Glen Keane
Date de naissance :
Le 13 avril 1954
Lieu de Naissance :
Philadelphie, Pennsylvanie, aux Etats-Unis
Nationalité :
Américaine
Profession :
Animateur
Producteur
Réalisateur
Directeur Artistique

Le portrait

rédigé par
Publié le 13 avril 2015

Au début des années 1980, le département animation des studios Disney est en plein marasme. La décennie 1970 a en effet été marquée par son déclin rapide. Après la mort de Walt Disney, en 1966, les productions se sont espacées dans le temps et malgré des qualités intrinsèques indéniables, toutes ont souffert d'une politique d'économies. Qualitativement, aucun classique de l'époque ne surpasse les chefs-d'œuvre passés du Maître. Il faut attendre les années 1980 pour que l'animation Disney retrouve son lustre d'antan avec des films comme Basil Détective Privé, La Petite Sirène, La Belle et la Bête ou Aladdin. Au milieu des années 1990, les studios peuvent se permettre de lancer des productions plus ambitieuses, comme Pocahontas, une Légende Indienne, Tarzan ou encore La Planète au Trésor - Un Nouvel Univers, suivies d'un nouvel Âge d'or inauguré par Raiponce. Le point commun entre tous ces films ? Le talent de Glen Keane, animateur de légende, qui n'y est pas pour rien dans le renouveau actuel de l'animation Disney.

Glen Keane est né le 13 avril 1954 à Philadelphie, en Pennsylvanie. Fils de Thelma (Tel) Carne et de William (Bill) Keane (1922-2011), Glen entre très jeune dans le monde de l'art. Son père est en effet un artiste reconnu, auteur récompensé du comic strip The Family Circus, publié par le King Features Syndicate dans des centaines de journaux à travers le monde durant les décennies 1960-70-80, et dont les cases sont encrées et mises en couleur par Jeff Keane, un autre garçon de la famille. La fratrie de cinq enfants grandit à Paradise Valley, dans l'Arizona, au cœur du désert américain. C'est là que le jeune Glen nourrit sa passion pour l'art, notamment en lisant encore et encore un exemplaire du livre de Burne Hogarth Dynamic Anatomy offert par son père qui, fort de son expérience, lui enseigne l'analyse du corps humain et des techniques de dessin. Et lorsqu'il n'est pas sur les bancs du Brophy College Preparatory, Keane noircit des pages avec des centaines de croquis représentant les gens du coin. C'est également pendant son temps libre, parfois interminable dans cette région assez isolée, qu'il se prend de passion pour le football américain. A 18 ans, Glen Keane doit faire un choix entre ses deux passions : le dessin et le sport. Il hésite entre l'Université, où il pourra jouer au football, et une école d'art. Préférant une activité plus calme, il envoie un portfolio au California Institute of the Arts (CalArts) dans l'espoir d'intégrer les classes de peinture. N'ayant aucune ambition pour l'animation, Glen Keane se retrouve pourtant par accident dans cette filière. Là, il suit l'enseignement de Jules Engel, fondateur et pionnier du Programme d'animation expérimentale de l'école dont le nom est notamment associé à des films comme Fantasia et Bambi ainsi qu'à des productions UPA et Format Films. Mais à cette époque, dans les années 1970, les liens entre l'Institut et Disney sont distendus. Apathiques, les studios de Mickey ne recrutent en effet plus. Les portes semblent fermées pour cette nouvelle génération. Glen Keane entre alors chez Filmation où il collabore à plusieurs séries télévisées du samedi matin comme T'as l'Bonjour d'Albert, diffusée sur CBS, ainsi que Mon Martien Favori, Star Trek : La Série Animée, Lassie et Mission : Magic !. Son travail, peu valorisant, dure trois mois. Glen se morfond à dessiner des personnages ou objets peu intéressants et qui nécessitent peu de mouvements. Perdu, il est menacé par un exécutif des studios d'être renvoyé. Glen Keane décide alors de retourner à l'école.

T'as l'Bonjour d'Albert
Star Trek : La Série Animée

Retour à la case CalArts ! Retrouvant quelques amis sur les bancs de l'Institut, Keane assiste de temps en temps à des présentations d'artistes de Disney qui viennent expliquer leur travail aux étudiants. C'est ainsi qu'il croise la route de Don Bluth, John Pomeroy, Andy Gaskill ou encore Ron Clements, venus là pour montrer des dessins d'animation non mis au net, sur lesquels les traits de crayons n'ont pas été gommés. Et Keane est stupéfait en découvrant ce qu'il pense être des « gribouillis ». Surtout, il se rend compte qu'il sait lui-aussi dessiner comme cela. Dès juin 1974, il retravaille son portfolio qu'il propose à Ed Hansen. Hansen lui-même le montre à Eric Larson. Keane est intimidé par la légende de l'animation qui, même si elle demande à Glen de l'appeler Eric, n'obtient comme réponse qu'un respectueux « Oui, Monsieur Larson » ! Eric Larson feuillète le livret et en tire finalement un dessin, ajouté à la dernière minute par le jeune étudiant qui se voit proposer d'en faire d'autres. Après cette rencontre, Glen Keane achète dix carnets de cent pages et se met à dessiner, visitant la plage de Laguna Beach et le zoo pour trouver l'inspiration. En quelques semaines, les calepins sont remplis et montrés à Eric Larson. Sous le regard stupéfait de Keane, le vieil animateur arrache les pages qui lui plaisent le plus, environ une dizaine par bloc-notes, un bon ratio selon lui. Parvenu à convaincre Larson de son talent, Glen Keane obtient son ticket d'entrée chez Disney.

Une semaine plus tard, en septembre 1974, Glen Keane signe son contrat aux studios de Mickey. Il y partage désormais un bureau avec d'autres artistes dont Ron Clements, John Pomeroy, Gary Goldman et Andy Gaskill, tous installés à côté d'Eric Larson. Chaque fois qu'il rencontre une difficulté, le jeune Keane peut alors frapper à la porte du maître, toujours disposé à donner un bon conseil et qui l'a le plus inspiré au début de sa carrière. Glen Keane débute comme assistant animateur sur Les Aventures de Bernard et Bianca aux côtés d'une autre légende de l'animation, Ollie Johnston. Aux côtés du vieux monsieur, il se charge notamment de l'animation de quelques scènes avec Penny et Bernard. C'est ainsi qu'il reçoit la mission de créer la première apparition de la souris à l'écran. Balayant l'entrée de la S.O.S Société, Bernard doit saluer les représentants tout en faisant son ménage. Rien de plus simple ? Pas vraiment. Glen Keane demande son aide à Eric Larson qui corrige ses croquis avec son mythique crayon Polychromos Cobalt à mine bleue, et qui l'incite à dessiner avec sincérité. Le garçon ne comprend pas ce que Larson entend par sincérité. Doit-il davantage appuyer sur crayon pour imprimer un trait plus sombre sur la feuille ? Keane reçoit alors une leçon d'animation de la part du maître qui lui demande de s'interroger sur le caractère du personnage, un petit bonhomme qui souhaite faire du bon boulot en mettant tout son cœur à l'ouvrage. Eric Larson a des étoiles dans les yeux lorsqu'il décrit la souris désireuse de bien travailler. Glen Keane comprend ce que sincérité signifie : dessiner un personnage auquel chacun peut croire, en sachant qui il est et en lui insufflant toutes ses intentions, bref le ressentir au plus profond de soi. Il retourne à sa table de dessin et crée finalement une scène jugée mineure et suffisamment mignonne pour introduire l'un des héros de l'histoire avec brio.


Les Aventures de Bernard et Bianca

La production des (Les) Aventures de Bernard et Bianca est une expérience inoubliable pour Glen Keane. Il y croise en effet toutes les légendes de l'animation encore en activité chez Disney à l'époque, de Frank Thomas à Ollie Johnston, en passant par John Lounsbery et Wolfgang Reitherman, les réalisateurs, ainsi que Milt Kahl, avec qui la rencontre est mémorable. Keane se souvient, il est vrai, que Kahl a sévèrement critiqué son travail sur une scène avec Penny. Cherchant à savoir ce qui n'allait pas, il avait essuyé une réponse cinglante de la légende qui avait refusé de s'expliquer. Glen Keane apprendra plus tard que sa scène était au départ censée être animée par Milt Kahl avant qu'Ollie Johnston ne la lui donne, ce qui avait provoqué l'indignation du créateur de Médusa ! Durant la production, Glen Keane côtoie également Marc Davis et Ward Kimball, interrompant leur retraite de temps en temps pour des conférences au sein des studios. Enfin, c'est pendant la réalisation des (Les) Aventures de Bernard et Bianca que le jeune Glen épouse sa femme Linda Hesselroth, avec qui il aura deux enfants, Claire et Max.



Rox et Rouky

Participant à l'animation d'Elliott dans Peter et Elliott le Dragon, travail qu'il n'apprécie pas plus que cela car il ne se sent pas assez proche du personnage, Glen Keane collabore au (Le) Petit Ane de Bethléem mais rien de son travail n'est finalement visible à l'écran. Il devient ensuite superviseur de l'animation sur le projet suivant, Rox et Rouky. Equipé d'un crayon Braisdell Layout, le même que ceux utilisés par John Lounsbery, l'un de ses maîtres, il se charge de la création de Rox, de sa fiancée Vixy, du blaireau ainsi que du terrifiant Grizzly. Parmi les meilleurs de sa génération, Keane est cependant frustré par l'attitude du réalisateur Wolfgang Reitherman. En effet, le vieil homme, qui a vu partir à la retraite tous ses anciens collègues, estime que la nouvelle génération d'artistes placées sous ses ordres est incapable de créer certaines scènes. Observant les dessins de ses équipes sur sa Moviola, il coupe toutes les séquences qu'il juge mauvaises. Et lorsque Keane se propose de les reprendre, il essuie à chaque fois un refus net de Reitherman qui affirme que les jeunes n'ont pas le talent pour réussir ces scènes jugées médiocres. Néanmoins, l'artiste peut prouver ses qualités dans plusieurs passages grandioses qu'il partage avec certains collègues dont Chris Buck, John Musker, John Lasseter ou Henry Sellick, chargés de l'animation intermédiaire. C'est également à cette époque qu'il partage son bureau avec Tim Burton qui, chargé d'animer Vixy, vit un vrai cauchemar dans des studios où il n'est pas rare qu'il s'enferme dans un placard ! Si Glen Keane se charge de la romance entre Rox et Vixy, il tire son épingle du jeu en créant le combat entre le renard et le terrible grizzly. Aidé d'un squelette d'ours monté sur un chevalet placé dans son bureau, il donne vie au prédateur dans une lutte à mort à couper le souffle. La séquence demeure, aujourd'hui encore, le moment fort de Rox et Rouky. Faisant l'admiration des professionnels et des spectateurs, la scène est montrée en boucle lors de la rétrospective Disney Animation and Animators organisée en 1981 au Whitney Museum of American Art de New York.


Le Noël de Mickey

Après Les Aventures de Bernard et Bianca et Rox et Rouky, Glen Keane est brièvement impliqué à la production de Taram et le Chaudron Magique, au même titre que Tim Burton et John Musker. Il développe en partie les personnages de Gurgi et de la princesse Eilonwy. Il anime également quelques fées. Mais les réalisateurs Ted Berman et Richard Rich refusent le côté trop cartoon de ses dessins. Keane se voit alors proposer de faire autre chose. Il passe donc de Taram et le Chaudron Magique au (Le) Noël de Mickey où il supervise le personnage de Willie le Géant. L'animateur se rappelle de la manière dont il a hérité du Fantôme des Noëls Présents. Après avoir rassemblé son équipe dans une pièce, Burny Mattinson a sorti des cartes avec le nom des différents personnages de la distribution. Jetées en l'air, chaque animateur devait en récupérer une. Le hasard a donné Willie le géant à Glen Keane qui s'est en partie inspirée de l'interprétation pleine de vie de l'acteur Will Ryan. L'artiste a également animé quelques plans avec Scrooge et Bob Cratchit, ainsi qu'avec Dingo dans le rôle de Jacob Marley, un vrai challenge car le personnage devait jouer le rôle du fantôme de l'ancien associé de Scrooge. D'ordinaire gentil et idiot, il devait ici terroriser le héros de l'histoire. Comment faire de ce personnage drôle un protagoniste effrayant ? Il fallait donc mêler à cette peur le caractère maladroit et amusant de Dingo. Et le résultat est plus que convaincant !


Where the Wild Things Are

Après Le Noël de Mickey, en 1983, Glen Keane quitte un temps les studios Disney pour se lancer en freelance. C'est durant cette période que John Lasseter et lui travaillent sur un projet expérimental. Les deux amis ont été marqués par le dernier grand film des studios, Tron, dans lequel les décors du jeu vidéo sont créés par ordinateur. A tel point que la seule idée d'être cantonnés à des dessins plats alors qu'un ordinateur peut faire de la trois dimensions les déprime. Lasseter imagine produire un court-métrage animé de cette façon. Pour ce projet ambitieux, son choix se porte sur l'histoire du Petit Grille-Pain Courageux de Thomas M. Disch que l'artiste venait de lire. Pour lui et pour Keane, le pitch se prête parfaitement à l'expérience tentée. Un test, intitulé Where the Wild Things Are, est auparavant réalisé avec pour toile de fond Max et les Maximonstres de Maurice Sendak. Le petit film de quelques secondes montre le héros, Max, animé par Glen Keane. Ecrivant son prénom sur le mur avec un marqueur bleu, il est interrompu par son chien qui saute sur le lit. Cherchant à attraper l'animal, le garçon regarde sous le lit avant de le poursuivre dans les escaliers, brisant une lampe sur son passage. Si l'animation de Max et de son chien est traditionnelle, le décor est entièrement construit en trois dimensions. Les mouvements de caméra, notamment le passage sous le lit, sont novateurs grâce à l'usage de l'ordinateur. L'essai est présenté aux créateurs de Tron dans leurs locaux de New York. Et c'est concluant. Les exécutifs de Disney sont également enthousiastes. Mais la direction est en plein tourment. Le règne de Ron Miller est sur le point de prendre fin. La production du (Le) Petit Grille-Pain Courageux est cependant lancée. Joe Grant et John Lasseter dessinent les premiers storyboards alors que Glen Keane fait des essais avec le grille-pain sautillant. Mais pour des raisons budgétaires, le projet est sacrifié. Lasseter quitte Disney. Et Glen Keane passe à autre chose.



Basil, Détective Privé

Toujours en freelance, Glen Keane crée quelques publicités pour la télévision. Il travaille aussi pour Ross Bagdassarian Jr. sur The Chipmunk Adventure de Janice Karman qui sort sur les écrans en 1987. Il développe en particulier deux séquences du film : les chansons Boys and Girls of Rock N' Roll et Getting Lucky. Dans le même temps, Glen Keane supervise le personnage du Professeur Ratigan dans Basil, Détective Privé, en particulier la séquence où le méchant poursuit le héros à l'intérieur de Big Ben, dans un décor créé en trois dimensions, dans le même esprit que Where the Wild Things Are. L'animateur se souvient du bon temps passé sur ce film et sur son méchant psychopathe, développé pendant deux mois. Au départ pensé comme un rat malingre et fin comme une fouine, Ratigan a rapidement gagné en épaisseur. Keane a trouvé des éléments du personnage sur une photo du XVIIIe siècle représentant des cheminots, en particulier un mâchant un cigare et portant un haut de forme. Il avoue s'être aussi inspiré des larges épaules de Ron Miller, ancien joueur de football américain, mari de Diane et gendre de Walt Disney, à l'époque Président des studios, et dont la carrure imposait le respect. L'artiste a également trouvé des idées dans le film Quitte ou Double de Richard Whorf. Dans les salles en 1950, il met en scène Ronald Coleman, qui a inspiré Basil, et Vincent Price dans le rôle du méchant. Non seulement Price a donné quelques traits de caractère au personnage, en particulier ses accès de colère, mais il lui prête finalement sa voix. Pour Basil, Détective Privé, Glen Keane anime par ailleurs quelques plans avec Basil et a définit l'apparence du Docteur Dawson, dessiné comme un gentil grand-père avec son pantalon porté très haut. L'animateur s'est ici clairement inspiré de son mentor, Eric Larson, dont la ceinture était également remontée assez haut.


Oliver & Compagnie

Glen Keane, toujours en solo, participe ensuite à la production d'Oliver & Compagnie où il œuvre sur plusieurs personnages marquant du film, de Georgette à Fagin, en passant par le grand méchant Bill Sykes. Animant la chienne Georgette lors de sa chanson La Perfection C'est Moi, il associe une nouvelle fois ses dessins avec un décor animé par ordinateur, en l'occurrence le monumental escalier que le caniche descend après son réveil. Une belle expérience avec des personnages qualifiés de « frais » et de très drôles. Le méchant a néanmoins laissé l'animateur sur sa fin. Car si les premiers storyboards présentaient Sykes dans l'ombre et jamais parfaitement visible à l'écran, le scénario a nécessité de le sortir de son bureau et d'en faire un personnage plus actif afin de renforcer la menace. Et Keane raconte son désappointement dès lors que l'antagoniste bouge. Il confesse aussi ne pas trop aimer l'apparence de Fagin. Car si il a pris du plaisir à le dessiner, il explique qu'il le voyait davantage comme un petit gars rondouillard qui, à l'écran, apparaît finalement comme un grand type maigrichon.



La Petite Sirène

Trois méchants, une souris, un géant... Glen Keane change de registre dans son projet suivant, l'un de ses préférés. Revenu chez Disney, il reçoit le rôle principal du prochain grand classique, La Petite Sirène. Après des personnages d'envergure, il anime là sa première héroïne. Pourtant, au début de la production, Keane hérite du rôle d'Ursula, la sorcière des mers. Mais après avoir entendu Jodi Benson chanter Partir Là-Bas, il demande à John Musker et Ron Clements de changer de rôle, pour le plus grand bonheur des réalisateurs qui avaient pensé à lui en écrivant le scénario. Demandant s'il se sent capable de dessiner une jolie fille, lui qui a donné vie à un grizzly, un géant et à Ratigan, Glen Keane répond qu'il a passé son mariage à dessiner sa femme Linda. Sa source d'inspiration est donc toute trouvée. Le visage d'Ariel est clairement celui de Linda Keane. Et pour son caractère, Glen Keane avoue s'être inspiré de son propre tempérament, au point de dire qu'il est Ariel, ce personnage rêvant de rendre possible ce que chacun juge impossible. L'artiste anime au passage quelques plans avec Eric, personnage qu'il qualifie de « prince standard » et dont il regrette le manque de profondeur.



Bernard et Bianca au Pays des Kangourous

Projet après projet, Glen Keane ne s'arrête pas et enchaîne les personnages. A la fin des années 1980, après Ariel, il se consacre à Marahute, l'aigle royale de Bernard et Bianca au Pays des Kangourous. Pourtant, Keane n'a à l'époque jamais dessiné d'oiseau et n'y connaît strictement rien en termes d'anatomie. Il se tourne alors vers Roy E. Disney, dont l'un des amis, Morley Nelson, possède six aigles dans l'Idaho. Glen Keane passe quelques jours à ses côtés afin d'étudier les volatiles. De retour chez lui, il étudie la structure d'un squelette d'oiseau afin de rendre son animation la plus réaliste possible. Avec étonnement, il découvre ainsi que les os d'un volatile sont sensiblement identiques à ceux d'un homme, avec ses bras, ses épaules, ses poignets, ses doigts... Il observe donc sa femme et se filme en train de mimer le battement d'ailes d'un oiseau. Reste à reproduire ses mouvements sur sa table de dessin. L'aigle Marahute demeure certainement l'une de ses plus belles réussites et la scène du vol, au début du film, l'une des plus belles.



La Belle et la Bête

Pour La Belle et la Bête, Glen Keane est chargé de donner vie au héros, la Bête. Pour le réalisateur Gary Trousdale, le choix de Keane est autant facile que logique. L'animateur a la tâche de dessiner un personnage puissant, une créature massive. Il pense au départ que tout passera par son apparence, ajoutant des cornes et des oreilles plus volumineuses à ses premiers dessins. Mais le résultat est loin d'être à la hauteur. Une nouvelle fois, il doit trouver une source d'inspiration et un sens à son personnage. Lors de la première version du film, il s'était rendu au zoo de Londres pour croquer les loups et étudier leur marche. La Bête devient donc un être qui se déplace, au début du film en tout cas, à quatre pattes comme les canidés. Passant également par le zoo de Los Angeles, où il regarde les gorilles, Keane s'arrête devant la boutique d'un taxidermiste dans laquelle une tête de bison empaillée trône. Achetée par Don Hahn et offerte à Glen Keane, elle sert au design de la tête du personnage qui emprunte à l'animal son regard triste. L'animateur souhaite enfin rencontrer l'interprète du rôle, Robby Benson, afin de définir le caractère du protagoniste. Mais il essuie un refus catégorique de Jeffrey Katzenberg qui lui interdit de voir l'acteur au risque de le dessiner sous les traits d'une bête. Faute de voir son acteur, Glen Keane insuffle au personnage son propre caractère, se souvenant de ses sautes d'humeur lorsqu'il était enfant et qu'il brisait des objets dans sa chambre pour montrer son impatience. Ayant dû apprendre à se contrôler, il avait son personnage dans le sang. La séquence de sa transformation, à la fin du film, reste l'une de ses préférées. Pour la réaliser, il s'est imprégné de L'Esclave mourant de Michel-Ange, ainsi que des Bourgeois de Calais de Rodin. L'étude des pattes de son chien et de ses mains et pieds l'ont aidé à dessiner la transformation des membres de la Bête. Levant la jambe pour regarder l'un de ses pieds, Keane raconte avec humour avoir été surpris par Jeffrey Katzenberg et Roy E. Disney, circonspects de le trouver dans une position improbable !



Aladdin

Souhaitant se consacrer à un projet plus personnel, Glen Keane ne peut résister à l'envie de travailler une nouvelle fois avec les réalisateurs Ron Clements et John Musker, à la tête d'Aladdin. Keane reçoit le rôle du héros qu'il envisage comme un Michael J. Fox du XIVe siècle. Mais Jeffrey Katzenberg estime qu'un personnage ressemblant au comédien ne serait pas à la hauteur de la jolie princesse Jasmine. Il oriente alors son animateur vers Tom Cruise, en particulier vers son rôle dans le film Top Gun. Glen Keane s'inspire également de Scott Weinger, l'interprète d'Aladdin, ainsi que de Rob Willoughby qui sert de modèle en jouant quelques scènes. Il observe en outre des danseurs qui reproduisent les danses du film au Debbue Reynolds Dance Studio. Pour l'ensemble de son travail sur Aladdin ainsi que sur les films précédents, Glen Keane reçoit en 1992 un Reuben de la part de la National Cartoonist Society, remis par son père qui avait lui-même obtenu cette récompense en 1983. Cette année-là, l'artiste est couronné par ailleurs d'un Annie Award.



Pocahontas, une Légende Indienne

Pocahontas, une Légende Indienne est un film bien différent de ceux auxquels Glen Keane a déjà participé. S'occupant du personnage principal, il estime que ce long-métrage requiert des artistes devant dessiner encore mieux qu'auparavant, d'autant plus qu'il s'agit d'une personnalité historique. Le défi est compliqué et la barre est haute. Glen Keane débute en étudiant le livre Feminine Beauty. Il conçoit l'héroïne comme l'exact opposé d'Ariel. Car si la sirène a un look de petite américaine du coin de la rue, Pocahontas doit être plus sobre, avec un visage plus anguleux s'accordant parfaitement avec le style choisi pour le film. Glen Keane se rend à Jamestown, en Virginie, là où le personnage historique a réellement vécu, afin de s'imprégner des lieux. Il y rencontre deux descendantes des Powhatans, Shirley Littledove et Debbie Whitedove. Grâce à elles et aux photos accrochées dans son bureau, il crée une princesse indienne emprunte de spiritualité, forte et confiante, mais capable de briser la tradition pour suivre sa propre voie. Graphiquement, il s'inspire en partie d'un modèle rencontré dans les cours de Tai-Kwan-Do de son fils Max.

Le travail sur Pocahontas, une Légende Indienne est incontestablement une réussite. Mais après la production du film, Glen Keane souhaite prendre du recul. Avec sa femme Linda et ses enfants Claire et Max, il quitte les Etats-Unis et s'installe en France pour une année sabbatique. L'objectif est de s'éloigner de Disney et de retourner à l'école. Aux Beaux-Arts, Keane suit alors des cours de sculpture. Il passe également du temps à apprendre le Français. Il poursuit en outre sa réflexion sur un projet personnel qui trotte sans sa tête depuis des années. L'idée est de créer un film par ordinateur tout en conversant les traits du dessin, dans le même genre que la séquence de Pocahontas, une Légende Indienne où la princesse apparaît cheveux aux vents. Comme toile de fond au film, l'artiste imagine la 9ème Symphonie de Beethoven qui l'a toujours passionnée malgré son intimidation face à une telle partition. Cette idée d'un film personnel, Glen Keane l'a souvent laissée de côté, ne pouvant résister à l'envie de participer à la production de La Belle et la Bête, d'Aladdin puis de Pocahontas, une Légende Indienne.



Tarzan

En 1996, malgré son année sabbatique, Glen Keane ne peut résister au projet suivant : l'adaptation animée de Tarzan. La rencontre entre les réalisateurs, Chris Buck et Kevin Lima, tous les deux honorés et terrifiés à l'idée de collaborer avec le grand Glen Keane, ainsi qu'avec la productrice Bonnie Arnold se déroule en juin 1996 à Londres. L'artiste manifeste son intérêt pour le film mais propose de rester en France et de travailler dans les studios Disney de Montreuil où il débute en septembre. Son travail de recherche mène Keane, ainsi que son fils, en Ouganda où il étudie les gorilles des montagnes. Sa rencontre avec une famille de treize gorilles reste une expérience extraordinaire. Tarzan est conçu comme un homme-animal, avec des caractères empruntés à plusieurs espèces : léopard, panthère, gorille, chimpanzé, gibbon, babouin, serpent. Le plus difficile reste cependant d'animer sa musculature apparente en respectant ces gestes empruntés à la faune. Souhaitant insufflé un côté cartoon au personnage, Glen Keane raconte avoir cherché à reprendre le style des albums de Spirou signés Janry. Il s'est également inspiré des émissions de sports extrêmes regardées par son fils Max, âgé à l'époque de 14 ans, qui lui donnent l'idée de faire surfer Tarzan sur les branches. C'est d'ailleurs cette séquence que l'artiste montre aux réalisateurs enthousiastes en octobre 1996. L'interprète du rôle-titre, Tony Goldwyn, dont l'intensité du regard a charmé Glen Keane, est aussi une référence. Surtout, l'animateur a relu l'œuvre d'Edgar Rice Burroughs et a repris la description faite du héros, très éloigné de tout ce que le cinéma avait pu faire auparavant, notamment dans les films avec Johnny Weissmuller. Il a d'ailleurs visité avec d'autres membres de l'équipe, invité par le petit-fils de l'écrivain, Danton Rice Burroughs, le Burroughs Tarzan Center de Tarzana en Californie. A la fin de la production, Keane recevra une lettre du descendant de l'auteur, jugeant avec bonheur que le travail accompli est en parfaite adéquation avec l'œuvre originale.



La Planète au Trésor - Un Nouvel Univers

Après Tarzan, Glen Keane participe à l'adaptation d'un autre monument de la littérature, L'Île au Trésor de Robert Louis Stevenson, transposée dans l'espace. Sous la direction de Ron Clements et John Musker, Keane se charge de l'animation de John Silver, pirate alien d'une cinquantaine d'années, avenant, drôle, mais représentant une vraie menace. Mi-homme, mi-robot, le méchant est un cyborg dont le bras et l'œil sont des prothèses mécaniques. Si Glen Keane anime le personnage traditionnellement, les deux appendices sont quant à eux créés par ordinateur par Eric Daniels. Pour l'œil, Keane imagine un mécanisme emprunté à un vieux train, avec une roue actionnée par un bras tournant. En apparence comme au niveau de son caractère, John Silver est un humain chaleureux, mais également une machine complexe, capable des meilleurs comme des pires sentiments. Mentor du jeune Jim Hawkins, il devient à cause des circonstance une réelle menace pour le garçon. Silver est au final l'un des points forts de La Planète au Trésor - Un Nouvel Univers.



Raiponce

En 2007, Glen Keane reçoit un Winsor McCay Award pour l'ensemble de sa contribution au domaine de l'animation. A cette époque, l'artiste est au travail sur un nouveau film, Raiponce. Mais il ne s'agit plus ici d'animer un personnage. Glen Keane est promus au rang de réalisateur. Au départ prévu en animation traditionnelle puis envisagé en 3D, l'idée d'adapter l'histoire de Raiponce remonte au début des années 2000. Soucieux de se faire la main sur ordinateur, Keane fait un premier essai en animant Ariel pour l'attraction Mickey's PhilharMagic de Walt Disney World. Content du résultat, il se lance alors dans la réalisation de Raiponce. Il n'est cependant pas seul aux commandes de cette énorme machinerie. Il s'adjoint les services de Dean Willins, son coréalisateur, ainsi que de Dave Goetz, nommé directeur artistique. Et le film, auparavant pensé comme une farce à la Shrek, redevient l'adaptation fidèle du conte. Mais en octobre 2008, la production est arrêtée. Glen Keane est stoppé net dans son élan par un problème de santé. Il lâche alors la réalisation, confiée à Nathan Greno et Byron Howard, les metteurs en scène de Volt, Star Malgré Lui. Keane conserve cependant un poste de producteur exécutif et surtout de guide pour les animateurs. Raiponce est un succès pour les studios Disney. Au passage, le film compte deux Keane à son générique, la fille de Glen, Claire, ayant participé à la production.

Associé à la production de Paperman et des (Les) Mondes de Ralph, Glen Keane annonce son départ des studios Disney le 23 mars 2012. Il met ainsi un terme à quelques 38 ans de carrière chez Mickey. Dans sa lettre d'adieu, il explique qu'il n'abandonne pas son travail pour autant mais qu'il souhaite se lancer « à la découverte de nouvelles terres inexplorées ». Rendant hommage à ses mentors Eric Larson, Frank Thomas et Ollie Johnston, il réaffirme sa chance d'avoir travaillé dans l'entreprise pendant toutes ces années et explique ne pouvoir résister aux sirènes du changement. Son départ est suivi, quelques mois plus tard, de la récompense suprême pour tout artiste des studios de Mickey. En 2013, Glen Keane reçoit un Disney Legends Award pour l'ensemble de sa contribution.



Duet

En décembre 2013, Glen Keane s'associe au Motorola's Advanced Technology and Projects Group pour créer un film d'un nouveau genre, l'aboutissement de ce projet qu'il a délaissé pendant des années. Intitulé Duet, il s'agit d'un court-métrage d'animation interactif. Présenté le 25 juin 2014 à la Google I/O Conference de San Francisco, il raconte pendant 3 minutes et 40 secondes la vie d'un homme, d'une femme et d'un chien, de leur toute petite enfance à l'âge adulte, en passant par les premiers pas, l'adolescence, une carrière de danseuse pour la femme, la vie au grand air du garçon et de son chien, et finalement leurs retrouvailles et leur amour naissant. Reprenant sur un fond bleu roi les dessins de l'animateur sans aucune mise au net, le petit film rappelle parfois l'œuvre passée de Glen Keane. Les deux bébés et enfants font en effet penser à Tarzan ou au jeune Jim Hawkins au début de La Planète au Trésor - Un Nouvel Univers. Et le jeune homme grimpant aux arbres et le long d'une falaise fait écho à Tarzan. Duet est novateur car si un film d'animation traditionnel est composé de 24 images par seconde, lui en compte 60. Surtout, il est conçu de telle manière que le spectateur puisse suivre à l'envie chacun des personnages en bougeant son téléphone pour modifier le point de vue. Véritable œuvre d'art poétique, Duet est donc une prouesse technologique que chacun peut apprécier différemment. Et à Glen Keane d'avouer s'être senti comme ces pionniers de l'animation au début du siècle précédent. Le court-métrage reçoit une nomination aux Annie Awards ainsi qu'à l'Oscar du Meilleur Court-Métrage.

Très discret, Glen Keane vient de livrer avec Duet l'un des plus beaux courts-métrages d'animation de ces dernières années. Toujours à la pointe de la technologie, véritable pionnier dans son domaine, il apparaît en 2015 dans le court-métrage Step Into the Page. Créé pour le Future of Storytelling Summit, le film réalisé par Ashley Rodhom montre l'animateur assis devant sa table de dessin. Avec sa mine, il donne vie à Ariel, au bébé de Duet, à la Bête, à Tarzan tout en exprimant l'idée que chaque ligne tracée sur le papier est comme un « sismographe émotionnel ». Bientôt, l'artiste troque son crayon et ses feuilles contre un casque Vive d'HTC et un pinceau 3D relié à l'application Tilt Brush App développée par Google. Et grâce à cette technologie de pointe, ses dessins d'Ariel et de la Bête, en 2D sur le papier, deviennent de magnifiques œuvres en relief dépourvues de tout côté plat, et qu'il est possible de voir sous différents angles. Keane trace dans le vide chacun des traits donnant vie aux personnages. La technique est balbutiante, certes, mais prometteuse. Sublime !

Toujours en 2015, Glen Keane propose un nouveau court-métrage, Nephtali. Le film de 3 minutes 45, co-réalisé avec Benoît Philippon, réalisateur de Lullaby et Mune, le Gardien de la Lune, chargé ici des prises de vues réelles, présente l'animateur en train de croquer la danseuse Marion Barbeau dans les sous-pentes de l'Opéra de Paris. Son travail de recherche aboutit à une séquence animée magnifique présentant ses crayonnés prenant vie.

Celui qui s'est fait un stock de crayons Braisdell Layout (les mêmes que ceux utilisés par John Lounsbery et qui ne sont plus fabriqués depuis des années) poursuit donc sa carrière loin des projecteurs des studios Disney. Et si les Neuf Vieux Messieurs ont marqué les studios Disney pendant les premières décennies des studios, il est indéniable que Glen Keane fait partie comme elles des légendes de l'entreprise. Un artiste incontournable !

La filmographie

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001
Les Aventures de Bernard et Bianca
Animateur • Animation 2D
1977
Cinéma
1977
Cinéma
002
Peter et Elliott le Dragon
Animateur • Animation 2D / Film "Live"
1977
Cinéma
1977
Cinéma
003
Intervenant • Documentaire
1981
Télévision
1981
Télévision
004
Rox et Rouky
Superviseur de l'Animation • Animation 2D
1981
Cinéma
1981
Cinéma
005
Le Noël de Mickey
Animateur • Animation 2D
1983
Cinéma
1983
Cinéma
006
Animateur : Where the Wild Things Are • Compilation • Animation 2D / Animation 3D / "Live"
1984
Télévision
1984
Télévision
007
Taram et le Chaudron Magique
Superviseur de l'Animation : Eilonwy / Gurgi • Animation 2D
1985
Cinéma
1985
Cinéma
008
Basil, Détective Privé
Superviseur de l'Animation : Professeur Ratigan • Animation 2D
1986
Cinéma
1986
Cinéma
009
Oliver & Compagnie
Superviseur de l'Animation : Sykes / Georgette / Fagin • Animation 2D
1988
Cinéma
1988
Cinéma
010
Intervenant • Compilation • Animation 2D
1989
Télévision
1989
Télévision
011
Intervenant • Promotionnel • Animation 2D
1989
Télévision
1989
Télévision
012
La Petite Sirène
Superviseur de l'Animation : Ariel • Animation 2D • Disney Digital 3-D
1989
Cinéma
1989
Cinéma
013
Bernard et Bianca au Pays des Kangourous
Superviseur de l'Animation : Marahute • Animation 2D
1990
Cinéma
1990
Cinéma
014
La Belle et la Bête
Superviseur de l'Animation : La Bête • Animation 2D • Disney Digital 3-D
1991
Cinéma
1991
Cinéma
015
Intervenant • Promotionnel • Animation 2D
1991
Télévision
1991
Télévision
016
Aladdin
Superviseur de l'Animation : Aladdin • Animation 2D
1992
Cinéma
1992
Cinéma
017
Intervenant • Promotionnel • Animation 2D
1993
Télévision
1993
Télévision
018
Intervenant • Promotionnel • Animation 2D / "Live"
1995
Télévision
1995
Télévision
019
Pocahontas, une Légende Indienne
Superviseur de l'Animation : Pocahontas • Animation 2D
1995
Cinéma
1995
Cinéma
020
Frank et Ollie
Intervenant • Documentaire
1995
Cinéma
1995
Cinéma
021
Tarzan
Superviseur de l'Animation : Tarzan adulte • Animation 2D
1999
Cinéma
1999
Cinéma
022
La Planète au Trésor - Un Nouvel Univers
Superviseur de l'Animation : John Silver • Animation 2D
2002
Cinéma
2002
Cinéma
023
Pixar Story
Intervenant • Documentaire
2007
Cinéma
2007
Cinéma
024
Raiponce
Producteur / Directeur de l'Animation : Raiponce • Animation 3D • Disney Digital 3-D
2010
Cinéma
2010
Cinéma
025
Les Mondes de Ralph
Artiste • Animation 3D • Disney Digital 3-D
2012
Cinéma
2012
Cinéma
026
Paperman
Artiste • Animation 2D / Animation 3D • Disney Digital 3-D
2012
Cinéma
2012
Cinéma
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