Target
L'affiche du film
Titre original :
This Means War
Production :
Overbrook Entertainment
The Robert Simonds Company
Date de sortie USA :
Le 17 février 2012
Genre :
Comédie romantique
Réalisation :
McG
Musique :
Christophe Beck
Durée :
94 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

FDR et Tuck sont les meilleurs amis du monde et les meilleurs coéquipiers au sein de la CIA. Aucun ennemi ne peut se mettre en travers de le leur chemin pour les séparer, excepté lorsque tous deux s’éprennent de la même femme, Lauren…

La critique

Publiée le 19 janvier 2021

Que se passerait-il si James Bond et Ethan Hunt se disputaient les faveurs de la même femme ? Et quelle tournure prendrait leur aventure si elle était scénarisée par Simon Kinberg, auteur de l’excellent Mr. & Mrs. Smith (2005) et mis en scène par McG, réalisateur du délirant diptyque et feel good movie Charlie's Angels (2000 et 2003) ?
En un mot : Target ! En trois : malheureusent pas grand-chose.

Né à Londres en 1973, Simon Kinberg s'associe avec Timothy Dowling (auteur de l'histoire avec Marcus Gautesen) pour scénariser Target, l'histoire de deux meilleurs amis espions épris de la même femme qui se lancent dans une lutte sans merci pour la conquérir. À la fois scénariste et producteur connu pour sa participation à la saga X-Men et sa première réalisation pour Dark Phoenix (2019), il collabore notamment à la production de Star Wars : Rebels (2014/2018) pour Lucasfilm, Ltd., Cendrillon (2015) pour Disney, Le Crime de l’Orient-Express (2017) pour 20th Century Studios, puis toujours fidèle aux Mutants : Deadpool (2016), Logan (2017), Deadpool 2 (2018) et Les Nouveaux Mutants (2020) pour Marvel. Kinberg est ici également producteur, comme l’est un certain Will Smith, le nouveau Génie d’Aladdin (2019).
Né dans le Michigan en 1968, Joseph McGinty Nichol dit McG se voit confier la mise en scène du long-métrage. Réalisateur et producteur (pour Stay Alive en 2006 d’Hollywood Pictures notamment), il débute dans la réalisation de vidéo-clips avant d’être reconnu à Hollywood pour avoir modernisé les Drôle de Dames au cinéma. Il retrouve ici un projet plus modeste après les 200 millions de dollars de budget pour Terminator Renaissance (2009). Pour incarner les deux espions, de nombreux acteurs qui ont le vent en poupe sont alors envisagés : Colin Farrell (Daredevil, Minority Report, Phone Game, Dumbo), Justin Timberlake, Robert Downey Jr. (Iron Man), ou encore Matt Damon (Le Mans 66). Bradley Cooper (Rocket des (Les) Gardiens de la Galaxie) et James Franco (la première trilogie Spider-Man et Le Monde Fantastique d’Oz) déclinent tous deux l’invitation.

C’est finalement Chris Pine qui hérite du rôle de FDR, alias Franklin Delano Roosevelt Foster (oui !). Né à Los Angeles en 1980 et découvert dans Un Mariage de Princesse (2004), il enchaîne pour Disney : Des Gens Comme Nous (2012), Into The Woods : Promenons-Nous Dans les Bois (2014), The Finest Hour (2016) et Un Raccourci dans le Temps (2018). Nouveau Capitaine James Kirk de la saga Star Trek (2009, 2013, 2016) et Major Steve Trevor de Wonder Woman (2017 et 2020), Pine retranscrit parfaitement toute la confiance que FDR a en ses capacités professionnelles, de même que la suffisance dont il fait preuve vis-à-vis de sa petite personne et qui se répercute fatalement dans sa vie amoureuse, qui se résume à une simple collection de conquêtes. McG le trouvait parfait dans le rôle du goujat tape à l’œil et prétentieux sans états d’âme.
Tom Hardy endosse, quant à lui, celui du britannique Tuck Henson. Né à Hammersmith (Grand Londres) en 1977 et lui aussi témoin de l'adage « longue vie et prospérité » avec Star Trek : Nemesis (2002), il est depuis habitué à jouer les durs à cuire comme le prouvent The Kark Knight Rises (2012) dans la peau de l’impressionnant Bane et Mad Max : Fury Road (2015) le rôle culte de Max Rockatansky. Deux gros rôles avant d'être nommé aux Oscars pour The Revenant (2016) et de fusionner timidement avec Venom (2018) pour Marvel. Hardy insuffle à Tuck une dureté habituelle bien présente mêlée à une sensibilité décalée de père séparé et absent. Contrairement à cette image quelque peu réductrice de gros bras, McG le pensait parfait dans le rôle du garçon simple et de l'amoureux maladroit plus nuancé.

Espions doués dans le travail et irréprochables sur le terrain - prétexte qui permet à Target de surfer sur la vague du film d’action comique - le réalisateur voulait avant tout souligner la difficulté de ces deux hommes pourtant brillants mais maladroits quand il s’agit de gérer avec réussite leur vie sentimentale. Une idée classique mais sous-exploitée, qui de plus ne tente pas de renouveler le genre puisqu’il est décidé de faire appel à la situation banale de confronter deux personnes que tout oppose au sein d'une compétition virile pour l'aspect comédie et d'utiliser le schéma redondant du triangle amoureux pour l'aspect romantique. Si le duo fonctionne sans toutefois faire d’étincelles, les personnages manquent bien trop de profondeur et d’un petit « je ne sais quoi » pour emporter la totale adhésion du public.
Il en est malheureusement de même pour l'heureuse élue, Lauren Scott, incarnée par la pétillante Reese Witherspoon. Née à La Nouvelle-Orléans en 1976, ses rôles dans Pleasantville (1998), Sexe Intention (1999), La Revanche d'une Blonde (2001) et Fashion Victime (2002) de Touchstone lui attirent vite la sympathie de la profession et des amateurs de cinéma. Valeur sûre et oscarisée Meilleure Actrice pour Walk the Line (2005), Witherspoon (elle aussi à l'affiche d'Un Raccourci dans le Temps) reste fidèle à elle-même pour le plus grand plaisir de tous mais ne parvient pas à rendre Lauren intéressante. Chef d'entreprise qui a tout abandonné pour un homme qui la quitte à son tour, elle donne vie à une jeune femme dynamique et adorable certes, mais dont l'indécision enferme son personnage (qui tourne vite en rond) dans des clichés maintes fois vus.

Quand Tuck et FDR rencontrent successivement Lauren via un site de rencontre, Target plonge en effet dans la monotonie la plus totale : une alchimie instantanée avec l'un (Tuck), une attirance/révulsion avec l'autre (FDR), des rendez-vous réussis et d'autres ratés, de bonnes surprises et des désillusions qui font douter Lauren (qui ignore que ses deux prétendants sont amis)... pendant que les désormais rivaux se déclarent la guerre en abusant de leurs outils high-techs et de leur staff pour découvrir les passions de la demoiselle et devenir l'homme (en apparence) parfait, avant d'utiliser tous ces artifices pour se saboter l'un l'autre. Après avoir assisté à une introduction rythmée et musclée qui donne faussement le ton, le spectateur s’enlise donc dans une succession de scènes ennuyantes tantôt comiques, tantôt romantiques.
De leur côté, le peu de personnages secondaires ne parviennent pas à rehausser l'ensemble. Trish, la meilleure amie de Lauren libidineuse et de mauvais conseil peut arracher quelques sourires mais sa vulgarité (qui a bien failli poser problème lors de sa classification pour la sortie en salle) dénote quelque peu avec le ton bon-enfant ici employé. Elle est campée par l'humoriste, animatrice et productrice Chelsea Handler, née dans le New Jersey en 1975 et connue aux États-Unis pour son talk-show Chelsea Lately (2007/2015). Au contraire, la dure patronne de FDR et Tuck n'illustre pas les déjà faibles enjeux sérieux du long-métrage. Cette dernière est incarnée par la sous-employée Angela Basset, née à New York en 1958, nommée aux Oscars pour Tina (1993) et récemment au casting de Black Panther (2018) et Avengers : Endgame (2019).

Pour rappeler tout de même que Target est éventuellement un film d’action, l’antagoniste totalement accessoire Heinrich présenté en introduction refait donc surface pour le troisième acte quand vient le moment de clore l’histoire et d'enlever Lauren bien évidemment. Avide de vengeance depuis plus d'une petite heure suite à la mort de son frère lors de la mission orchestrée par FDR et Tuck, il n’apparaît que bien trop brièvement et anecdotiquement pour être un enjeu de taille. Il n’est finalement qu’un prétexte pour confronter Lauren à ses deux soupirants et boucler cette aventure de manière (relativement) épique. L’antagoniste est pourtant incarné par l’acteur, scénariste, producteur et réalisateur germanique Til Schweiger, né en Allemagne en 1963 et vu dans Inglourious Basterds (2009) et Opération Muppets (2014), qui ne parvient pas lui non plus à tirer son épingle du jeu.
L'écriture est de manière générale finalement bien trop peu inspirée pour susciter le moindre intérêt auprès du spectateur. À tous les niveaux. En attendant, Chris Pine et Tom Hardy sont confiés entre les mains d'un conseiller militaire, ici conseiller technique et entraîneur au maniement des armes et du combat au corps à corps, pour assurer le peu de cascades à effectuer. De même, McG est fier de dire que Reese Witherspoon s’est essayée à la voltige (pour un rendez-vous galant), à la conduite à grande vitesse et aux armes à feu. Un peu léger ! Mais c'est peut-être la comédienne qui a - malgré elle - le meilleur point de vue quand elle indique que ses partenaires évoluent dans un film d'action (rapidement), tandis qu'elle est à l’affiche d’une comédie romantique. Le problème est finalement bien là : la jonction entre les deux mondes ne se faisant jamais !

Même la partition de Christophe Beck, compositeur canadien né en 1972 et récompensé d’un Emmy Award en 1998 pour son travail sur la série Buffy Contre les Vampire, ne parvient pas à donner le moindre rythme à ce tempo mollasson. Livrant une composition originale aussi banale que les propos qu'elle illustre, il s'était montré plus inspiré sur Percy Jackson : Le Voleur de Foudre (2010) et le sera davantage pour Edge of Tomorrow (2014), sans oublier bien-sûr La Reine des Neiges (2013) et La Reine des Neiges II (2019) pour Disney, ainsi qu’Ant-Man (2015) et Ant-Man et La Guêpe (2018) pour Marvel. Restent artistiquement quelques décors bien sentis - telle la garçonnière de FRD avec sa piscine au plafond - et un petit tour à Shanghai (pour la scène censée se passer à Hong Kong) au milieu de ce tournage éclair canadien qui s’étend de fin septembre à début décembre 2010.
Hormis donc ses quelques notes d’humour, le seul véritable intérêt de Target - et qui peut maintenir en haleine jusqu’à son générique de fin - est de savoir en effet qui choisira définitivement Lauren ! Pour ne pas divulgâcher, trois fins ont été tournées quand les trois protagonistes, alignés sur une route en travaux, voient un véhicule hors de contrôle arriver sur eux à grande vitesse. Lauren se réfugie dans les bras de FRD, puis Tuck de son côté se rapprochera de son fils et renouera avec son ex-femme qui connaît désormais la vérité sur ses activités. Lauren se réfugie dans les bras de Tuck, puis FDR, fidèle à lui-même, recevra la visite momentanée de deux jolies amies hôtesses de l’air pour un petit moment de bonheur présumé. Enfin, et peut-être la meilleure alternative, FDT et Tuck ont le réflexe de se secourir l’un l’autre (Lauren est sauve fort heureusement) et la fin n’en dit pas plus…

Suite aux projections test qui révèlent que le public à la fois masculin et féminin apprécie toutefois cette histoire d’amour, la sortie au cinéma de Target est donc prévue le 17 février 2012 aux États-Unis pour coïncider avec la tendre période de la Saint-Valentin. La France loupe le coche et doit attendre le 21 mars suivant pour voir opérer Cupidon sur grand écran. Dans les deux cas, la sortie s'avère furtive. Les critiques sont en effet négatives et peu enjouées, dénonçant un manque d’action, d’humour et de romantisme, soit les trois principaux ingrédients qui devaient composer le long-métrage ! Le bouche-à-oreille et le manque de publicité font que son budget de 65 millions de dollars n’est pas rentabilisé sur le sol américain (54,8 millions de dollars de recettes), toutefois remboursé avec ses maigres 156,5 millions de dollars de recettes mondiales en fin de course.
Si Chris Pine et Reese Witherspoon sont nommés aux Teen Choice Awards, lui pour Meilleur Acteur Romantique et elle Meilleure Actrice Comédie (!), cette dernière remporte le triste titre de l’Actrice qui a le plus besoin d’un nouvel agent décerné par l’Alliance of Women Film Journalists. Target est effectivement une jolie promesse gâchée qui oscille maladroitement entre trois genres - qui s'accordent pourtant parfaitement - sans jamais véritablement trouver ses marques. Pas assez drôle pour être une véritable comédie, pas assez d’action pour être catalogué comme tel et pas assez d’amour pour atteindre son but premier. Mieux vaut lui préférer un excellent Mr. & Mrs. Smith parfaitement calibré. Le spectateur peut cependant apprécier la malice et le charme de Chris Pine, Tom Hardy et Reese Witherspoon, le duo masculin et son alchimie en tête.

Si McG avait insufflé à Target un peu plus d’ambition et son petit brin de folie si caractéristique, peut-être l'aurait-il propulsé à un tout autre niveau. Soit un divertissement délirant et détonant plein d’enthousiasme comme l’est toujours Charlie et ses Drôles de Dames. Au lieu de cela, le réalisateur offre une œuvre bancale, presque convenable, tout juste sympathique (en faisant preuve d’un minimum d'empathie).

Pas totalement mauvais (quoi que…), pas foncièrement bon non plus, Target est juste insipide et totalement dispensable.

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