the boys
the sherman brothers’ story

the boys : the sherman brothers’ story
L'affiche du film
Titre original :
the boys : the sherman brothers’ story
Production :
Disney
Date de sortie USA :
Le 25 avril 2009 (San Francisco International Film Festival)
Le 28 avril 2009 (Newport Beach Film Festival)
Le 22 mai 2009 (New York, Los Angeles, San Francisco, Palm Springs)
Genre :
Documentaire
Réalisation :
Gregory V. Sherman
Jeff Sherman
Musique :
Richard M. Sherman
Robert B. Sherman
Durée :
101 minutes

Le synopsis

L'histoire des frères Sherman, le duo extraordinairement prolifique et oscarisé, auteurs de bandes originales Disney mythiques. Uni professionnellement, le binôme se déchire pourtant dans la vie personnelle tant la conception de l'un et de l'autre est, sur ce point, radicalement opposée...

La critique

rédigée par
★★★

Robert Bernard Sherman, dit Bob, est né le 19 décembre 1925. Il est ainsi, de trois ans, l'ainé de Richard Morton Sherman, dit Dick, venu au monde, lui, le 12 juin 1928. Ils sont tous deux les fils d'Al Sherman, dont le père, un russe caucasien de confession juive, a immigré de Kiev à New-York en 1909. Toute la famille Sherman baigne dans la musique. Samuel, le grand-père des deux fameux frères, est, en effet, un compositeur sans le sou. Son fils, Al a, quant à lui, bien plus de chance. Faisant ses premières armes dans les mélodies d'accompagnement des films muets à la fin des années 1910, il devient vite une figure du Tin Pan Alley durant les années 20, du Vaudeville dans les années 30, avant de composer pour de grands noms de la variété américaine et de Broadway. Il est, entre autres, celui qui écrit la toute première chanson qui permet à Maurice Chevalier de se faire connaitre aux Etats-Unis. Il signera son dernier titre en 1952 puis entame sa retraite jusqu'à sa mort en 1973. Durant sa carrière, il continue toutefois de faire baigner ses deux garçons dans la musique et l'artistique en leur enseignant, notamment, le piano.

Robert Sherman excelle vite au violon et piano, à la peinture et dans la poésie. Après sept années de tournée dans le pays, il suit ainsi le mouvement familial et s'installe en 1937 à Beverly Hills, en Californie. À seize ans, il écrit déjà une pièce de théâtre (Armistice and Dedication Day) qui lui vaut de récolter non seulement plusieurs milliers de dollars en bons de guerre mais également une citation du département militaire. En 1943, âgé de 17 ans, il obtient la permission de ses parents pour rejoindre l'armée. Début avril 1945, il entre avec son escouade dans le camp de concentration de Dachau et fait ainsi partie des premières troupes alliées à libérer les malheureux déportés, les allemands ayant déserté les lieux quelques heures plus tôt. Le 12 avril 1945, il est touché par une balle au genou qui le contraindra à marcher avec une canne pour le restant de ses jours. Les horreurs de la guerre le marquent à jamais. D'une nature calme et réservée, il se renfrogne encore plus... De retour aux États-Unis, il part étudier au Bard College dans l'État de New York et en sort diplômé en 1949 de littérature anglaise et de peinture. Il rêve alors de devenir un grand écrivain et d'écrire un roman épique. Mais le destin en décide autrement : il sera compositeur comme le reste de sa famille. En 1953, il épouse Joyce Sasner et met fin pour elle à sa vie de bohème menée, peu ou prou, depuis son retour d'Europe. Il aura avec sa femme quatre enfants : Laura (1955), Jeffrey (1957), Andrea (1960) et Robert (1968)...

Étudiant à la Beverly Hills High School, son frère Richard Sherman se passionne, lui aussi, pour la musique, apprenant de nombreux instruments dont la flûte, le piccolo et le piano. Suivant les traces de son ainé, il entre au Bard College dans l'État de New York et en sort major en musique, avec notamment l'écriture de nombreuses sonates et autres compositions de choix. Il débute alors une carrière d'auteur compositeur au coté de son frère. En 1953, il quitte la vie civile et rejoint les troupes américaines engagées dans la Guerre de Corée en qualité de musicien et chef d'orchestre pour plusieurs formations, sans jamais prendre part aux combats. En 1955, il est démobilisé. Deux ans plus tard, il épouse en seconde noce Elizabeth Gluck dont il aura deux enfants, Gregory et Victoria sachant qu'il a également une première fille, Linda, née d'un précédent mariage contracté à la sortie immédiate du collège. Il a un caractère bien plus jovial et épicurien que son frère. Dépensier et généreux, il est à l'évidence le bout en train de la famille et le fonceur de service, qui oublie souvent de réfléchir aux conséquences de ses actes ou de ses paroles...

Les deux frères travaillent ensemble, en tant que compositeurs de chansons, pour la première fois en 1951. Signant Gold Can Buy You Anything But Love, ils ont le plaisir de voir le titre enregistré par le crooner de country, Gene Autry, et devenir bien vite un véritable tube à la radio. Si ce coup d'essai marque à l'évidence, le début de leur carrière, il n'est rien par rapport à celui qui consiste à proposer, en 1958, une chanson à la star montante, Annette Funicello. Ils écrivent, en effet, pour la jeune Mousketeer, le hit Tall Paul qui monte à la septième place des charts américains, s'écoulant à plus de 700 000 exemplaires. Ils deviennent, grâce à elle, les compositeurs quasi attitrés de la jeune icône signant presqu'intégralement son premier album studio, Hawaiiannette, et notamment l'incontournable Pineapple Princess. Walt Disney est alors en première ligne pour apprécier la qualité de leur travail : il ne tarde pas à leur proposer de composer directement pour ses productions.

L'aventure disneyenne commence donc dans la foulée, en juillet 1960, lorsque les frères Sherman se voient confier l'écriture d'une chanson (Strummin' Song) pour le téléfilm d'Annette Funicello, The Horsemasters. Les producteurs leur proposent, en effet, une réunion de travail directement aux studios pour qu'ils puissent présenter leur maquette. Surprise ! Au lieu de se retrouver devant d'obscurs interlocuteurs, les deux frères sont reçus par Walt Disney en personne qui leur parle tout de go d'un autre film, La Fiancé de Papa. Ils osent alors à peine l'interrompre, juste pour lui signifier leur accord de principe. Concernant l'objet de la réunion, et l'écoute de Strummin' Song, Walt Disney se contente d'un malicieux "Ca ira", un compliment dont la pudeur témoigne de la portée. Venus pour un simple titre dans un téléfilm, les frères Sherman repartent donc avec un accord et une commande ferme pour le cinéma (La Fiancé de Papa) sans oublier un vague projet pour lequel Walt Disney leur remet un livre qu'il imagine porter au cinéma. Il s'agit de Mary Poppins ! Les frères Sherman travaillent alors d'arrache pied pour contenter le Maître. Ils reviennent bien vite vers lui avec des chansons et des propositions d'adaptation. Ils ont ainsi souligné six histoires du roman qui présente la difficulté d'être construit de façon épisodique. Walt Disney est véritablement enthousiasmé par leurs analyses et avis : non seulement, ils ont compris que l'histoire est primordiale mais ils ont, en plus, choisi les mêmes chapitres que lui ! Et que dire de Feed the Bird qui le bouleverse littéralement au point de lui faire dire, bien plus tard, qu'elle est sa "chanson préférée". A la fin de leur rencontre, Walt Disney signe avec les frères Sherman un contrat, incluant également leurs travaux initiaux. Pour la première fois (et l'unique à ce jour !), les studios Disney disposent de compositeurs attitrés...

Les frères Sherman vont ainsi écrire de nombreuses chansons pour toutes les activités des studios Disney : l'animation (Merlin, l'Enchanteur, Le Livre de la Jungle, Symposium de Chants Populaires, Winnie l'Ourson et l'Arbre à Miel, Winnie l'Ourson Dans le Vent), les films "Live" (Monte là-d'ssus, Un Pilote Dans la Lune, Compagnon d'Aventure, La Légende de Lobo, Les Enfants du Capitaine Grant, Summer Magic, The Misadventures of Merlin Jones, Calloway, le Trappeur, Un Neveu Studieux, L'Espion aux Pattes de Velours, Demain... des Hommes, Singes, Go Home !, L'Honorable Griffin, La Gnome-Mobile, Le Plus Heureux des Milliardaires, The One and Only, Genuine, Original, Family Band), la télévision (An Adventure in Color, Zorro, le générique de l'émission Walt Disney's The Wonderful World of Color...) et les parcs à thèmes (les chansons The Tiki, Tiki, Tiki Room, It's A Small World, There's a Great Big Beautiful Tomorrow). Leurs chansons sont alors interprétées par de grands artistes : Annette Funicello, Maurice Chevalier, Hayley Mills, Julie Andrews...

En six ans, ils construisent une relation amicale et professionnelle très forte avec Walt Disney pour lequel ils cultivent un attachement personnel et un respect mutuel profonds. Ainsi, quand un producteur concurrent leur propose de travailler sur un de ses films, ils demandent, avant toute chose, la permission au Maître qui leur accorde sans problème, les encourageant en cela, à s'enrichir d'autres expériences. Ils signent donc les chansons de Chitty Chitty Bang Bang pour la United Artists. Walt Disney décède malheureusement quelques semaines plus tard. Les frères Sherman se retrouvent alors quasi orphelins au sein du studio qui les emploie. Le téléphone ne sonne plus : leur relation privilégiée avec le Maître a, en effet, suscité, au fil du temps, de la jalousie dans le staff de la compagnie. Le boss défunt, les langues se délient et les turpitudes vont bon train. Les frères Sherman terminent donc les projets en cours puis quittent la société. Ils y reviennent tout de même aux débuts des années 70 pour travailler sur deux longs-métrages : Les Aristochats et L'Apprentie Sorcière avec Angela Lansbury.

Les frères Sherman composent désormais pour différents studios. Ils écrivent ainsi pour des films d’animation (Snoopy Come Home, Charlotte's Web) ou des comédies musicales « Live » (Tom Sawyer, Huckleberry Finn, The Slipper and the Rose : The Story of Cinderella, The Magic of Lassie) sans toutefois parvenir à livrer des airs aussi mythiques que ceux estampillés Disney. Les années 80 marquent leur retour chez Mickey où ils sont appelés, sporadiquement, à signer des chansons pour des attractions d'E.P.C.O.T. ou de Tokyo Disneyland. A partir de là, âge aidant, leur carrière ralentit. Ils livrent quelques compositions dont les tonalités sont sans doute trop passéistes. Ils seront néanmoins rappelés par les studios Disney, une dernière fois, en 2000, pour écrire les chansons des (Les) Aventures de Tigrou. Dans les années 2000, ils travaillent également sur l’adaptation scénique façon Broadway de certains de leurs plus gros succès comme Mary Poppins ou Chitty Chitty Bang Bang.

the boys : the sherman brothers’ story est un documentaire passionnant qui revient, sans concession, sur la carrière de ces deux compositeurs d’exception. Il dépeint, en effet, un portrait vérité qui montre combien, derrière leur génie artistique commun et leur binôme exceptionnellement prolifique, les deux frères se détestaient ! Ils ont, il est vrai, été dans l’incapacité absolue de s’entendre et de se côtoyer dans leurs vies personnelles. Gregory V. Sherman, le fils de Dick, et Jeff Sherman, le fils de Bob, ont d'ailleurs tenu à faire ce film pour essayer de réconcilier les deux hommes. Cela faisait, en effet, presque 30 ans que leurs deux clans ne se côtoyaient plus. Lors des événements officiels et autres avant-premières, ils se retrouvaient même placés dans des sièges opposés dans la salle pour n'avoir jamais à s’adresser la parole. Le documentaire n’arrive pourtant pas à identifier réellement à la raison qui a conduit à cette douloureuse situation. Le spectateur ressent simplement une rancœur qui s’est accrue, peu à peu, jusqu’à avoir pour unique solution, celle de couper les ponts. La rupture a été encore plus grande encore quand Bob Sherman est parti s'installer à Londres après le décès soudain de son épouse, histoire de mettre une distance toujours plus grande, face à une histoire familiale décidément insupportable.

the boys : the sherman brothers’ story est véritablement touchant en ce sens qu'il montre bien les facettes public/privé des deux hommes, un aspect de leur personnage déjà entr'aperçu dans divers bonus consacrés à la fabrication des différents longs-métrages Disney. Dick est ainsi enjoué, généreux et impulsif. Il aime profondément son frère mais a du être terriblement maladroit (sans doute même s’en rendre compte) au point de ne jamais parvenir à renouer avec lui ; le temps n'arrangeant pas vraiment les choses. Bob est, au contraire, aigri, triste et terre-à-terre. Son expérience de la guerre, le plus douloureux épisode de sa vie, l’a profondément marqué. (Il a participé à la libération des camps nazis, une horreur lourde de sens pour un soldat de confession juive !). Il ressent depuis une rancœur à l'endroit de son frère qui reste difficile à définir. Il lui reproche notamment son insouciance, qu'il juge incompatible avec sa conception de la vie et de ses dangers. Mis à part leurs passions de la musique et leurs liens du sang, les deux frères n’ont ainsi strictement rien en commun. Pourtant, ils développeront tout deux, et aussi intensément l'un que l'autre, une admiration sans borne pour Walt Disney : ils en parlent séparément avec fierté, et malgré les années, des larmes leurs montent toujours aux yeux quand ils évoquent sa mort...

the boys : the sherman brothers’ story est un documentaire tout bonnement incroyable. Il rend accessible deux hommes dont les chansons sont devenues des classiques universels. Leur carrière y est logiquement saluée par de nombreuses personnalités : Roy E.Disney, John Williams, Stephen Schwartz, Alan Menken, John Lasseter, Hayley Mills, Randy Newman, Dick Van Dike, Angela Lansbury, Julie Andrews, Leonard Maltin et bien d'autres... Leur vie personnelle est tout autant abordée sans fard...

Plus qu'un documentaire, the boys : the sherman brothers’ story est un formidable message d’amour de fils et neveux à l'endroit de leur père et oncle. Une histoire dans l’histoire disneyenne !

L'équipe du film

1925 • ....
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1930 • 2009
Intervenant
1925 • ....
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1935 • ....
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L'édition vidéo

Jaquette the boys : the sherman brothers’ story
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