Une page se tourne ! Quand il sort,
La ferme se rebelle est en
effet le 45ème et, dernier, film
d'animation traditionnelle (2D) des
studios Disney. La Compagnie au
château enchanté, prenant acte du
succès incontestable de l'animation
3D, s'est en effet convaincue
d'abandonner la production 2D, jugée
désormais trop peu rentable sur le
marché américain. Elle s'offre
d'ailleurs avec La ferme se rebelle
un bouquet final bien palot par
rapport au savoir-faire légendaire de
ses Studios.
Histoire sans imagination, personnages transparents, seconds rôles trop
nombreux, musique insipide, seule l’animation semble avoir fait l'objet de soins
attentifs.

Le scénario, de facture classique réunissant un trio non assorti, est, en effet,
servi par des personnages (Maggie, Mrs. Caloway et Grace) aux caractères maintes
fois vus, disposant, en plus, de répliques laborieuses pas vraiment drôles. Les
nombreux personnages secondaires (à commencer par Buck, le cheval ou Jack, le
lapin) s'inscrivent d'ailleurs dans la même lignée et peinent tout autant à
faire fonctionner la dynamique humoristique du film. Le méchant (Alameda Slim)
rejoindra, quant à lui, - mais sur un strapontin ! -, le club Disney très fermé
des êtres mauvais, supérieurement intelligents et définitivement mal secondés !
Tout ce petit monde se rencontre et s'affronte dans une aventure qui, si elle
démarre avec lenteur (les 20 premières minutes du film sont ainsi complètement
ratées), se déroule ensuite à 100 à l'heure, en donnant l’impression de tout
bâcler. Dans une construction proche du vaudeville, la scène de la mine sort
néanmoins du lot et n'est d'ailleurs pas sans rappeler celle du restaurant de Kuzco, l'empereur mégalo.
La ferme se rebelle offre alors pour la première fois un vrai moment de
drôlerie.
La bande son n'est, pour sa part, pas plus qualitative que le reste. Bénéficiant
pourtant du savoir-faire d'Alan Menken, injustement muet depuis Hercule,
elle a, en réalité, du mal à faire aimer l'univers si particulier du Far West.
Seul le clin d'œil aux westerns légendaires, époque Ennio Morricone, dans une
scène mémorable où Buck, le cheval, s'imagine mettre en déroute, à lui tout
seul, cinq desperados vaut ainsi le détour. L'animation, enfin, est la seule à
être particulièrement soignée et mêle, avec finesse, quelques éléments 3D. De
conception classique, reprenant les codes des dessins des années 50, elle est
très proche du plus pur style Tex Avery.

La ferme se rebelle a subi un revers commercial important sur le marché
américain. Rien ne lui aura été épargné, il est vrai ! A commencer par sa maison
mère qui, n'ayant pas cru un instant au film, lui a mitonné une bien mauvaise
sortie. Disney, si fort d'habitude pour assurer la promotion de ses productions,
a été particulièrement "maladroit" (et c'est un euphémisme ! ) cette fois-ci. La
presse, ensuite, qui, prompt à enterrer Disney sous le pilonnage des productions
Pixar, à accélérer le désamour du public pour l'animation 2D. Difficile dans ces
conditions pour La ferme se rebelle de remplir les salles ! De là à
penser que son échec arrange des intérêts aussi nombreux que diamétralement
opposés...
Laborieux sur bien des plans, La ferme se rebelle est un film qui referme
indignement le cycle des Grands Classiques Disney, en production 2D. A voir pour
envisager l’ampleur du gâchis !