et, par la même, celui qu’elle aime.

L’exécution est sur le point d’avoir lieu. John Smith, ligoté, aura le crâne fendu. Le chef Powhatan ne renoncera pas. Les Anglais eux-mêmes sont prêts au combat. À la dernière seconde, Pocahontas s’interpose entre son père et Smith. Pour la première fois, elle tient tête à son paternel, à son chef pour sauver celui qu’elle a choisi. Powhatan est effaré. Pocahontas tente de lui ouvrir les yeux. Le chemin qu’il a tracé, comme celui des Anglais, est celui de la haine. L’esprit du vent termine de convaincre le vénérable Powhatan que sa fille a raison. Il renonce à sa vengeance. Smith est libre. Le vil Ratcliffe ne l’entend toutefois pas de cette oreille. Voyant dans tout ceci une supercherie, il décide de faire le premier pas et ouvre le feu. Smith s’interpose. Il est touché par la balle destinée au chef Powhatan. Son corps s’effondre. Ratcliffe vient de commettre l’irréparable. Il est neutralisé par ses hommes.

Plus tard dans la journée, le Susan Constant est réarmé afin de ramener le plus vite possible John Smith à Londres pour qu’il y reçoive les soins nécessaires à sa survie. Pocahontas tient à être là pour ce départ précipité. Les Indiens eux-mêmes ont fait le déplacement avec leur chef. L’héroïne offre à Smith un peu de sève extraite du tronc de Grand-Mère Feuillage pour calmer sa douleur. Anéantie, elle doit se résoudre à laisser celui qu’elle aime partir au-delà de l’océan. Cela sous-entend qu’ils ne se reverront sans doute plus jamais. Pocahontas a alors le choix de partir avec lui vers ce monde inconnu. Mais il faudrait pour cela qu’elle abandonne son propre peuple. Ne pouvant s’y résoudre, elle décline. Elle avoue cependant que son amour pour John Smith sera éternel et qu’il restera à jamais une flamme dans son cœur. La séparation est déchirante. Smith est embarqué à bord du navire. Pocahontas, soutenue par les siens, sent l’émotion monter. La fin heureuse tant espérée n’est pas au rendez-vous. Se précipitant dans les bois, Pocahontas tente de suivre le navire qui s’éloigne vers l’horizon aidé par l’esprit du vent qui pousse ses voiles pour permettre à Smith de rejoindre le plus vite possible sa contrée afin d’y être sauvé. Le cœur gros, elle voit son amour s’évanouir vers le lointain, sans aucun espoir de retour…

La conception du personnage

Lorsqu’ils débutent au début des années 1990 la production de Pocahontas, une Légende Indienne, les artistes de Disney partent du principe qu’une fois n’est pas coutume, il n’y aura pas de fin heureuse. En cela, ils restent fidèles à un pan de l’histoire en séparant brusquement l’héroïne de John Smith, un choix qui, au moment de la sortie du film, en a choqué plus d’un. « Leur » Pocahontas apparaît ainsi telle une femme de caractère, un personnage fort, très fort, capable de renoncer à son grand amour pour justement lui sauver la vie. Pleine d’esprit, elle est également conçue comme une enfant de la nature, en osmose parfaite avec la faune et la flore qui l’entourent. Elle est ainsi l'une des rares à communiquer avec les esprits, qu’il s’agisse de celui de Grand-Mère Feuillage, ou bien de celui du vent, peut-être l’esprit de sa défunte mère comme le suggère le chef Powhatan au début du film. Philosophe mais tout à fait consciente des enjeux provoqués par cette rencontre improbable entre les Anglais et son peuple, Pocahontas est un personnage courageux, qui n’a pas peur de rompre avec la tradition et d’aller à l’encontre des siens. Elle est notamment la seule de sa tribu à ne pas éprouver de rejet pour ces hommes blancs qui viennent de débarquer. Son amour avec John Smith, rejeté des deux côtés, donne par ailleurs à l’histoire des airs de Roméo et Juliette. Elle profite enfin de ce caractère humaniste dont semble dépourvue la majorité des protagonistes du film avant que certains d’entre eux n’entendent raison. Elle possède, de surcroît, cette conscience écologiste qui, au moment de la sortie du film en 1995, s’apparentait davantage à une chimère utopique qu’à une véritable cause planétaire.

Si son esprit est aiguisé et ses sentiments louables et forts, Pocahontas n’en reste pas moins un être espiègle dont le caractère est parfois proche de celui d’un enfant. À l’évidence, l’héroïne n’est plus une adolescente de douze ans. Le public ignore d’ailleurs quel âge elle peut bien avoir. Si son corps est celui d’une jeune femme, Pocahontas garde des réflexes enfantins. Aussi, elle n’en fait souvent qu’à sa tête. Plutôt que de passer par les bois pour retrouver Nakoma, elle préfère ainsi notamment sauter d’une falaise haute de plusieurs dizaines de mètres. Une fois dans l’eau, elle s’amuse à éclabousser son amie et à jouer avec elle dans l’eau. Elle s’amuse également avec les animaux qui l’entourent et qui, en partie conçus par le vétéran Joe Grant, permettent d’apporter le support comique à un film qui, sans cela, manquerait cruellement d’humour.

Au moment de se lancer dans la production de Pocahontas, une Légende Indienne, les artistes de Disney ignorent encore quelle apparence donner au film. Rapidement, choix est fait de confier la direction artistique à Michael Giaimo qui, avec les réalisateurs Mike Gabriel et Eric Golberg et la responsable des décors Cristy Maletese, penche pour un style graphique à mille lieues de ce que les studios ont fait au cours des dernières décennies. Comme ceux de La Belle au Bois Dormant jadis, les décors, dès lors, sont conçus avec raffinement en misant sur la démesure des paysages dont la hauteur est renforcée encore par l’usage intensif de lignes droites verticales. Le gigantisme des arbres, des pitons rocheux, des falaises, nécessitent dès lors d’adapter le design des personnages au premier rang desquels Pocahontas.

Mike Gabriel s’est lancé le premier en concevant en 1990 le concept art initial de l’héroïne. L’objectif est de vendre le projet aux dirigeants de Disney. Il prend alors le pari de reprendre une figure familière des studios et de représenter Pocahontas avec les traits de Lily la Tigresse, le personnage de Peter Pan, montrée fière, le menton relevé et les bras croisés. Rapidement, d’autres croquis et autres caricatures naissent, notamment sous la plume de Joe Grant qui, soixante ans plus tôt, avait travaillé sur Blanche Neige et les Sept Nains, Pinocchio, Fantasia ou Dumbo. Si ses esquisses sont une source d’inspiration inestimable, en particulier pour les personnages d’animaux, Flit, Meiko et Percy, elles ne conviennent cependant pas vraiment aux humains. Les protagonistes doivent s’adapter au style graphique du film. Les décors sont rectilignes et anguleux. Les personnages doivent s’y conformer. Les premiers dessins de Pocahontas sont laissés de côté.

Esquisse par Joe Grant
Esquisse par Mike Gabriel
Esquisse par Glen Keane

La création de Pocahontas est alors confiée à Glen Keane. Animateur de talent passé sur les bancs du California Institute of the Arts (CalArts) avant d’être engagé par Filmation, celui-ci débute sa carrière chez Disney en 1974 en participant à la production des (Les) Aventures de Bernard et Bianca. Sous l’égide d’Eric Larson, de Frank Thomas, d’Ollie Johnston, de John Lounsbery, de Wolfgang Reitherman et de Milt Kahl, les derniers pionniers qui partent tous progressivement à la retraite, il collabore ensuite à la réalisation de Peter et Elliott le Dragon, Rox et Rouky, Le Noël de Mickey, Taram et le Chaudron Magique, Basil, Détective Privé et Oliver & Compagnie. Créateur de Ratigan et de Sykes, il brille en 1989 puis durant la décennie 1990 en donnant vie à Ariel, Marahute, la Bête, Aladdin et Tarzan, puis à John Silver dans La Planète au Trésor - Un Nouvel Univers, sorti en 2002. Créateur du style de Raiponce, il quitte Disney et réalise Duet, Nephtali et Dear Basketball, qui lui vaut de remporter l’Oscar du Meilleur court-métrage d’animation en 2018, et enfin le long-métrage Voyage vers la Lune distribué sur Netflix.

Lorsqu’il est chargé de créer Pocahontas, Glen Keane est encore au travail sur Aladdin. Une fois ce film terminé, il se plonge alors dans l’histoire des Amérindiens et des premiers colons en se rendant à Jamestown, à l’endroit même où fut fondée la première colonie anglaise en 1607, l’année où se déroule l’action de Pocahontas, une Légende Indienne. Là, il fait notamment la rencontre de Shirley et Debbie Littledove, deux descendantes de la tribu originelle des Powhatans qui lui exposent et lui expliquent la culture de leurs ancêtres. Frappé par la spiritualité de ces deux femmes, Glen Keane se met bientôt en tête de créer une animation toute en délicatesse pour sublimer le caractère de l’héroïne. L’animateur s’entretient aussi beaucoup avec Irene Bedard, la comédienne choisie pour prêter sa voix à la princesse indienne et dont la famille possède des origines Inuit et Cree. L’objectif, clairement, est alors de contrer cette difficulté inhérente à la création d’un personnage qui a réellement vécu. Il ne faut offenser personne, en particulier des minorités ethniques si souvent caricaturées aux États-Unis. Il faut par ailleurs que l’hommage soit beau. Il y a la nécessité absolue de faire attention à ce que le personnage dit et fait et à la manière dont il est dessiné et animé.

Bien décidé à offrir à son personnage une animation réaliste et en tous points remarquable, Glen Keane s’éloigne totalement du style Disney qu’il a maintes fois utilisé, notamment pour donner vie à Ariel. Il laisse ainsi de côté les figures poupines, les grands yeux clairs émerveillés, les nez en trompette, les sourires enchanteurs, les chevelures amples et ondulées. À la place, il donne à Pocahontas un port altier, royal, avec un visage très anguleux, rempli de dignité, des yeux d’un noir perçant, un nez dit « grec », des lèvres pulpeuses, une chevelure d’un noir intense, un physique élancé, des épaules carrées, mais aussi des expressions et une gestuelle très sobre, lente, maîtrisée, mais redoutablement efficace. Pour ce faire, il puise son inspiration dans l’ouvrage Feminine Beauty de Kenneth Clark, publié en 1980. Irene Bedard, une fois encore, est également une référence importante et une source d’inspiration énorme. Les journaux de l’époque ajoutent comme modèle la mannequin Noami Campbell. Pour accentuer le caractère libre de la jeune femme, Glen Keane décide de jouer beaucoup sur sa chevelure. Dans la plupart des scènes, les cheveux de l’héroïne sont ainsi joliment animés telle une masse dynamique, ample et par certains aspects, très sensuelle.

Dans son travail, Glen Keane est aidé par l’ensemble des concepteurs graphiques engagés sur le film, en particulier l’artiste Jean Gillmore chargée d’étudier et de concevoir les costumes des différents personnages. Pour mener correctement ce travail, celle-ci consulte des historiens, des archéologues et des spécialistes des cultures amérindiennes. La difficulté, là-encore, est de ne pas tomber dans les travers et les poncifs du genre. Les Indiens du film n’ont rien à voir avec ceux des Grandes Plaines si souvent représentés, voire caricaturés, dans les westerns. Les Amérindiens de Virginie ne vivent pas dans des tipis mais bien dans des maisons. Ils ne se baladent pas à moitié nus mais portent des vêtements joliment réalisés avec des peaux de bêtes et du tissu. Ils ne portent pas de plumages de manière ostensible mais des bijoux et des coiffes finement travaillés. Pour les colons, le choix est rapidement fait de partir dans des couleurs tournant autour du gris, du marron, de l’orange, du kaki. John Ratcliffe sort du lot et détonne avec son costume violet, pourpre et rouge. John Smith lui-même, avec son uniforme bleu, dénote du groupe. Pour les Amérindiens, des couleurs plus claires priment comme le beige et le blanc. Pocahontas, comme John Smith, dénote grâce au collier de sa maman que son père lui offre au début du film. L’héroïne porte ainsi une touche de bleu qui se rapproche de celui du costume de John Smith.

Aux côtés de Glen Keane, c’est une véritable armée d’animateurs qui se succèdent pour donner vie à la princesse indienne. Certaines scènes sont ainsi animées par Mark Henn. Engagé chez Disney en 1980, ce dernier a notamment travaillé sur Le Noël de Mickey, Taram et le Chaudron Magique, Basil, Détective Privé, Oliver & Compagnie, Bernard et Bianca au Pays des Kangourous, Lilo & Stitch et donné vie à des personnages comme Ariel, Belle, Jasmine, Simba, Mulan et Fa Zhou, Grace et Wesley, Tiana, Winnie l’Ourson… D’autres passages ont été créés par Tom Bancroft (Iago, Simba, Mushu, Truc et Muche), Pres Antonio Romanillos (La Bête, Shan-Yu, le Prince Naveen), Randy Haycock (Simba adulte, Bébé Hercule, Clayton, Kida, Jim Hawkins, le Prince Naveen, Bourriquet), Michael Show (Big Ben, Abu, Timon, les Muses, Mrs. Caloway, Ray).

Mark Henn
Tom Bancroft
Pres Romanillos
Randy Haycock
Aaron Blaise
John Ripa

Également au travail sur le personnage de Pocahontas, figure le co-réalisateur de Frère des Ours Aaron Blaise, l’un des animateurs de la Bête, de Rajah, de Nala et de Yao. À ses côtés, ont aussi œuvré Bob Bryan (le Sultan, Nala, Phoebus, Mégara, Jane Porter, Kenai), Trey Finney (Lumière, Quasimodo, Shan-Yu, Lilo, Koda), Doug Krohn (Belle, Jasmine, Esméralda, Hercule, Jane Porter, Milo Thatch, Jim Hawkins), Ben Hettig (Aladdin), Brad Kuha (La Bête, Aladdin, Mufasa, Phoebus), Tom Gately (Quasimodo, Hercule, Mulan, Pacha, John Silver, Tanana), Gilda Palinginis (Lumière, le Génie, Nala, Esméralda, Hercule), John Ripa (Quasimodo, bébé Tarzan, Jim Hawkins), Ralph Palmer (Quasimodo, Milo Thatch) et Eric Walls (Quasimodo, bébé Hercule, Tiana).

Les Voix de Pocahontas

Pour prêter sa voix à Pocahontas, les directeurs de casting Brian Chavanne, Ruth Lambert et Karen Margiotta engagent en septembre 1992 la comédienne Irene Bedard. Née à Anchorage, en Alaska, le 22 juillet 1967, Bedard possède du sang Inuit et Cree, une tribu indienne qui vivait à l’ouest du Lac Supérieur et au Québec. Diplômée de l’Université des arts de Philadelphie, elle débute modestement sa carrière sur les planches. Au moment où elle est approchée pour le rôle de Pocahontas, elle participe au tournage de sa première fiction, le téléfilm Lakota Woman, Siège à Wounded Knee sous la direction de Frank Pierson. Elle joue ensuite Nakooma dans Squanto : A Warrior’s Tale, un long-métrage produit par les studios Disney et racontant l’histoire de la tribu Patuxet et de sa rencontre avec les premiers colons. Abonnée aux rôles d’Amérindienne, Irene Bedard apparaît également au générique de Navajo Blues, Song of Hiawatha, Phoenix Arizona, 12 Bucks, The Tree of Life, Les Chansons que Mes Frères M’Ont Apprises ou bien encore de la série Into the West. Elle campe par ailleurs la mère de Pocahontas dans le film Le Nouveau Monde réalisé en 2005 par Terrence Malick.

Irene Bedard
Judy Kuhn

Quelques mois avant Irene Bedard, les studios Disney choisissent la chanteuse et comédienne Judy Kuhn pour interpréter Au Détour de la Rivière et L’Air du Vent, deux des magnifiques chansons composées par le duo Alan Menken et Stephen Schwartz. Née à New York le 20 mai 1958, elle fait ses études à l’Oberlin College et suit les cours de chants de Frank Farina grâce à qui elle parvient à intégrer le Conservatoire de musique d’Oberlin. Diplômée en 1981, elle suit des leçons de théâtre et vit ses débuts à Broadway dans la comédie musicale Droods de Rupert Holmes. Vue dans le bide Rags déprogrammé au bout de quatre représentations, elle joue ensuite Cosette dans Les Misérables, un rôle qui lui vaut une première nomination pour le Tony Award de la Meilleure actrice. Aprés Chess pour lequel elle est nommée une seconde fois, elle apparaît à Londres dans Metropolis puis revient à Broadway dans Two Shakespearean Actors qui s’avère être un échec commercial. Judy Kuhn joue alors dans She Loves Me pour lequel elle est pour la troisième fois en lice aux Tony Awards, puis dans Sunset Boulevard et King David, un spectacle écrit par Tim Rice et Alan Menken que les studios Disney imaginent un temps adapter à l’écran. En 2007, elle incarne cette fois Fantine dans Les Misérables qui fête ses vingt ans à Broadway. Vedette de Passion, de Fun Home, de Fiddler on the Roof, elle apparaît en parallèle à la télévision dans des séries comme New York, Police Judiciaire, La Force du Destin… En plus d’un bref caméo dans Il Était une Fois dans le rôle d’une mère de famille submergée par ses enfants, elle prête sa voix à la princesse Ting Ting dans Mulan 2 : La Mission de l’Empereur.

Dans la version française, Pocahontas est doublée par la comédienne Mathilda May. Née à Saint-Ouen le 8 février 1965, elle étudie la danse au Conservatoire de Paris et obtient le premier prix. Elle décroche son premier rôle dans le film Nemo en 1984. Elle apparaît ensuite dans Les Rois du Gag, Lifeforce, Le Cri du Hibou, Trois Places pour le 26 et remporte en 1989 le prix Romy Schneider. À l’affiche de Devenir Colette, du (Le) Chacal, de La Fille Coupée en Deux, des (Les) Infidèles, elle mène en parallèle une carrière à la télévision et au théâtre. Elle remporte en 2010 le Molière du metteur en scène pour Le Banquet produit au Théâtre du Rond-Point.

Mathilda May
Laura Mayne

Comme dans la version originale, les chansons interprétées par Pocahontas sont confiées à une autre artiste, Laura Mayne. Née à Villemonble le 20 janvier 1968, elle fait ses études au conservatoire puis devient, avec sa sœur Chris, choriste de Nirvana et Gérald de Palmas. Toutes les deux créent le groupe Native en 1991 et remportent un beau succès avec les tubes Si la Vie Demande Ça et Tu Planes sur Moi qui leur valent de remporter la Victoire de la Révélation du meilleur groupe de l’année 1993. Leur reprise de L’Air du Vent occupe au passage les premières places du Top 50 pendant plusieurs semaines.

Le Retour de Pocahontas

Les studios Disney continuent d’explorer l’histoire de Pocahontas avec la sortie, trois ans après le film original, de Pocahontas 2 : Un Monde Nouveau. Produit chichement pour le marché de la vidéo, cette suite débute quelques années après la fin de Pocahontas, une Légende Indienne. La belle princesse vient d’apprendre que John Smith est mort. Acceptant de tourner la page pour poursuivre sa vie sans lui, elle fait alors le choix d’enterrer sa boussole, seul souvenir de cet amour passé. Devenue une habituée du fort de Jamestown où les relations avec les colons et les Amérindiens sont plus tendues chaque jour, elle fait bientôt la rencontre de John Rolfe, nouvellement arrivé en Virginie. Ensemble, tous les deux entreprennent de traverser l’océan Atlantique afin que Pocahontas soit présentée au roi Jacques 1er et que de bonnes relations soient enfin confirmées entre les deux peuples.

Arrivée à Londres, Pocahontas est l’objet de toutes les curiosités. Les Anglais, en effet, sont stupéfaits par cette jeune « sauvage » venue du Nouveau Monde. Pocahontas, elle-même, ne cache pas sa surprise en découvrant cette civilisation si différente de la sienne. En parcourant les rues de la capitale, elle tombe soudain sur John Ratcliffe, l’ancien gouverneur de Virginie parvenu à revenir en grâce auprès du roi. Pire, il a réussi à le convaincre de rassembler une armada pour aller faire la guerre en Amérique. La paix est dangereusement hypothéquée. Pocahontas est alors la seule capable de raisonner le souverain. Aidée par Mrs. Jenkins, la gouvernante de John Rolfe, elle est apprêtée pour rencontrer le couple royal. Si la reine Anne lui réserve bon accueil, le roi Jacques 1er est plus sceptique. Les pourparlers de paix dégénèrent finalement lorsque Ratcliffe, pour amuser la galerie, offre un numéro de dressage d’ours. L’animal est maltraité. Pocahontas est outrée. Le roi Jacques 1er, ne voyant pas où est le mal, ne peut retenir sa colère. Pocahontas est arrêtée et incarcérée.

Elle n’est libérée que grâce à John Rolfe et surtout à John Smith. Pocahontas découvre alors avec stupéfaction que ce dernier n’est en réalité pas mort contrairement à ce qu’elle a cru durant tout ce temps. Elle est d’autant plus interdite qu’une romance avec Rolfe était en train de naître. Les idées se bousculent dans son esprit mais dans l’immédiat, son devoir lui impose de tout faire pour sauver la paix. Avec Smith et Rolfe, Pocahontas décide donc de retourner voir le roi. Bientôt convaincu, ce dernier regrette toutefois que Ratcliffe soit déjà en train de préparer le départ de son armada. Le temps presse. Pocahontas et ses alliés se rendent au port de Londres pour empêcher le terrible gouverneur de provoquer la guerre. La princesse indienne parvient in-extremis à sauver la situation. Ratcliffe est mis aux fers. La paix est sauve. Pocahontas fait le choix de repartir vers le Nouveau Monde accompagnée par Rolfe. Happy End

Produite avec peu de moyens et surtout peu de considération pour le premier film, Pocahontas 2 : Un Monde Nouveau donne l’occasion au public d’explorer plus en avant l’histoire de Pocahontas. Les réalisateurs Bradley Raymond et Tom Ellery et les scénaristes Allen Estrin, Cindy Marcus et Flip Kobler font en effet le choix d’introduire dans le récit le personnage de John Rolfe et d’évoquer le séjour à Londres entrepris par la princesse indienne. Le parti pris est donc tout à fait louable et l’offre, sur le papier, vraiment très intéressante. Néanmoins, comment montrer aux jeunes spectateurs le mauvais accueil teinté de racisme réservé par les Anglais à l’héroïne. Surtout, il est purement impossible de mettre en scène l’agonie de la belle dans le navire qui devait la ramener chez elle. Si Pocahontas, une Légende Indienne a fait le pari de terminer sur une fin triste, Pocahontas 2 : Un Monde Nouveau fait le choix totalement inverse. L’histoire est travestie. La réalité est trahie. Certes, la romance avec John Rolfe permet de clarifier la vérité historique, mais l’épilogue du film, tout comme l’animation, est pour sa part lamentable…

Plus que de trahir le projet initial des artistes de Disney, la filiale DisneyToon Studios se paye au passage le luxe de trahir une partie des personnages du film d’origine. Grande, forte, courageuse et optimiste, Pocahontas apparaît ainsi au début de la suite comme une personnalité durement touchée par la vie et tournée vers le passé. Se lamentant sur son propre sort, elle possède quelques moment de jovialité mais semble cependant avoir perdu ce qui faisait d’elle cette femme de caractère, à savoir son aptitude à faire primer l’intérêt collectif sur ses sentiments personnels. Arrivée à Londres, elle apparaît ensuite comme une ambassadrice bien fade, portée par les circonstances, dominée par le roi Jacques 1er et submergée par ses sentiments. Les valeurs louables défendues par les auteurs et les réalisateurs semblent dès lors contredire la vision des créateurs du personnage d’origine en tout point opposée à ce cœur d’artichaud tiède mis en scène dans cette suite sans grande saveur.

Dans Pocahontas 2 : Un Monde Nouveau, Pocahontas est animée par les équipes de Marsh Lamore, Mircea Mantta, John Kimball, Dale Case, Bob Zamboni, Takeshi Atomura, Shinichi Yoshikawa et Hirofumi Nakata d’après le design établi par Ritsuko Notani. Si dans la version originale, Pocahontas est toujours interprétée par Irene Bedard et Judy Kuhn, en français, Mathilda May a laissé la place à Yumi Fujimori, la comédienne franco-japonaise qui prêtait sa voix à Nakoma dans le premier film ainsi qu’à Gong Li dans Mulan et, entre autres, Gemma Chan dans Les Animaux Fantastiques. Pour la partie chantée, Laura Mayne est remplacée par la chanteuse canadienne Judith Bérard.

Les Autres Apparitions de Pocahontas

La carrière de Pocahontas se poursuit sur le petit écran avec des apparitions brèves mais nombreuses dans la série Disney’s Tous en Boîte. La princesse indienne est ainsi visible dans les épisodes On a Volé les Dessins Animés, Le Grand Méchant Loup, Commérages, Soirée Hadès, Thanksgiving et Monsieur Je-sais-tout où elle apparaît dans son canoé avec Meiko, Flit et… Roy E. Disney.
Pocahontas fait également indirectement un caméo dans Aladdin et le Roi des Voleurs. Alors que Cassim révèle sa véritable identité, le Génie lance une fausse armée sur le palais d’Agrabah. Usant de sa magie, il envoie la cavalerie, l’armée et les G.I.. Il se transforme lui-même en un groupe de commandos parachutistes qui sautent d’un avion et prend avec une note d’humour l’apparence de la princesse indienne.
Dans Le Roi Lion 3 : Hakuna Matata, la silhouette de Pocahontas apparaît lorsque les personnages Disney prennent place dans la salle de cinéma.
La princesse est enfin présente dans la compilation d’extraits de films Disney utilisée pour illustrée la chanson I Am With You chantée par Olaf dans le dernier épisode de la série At Home With Olaf.

Disney's Tous en Boîte
Aladdin et le Roi des Voleurs
Le Roi Lion 3 : Hakuna Matata

Pocahontas est par ailleurs le personnage des différentes adaptations de Pocahontas, une Légende Indienne en jeux vidéo sur SEGA Genesis, sur Mega Drive et sur Game Boy. Développé par Funcom (version SEGA) et Tiertex Design Studios (version Game Boy) pour le compte de Buena Vista Games, le jeu de plates-formes propose au joueur d’incarner l’héroïne et Meiko dans des niveaux reprenant les principales scènes du long-métrage.
Elle est également l’une des protagonistes des jeux mobiles Disney Magic Kingdoms, Disney’s Sorcerer’s Arena et Disney Emoji Blitz.

Pocahontas sur Mega Drive
Disney Magic Kingdoms
Disney Emoji Blitz

Septième héroïne à intégrer la franchise Disney Princesses alors même que ce titre ne lui a jamais appartenu, ni dans la réalité, ni dans le film, Pocahontas fait son retour au cinéma dans Ralph 2.0. Elle est alors visible aux côtés de ses alter-égo royales au cours de cette scène culte durant laquelle Vanellope, plongée au cœur du site Oh My Disney, fait la rencontre de toutes les princesses Disney. Animée pour la première fois par informatique, Pocahontas apparaît en train de se faire coiffer par Cendrillon. L’arrivée soudaine de Vanellope provoque une vive réaction de la part de chaque héroïne qui sort de quoi se défendre. Pocahontas saisit la massue de son père, celle-là même qui aurait dû servir à écraser le crâne de John Smith ! Intrigué par la petite fille aux bonbons, elle demande avec défiance quelle genre de princesse elle est. Les artistes de Disney profitent de cette scène dans Ralph 2.0 pour se moquer au passage gentiment de leur héritage en montrant les cheveux de Pocahontas soulevés par le vent alors même que la pièce est close. L’esprit du vent avec ses petites feuilles bleues et turquoise continue également de tournoyer autour d’elle !

Après avoir attesté que Vanellope est bien l’une d’entre elles, les princesses abandonnent leurs costumes royaux pour des tenues plus décontractées. Pocahontas apparaît avec Meiko sur ses genoux. Elle porte alors un legging beige avec des motifs tribaux, un débardeur bleu et par-dessus, un pull violet sur lequel est imprimé le profil d’un loup hurlant à la Lune, référence à la chanson L’Air du Vent. À la fin du film, Pocahontas participe au sauvetage de la situation avec l’aide de l’esprit du vent.

Pocahontas dans les Parcs à thème Disney

Pocahontas fait partie des personnages favoris des visiteurs des Parcs Disney à travers le monde. Elle est ainsi souvent présente dans différents points photos et de nombreux spectacles, parfois avec Meiko, John Smith et John Ratcliffe. Elle apparaît notamment dans le spectacle World of Color donné chaque soir dans le Parc Disney California Adventure de Disneyland Resort. À Walt Disney World Resort, elle fait également partie du spectacle Fantasmic! durant lequel John Smith et elle tentent de ramener la paix entre les colons et les Amérindiens. Dans le Parc Disney’s Animal Kingdom, Pocahontas était la vedette de son propre spectacle, Pocahontas and her Forest Friends. Joué pendant dix ans entre 1998 et 2008, le show permettait aux visiteurs d’en apprendre plus sur la vie des animaux de la forêt et sur la manière de les protéger.

World of Color
Pocahontas and her Forest Friends

À Hong Kong Disneyland, Pocahontas, Meiko et Flit sont intégrés dans la section américaine d’it’s a small world. Présente dans le spectacle The Golden Mickeys donné à bord des navires de la Disney Cruise Line, la princesse indienne a plusieurs fois fait des apparitions à Disneyland Paris, notamment au cours de la parade et du spectacle mis au point au moment de la sortie du film en 1995. L’aire de jeux de Frontierland a longtemps porté son nom, Pocahontas Indian Village, avant d’être rebaptisée le 27 juin 2019 Frontierland Playground. Des images de Pocahontas, une Légende Indienne ont également été diffusées dans les différentes versions du film présentés dans feu l'attraction The Art of Disney Animation, au Parc Walt Disney Studios.

it's a small world
Spectacle Pocahontas à Disneyland Paris

Personnage fort, emblématique de l’histoire des États-Unis, Pocahontas fait partie des grandes héroïnes ayant profondément marqué le public. Inscrite dans l’inconscient collectif des Américains, à l’inverse du reste du monde où elle était restée fort méconnue avant la sortie du grand classique de 1995, elle demeure l’une des figures féminines les plus appréciées de l’écurie Disney grâce à son message de paix, de tolérance, de respect, mais aussi grâce à son rapport à la nature, indéniablement très en avance sur son temps.

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