Rachel
Date de création :
Le 01 janvier 2000
Nom Original :
Rachel
Créateur(s) :
Eric Goldberg
Susan Goldberg
Bert Klein
Apparition :
Cinéma
Télévision

Le portrait

rédigé par Karl Derisson
Publié le 01 juillet 2021

Au début des années 1990, Roy E. Disney, fils de Roy O. et neveu de Walt Disney, lance la production de Fantasia 2000 et entreprend alors de concrétiser l’un des rêves avortés de son oncle, donner une suite à Fantasia, le concert animé sorti en 1940. Pour ce faire, les plus grands compositeurs passés et contemporains sont convoqués. Parmi eux, Paul Dukas, Ludwig Van Beethoven, Ottorino Respighi, Dmitri Chostakovitch, Camille Saint-Saëns, Sir Edward Elgar, Igor Stravinsky ou bien encore George Gershwin, dont l’une des plus belles partitions, Rhapsody in Blue, illustre avec brio la vie d’une poignée de New-Yorkais emportés malgré eux par le tourbillon de la ville à l’image de la petite Rachel, une fillette malheureuse de devoir chaque jour être séparée de ses parents accaparés par leur travail.

Rachel ou la Solitude de l'enfance

La clarinette de Jim Kanter se met à vibrer. Une ligne claire trace les contours des gratte-ciel dont les lumières percent l’obscurité de la nuit. Le jour se lève sur la skyline de New York. La ville et ses habitants s’éveillent. Les résidents du Goldberg, un immeuble d’appartements cossu, surgissent par la porte tambour. Parmi eux, la petite Rachel et ses parents. La fillette est ravissante. La maman ferme son manteau pour qu’elle n’attrape pas froid. Le papa, pressé, regarde sa montre. La maman fait une caresse sur la joue de l’enfant. Le papa tire sa femme par le bras car il est temps d’y aller. Rachel est emportée manu-militari par sa nounou acariâtre pour une journée plus que chargée.

Pendant que ses parents subissent l’entassement dans les rames du métro puis une journée de travail harassante dans un bureau situé au sommet d’une tour gigantesque, la petite fille a en effet un emploi du temps particulièrement bien rempli. Tirée par le bras sans aucun ménagement par sa nurse, Rachel enchaîne les leçons de danse, de chant, de natation, de peinture, de gymnastique, de tennis, de piano, de violon…

Mais il faut bien avouer que la fillette n’excelle dans aucun de ces domaines… Elle n’arrive pas à lever la jambe assez haut pour rivaliser avec les autres petits rats en justaucorps. Sa voix de crécelle provoque une attaque chez le pauvre chien de son professeur de chant. Peu à l’aise dans l’eau, elle se munit d’une bouée, de palmes, d’un gilet de sauvetage, d’un tuba et de bouteilles de plongée peu pratiques pour réaliser quelques longueur dans la piscine.

Sa leçon de peinture est un fiasco total après que, la petite, en laissant libre cours à son imagination, a aspergé son maître de gouache bleue. Essayant de donner le meilleur d’elle-même, elle sabote le cours de gymnastique en s’emmêlant, ainsi qu’une autre élève, dans des cordages sous le regard consterné de sa coach. Comment ne pas avoir peur d’une balle de tennis lancée à pleine vitesse lorsqu’on est une petite fille à peine plus grande que sa raquette ? Difficile, enfin, de tenir bien assise devant un piano quand on n’a pas les pieds qui touchent par terre…

Pour Rachel, la journée, aussi riche soit-elle, est une éternelle gageure. Ses professeurs sont peu à même de supporter son caractère décalé. Sa morne existence est d’autant plus triste que sa nounou ne semble pas éprouver la moindre sympathie ni le moindre amour pour l’enfant. Accoudée à une fenêtre, Rachel, son ballon rouge sous le bras, ne souhaite qu’une chose, pouvoir s’évader et retrouver ses parents adorés pour passer du temps avec eux…

Plongée dans ses pensées, la fillette rêve d’une autre vie. Seule à sa fenêtre, elle regarde un couple en train de glisser joliment sur la patinoire du Rockefeller Center. Triste, elle s’imagine pouvoir faire de même avec son papa et sa maman. Mais ses rêveries sont bientôt interrompues par sa nounou, toujours aussi brusque au moment d’enfiler son manteau à l’enfant. Rachel se débat. Elle tape sans le faire exprès dans son ballon qui chute alors du haut de l’immeuble. Ni une, ni deux, la fillette dévale les étages du gratte-ciel pour le récupérer. Sa nurse est incapable de la rattraper. Inconsciente du danger, la petite fille sort du bâtiment et se précipite dans la rue sans se soucier des véhicules lancés à pleine vitesse. L’accident semble dès lors inévitable !

Heureusement, ses parents, du haut de leur tour, aperçoivent leur petite. Tous les deux arrivent juste à temps pour la sauver in extremis de la circulation sous l’œil de la nounou qui, submergée par l’émotion, s’effondre sur le trottoir. Finalement, tout est bien qui finit bien. Rachel retrouve ses parents qui, enfin, lui consacrent le temps qu’elle mérite. Assise sur les épaules de son papa sous le regard attendri de sa maman, la fillette savoure alors l’instant sans modération.

La Conception du personnage

Petite fille excentrique, Rachel est l’une des héroïnes du segment inspiré de Rhapsody in Blue, l’une des œuvres maîtresses de George Gershwin composée en 1924. Mêlant jazz et musique classique, le morceau, magnifique, illustre ici la vie de quelques New-Yorkais, de l’ouvrier désabusé au chômeur victime de la Dépression, en passant par le mari soumis à une femme désagréable traitant mieux son chien que son prochain. Tous ont alors un point commun, ils rêvent d’une autre vie dans laquelle ils seront mieux considérés.

Rachel, la petite fille pétillante, incarne ainsi tous ces enfants qui, avec tristesse, voient chaque matin leurs parents partir au travail. Confiée à une nurse particulièrement brutale, l’enfant a une vie bien remplie, certes, mais son cœur souffre du vide laissé par l’absence de ceux qu’elle aime. Particulièrement décalée, elle ne trouve par ailleurs aucun réconfort auprès de ses camarades qui l’ignorent royalement ni auprès de ses professeurs qu’elle consterne évidemment.

La petite Rachel est issue de l’imagination d’Eric Goldberg, le réalisateur de la séquence, et de son épouse Susan.
Né à Levittown, en Pennsylvanie, le 1er mai 1955, Goldberg fait ses études au Pratt Institute de Brooklyn, d’où il sort diplômé en dessin. Dès le milieu des années 1970, il est alors engagé par Richard Williams, pour qui il travaille comme animateur sur le film Raggedy Ann & Andy: A Musical Adventure. Installé à Londres, Eric Goldberg fonde bientôt son propre studio, Pizazz Pictures, spécialisé dans la réalisation de publicités animées. À la fin des années 1980, il rejoint les studios Disney et se voit confier l’animation du Génie dans Aladdin, un travail qui lui vaut une nomination aux Annie Awards. Collaborant avec la légende Chuck Jones pour créer la séquence animée de Madame Doubtfire, Goldberg est promu co-réalisateur de Pocahontas, une Légende Indienne aux côtés de Mike Gabriel avant d’être choisi pour donner vie à Philoctète dans Hercule.

Après les segments inspirés de Rhapsody in Blue et du (Le) Carnaval des Animaux inclus dans Fantasia 2000, Eric Goldberg réalise les séquences animées du long-métrage Les Looney Tunes Passent à l’Action, réalisé par Joe Dante pour le compte de Warner Bros.. Prêtant au passage sa voix à Titi, Marvin le Martien et Speedy Gonzales, l’artiste, nommé une nouvelle fois aux Annie Awards, anime avec Bob Kurtz le générique de La Panthère Rose en 2006 avant de revenir chez Disney. Là, il réalise l’animation de l’attraction Grand Fiesta Tour Starring The Three Caballeros installée à Epcot. Il collabore aussi à la production de Comment Brancher son Home Cinéma avec Dingo puis à celle de La Princesse et la Grenouille où il anime le personnage de Louis. Une fois encore en lice aux Annie Awards, il supervise Coco Lapin dans Winnie l’Ourson et les tatouages de Maui dans Vaiana, la Légende du Bout du Monde. Il participe en outre à la conception du storyboard des (Les) Mondes de Ralph ainsi qu’à l’animation du court-métrage À Cheval ! avec Mickey qu’il anime dans les spectacles Nighttime Spectaculars au Disneyland Park, Disney Gifts Of Christmas And Celebrate! à Tokyo Disneyland et We Love Mickey à Hong Kong Disneyland. En 2010, un Winsor McCay Award couronne l’ensemble de sa carrière.

Eric et Susan Goldberg
Bert Klein

Eric Goldberg collabore avec son épouse Susan (Sue) Goldberg. Mariée avec lui le 7 septembre 1982, celle-ci est née le 6 octobre 1957. Engagée chez Disney, elle participe aux productions de Pocahontas, une Légende Indienne, Le Bossu de Notre-Dame, Hercule puis à (Les) Simpson - Le Film pour le compte de 20th Century Fox. Artiste élevée au rang de directrice artistique chargée de la mise au net de la séquence animée de Madame Doubtfire, elle collabore avec son mari lors de la production de Fantasia 2000. Elle est alors récompensée par un Annie Award pour son travail. Susan Goldberg participe également à la réalisation du film Magic Lamp Theater à Tokyo DisneySea ainsi qu’à celle d’A Monkey’s Tale pour le centre culturel bouddhiste de Hong Kong. Toujours pour Disney, elle conçoit la façade de l’Animation Pavilion de Disney’s California Adventure.

Pour animer les différents personnages de Rhapsody in Blue, Eric et Susan Golberg sont épaulés par plusieurs artistes. La petite Rachel est ainsi aussi animée par Bert Klein. Celui-ci débute sa carrière au début des années 1990 avec Tom et Jerry : Le Film. Il rejoint les équipes de Disney et travaille ensuite sur Dingo et Max, Pocahontas, une Légende Indienne, Hercule, Mulan, Tarzan et Fantasia 2000. Il anime Pacha dans Kuzco, l’Empereur Mégalo, John Silver dans La Planète au Trésor - Un Nouvel Univers avant de collaborer avec Eric Goldberg lors de la réalisation des (Les) Looney Tunes Passent à l’Action. Superviseur de l’animation de Fat Albert, son nom est inscrit aux génériques de Johnny Test, Le Noël des Looney Tunes, Les Simpson et du (Le) Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi aux côtés de l’équipe chargée des effets spéciaux. De retour chez Disney, Klein anime Louis et le rêve de Tiana dans La Princesse et la Grenouille et travaille entre autres sur Winnie l’Ourson, Les Mondes de Ralph, La Reine des Neiges, Le Festin, Les Nouveaux Héros, Zootopie, Vaiana, la Légende du Bout du Monde, Ralph 2.0, Downtown, La Reine des Neiges II et Raya et le Dernier Dragon.

Al Hirschfeld
Autoportrait

L’apparence graphique de Rachel, comme celle de l’ensemble des personnages de Rhapsody in Blue, s’inspire de l’œuvre incontournable de l’illustrateur Al Hirschfeld. Né à Saint-Louis le 21 juin 1903, l’artiste suit les cours de l’Art Students League de New York. Passant durant son cursus par Paris et Londres où il apprend la peinture, le dessin et la sculpture, il est repéré en 1924 par la rédaction du New York Herald Tribune grâce à l’entremise de son ami, l’attaché de presse Richard Maney. Publiée dans le New York Times et dans des dizaines d’autres journaux et revues, l’œuvre d’Hirschfeld se distingue par son style inimitable et l’usage de lignes épurées tracées à l’encre noire avec une plume de corbeau taillée par ses soins. Durant sa carrière longue de près de quatre-vingts ans, le dessinateur a ainsi croqué les plus grandes célébrités du XXe siècle. Outre Rhapsody in Blue, son style a inspiré Eric Goldberg au moment d’animer le Génie d’Aladdin. Honoré par la Medal of Art remise par la National Endowment of the Arts, par le National Medal of Arts et par une étoile sur le St. Louis Walk of Fame, Al Hirschfeld est mort le 20 janvier 2003. Une partie de son œuvre est exposée au Metropolitan Museum of Art et au Museum of Modern Art de New York, ainsi qu'au sein de l’Université d’Harvard.

Très admiratif du travail d’Al Hirschfeld, Eric Goldberg a conçu Rachel en s’inspirant de sa plus jeune fille, à présent créatrice de décors et de costumes pour des spectacles de marionnettes. L’artiste a également utilisé son aînée, Jennifer, pour définir les traits de l’une des danseuses aux cheveux bleus.

Pour mettre en exergue chaque personnage de Rhapsody in Blue et sa personnalité propre, les créateurs de la séquence ont très tôt pris la décision d’associer chacun à une couleur bien précise. Ainsi, Rachel dénote des autres protagonistes qu’elle croise avec ses teintes très vives à l’exact opposé de celles de sa nounou notamment. Ses cheveux frisés, violets comme ceux de sa maman, et son manteau rose tranchent avec la robe noire et la veste bleue de sa nounou. Son justaucorps lavande dénote avec les tenues de ses camarades de danse. Et que dire de sa bouée jaune, de ses palmes vertes, de son gilet de sauvetage rouge et de son tuba turquoise ?! Son ballon rouge se détache également nettement sur les décors aux tons pastel.

Les Autres Apparitions de Rachel

Outre Fantasia 2000, la filmographie de Rachel se limite à une simple apparition furtive dans Dingo et la Cuisine Magique, le sixième épisode de la Saison 3 de la série Disney’s Tous en Boîte, diffusé le 2 septembre 2002.

Petite fille absolument craquante, Rachel est l’un des personnages marquants de Rhapsody in Blue et plus généralement de Fantasia 2000, dans lequel chaque enfant ayant un jour regretté d’être séparé de ses parents se retrouvera forcément.

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