Jobless Joe
Date de création :
Le 01 janvier 2000
Nom Original :
Jobless Joe
Créateur(s) :
Eric Goldberg
Susan Goldberg
Bert Klein
Andreas Wessel-Thermorn
Apparition :
Cinéma

Le portrait

rédigé par
Publié le 06 juillet 2024

Au début des années 1990, Roy E. Disney, fils de Roy O., concrétise le rêve de son oncle Walt en offrant une suite à Fantasia, le concert animé sorti en 1940. Baptisé Fantasia 2000, ce nouveau long-métrage convoque alors certains des plus grands compositeurs passés et présents tels que Paul Dukas, Ludwig Van Beethoven, Ottorino Respighi, Dmitri Chostakovitch, Camille Saint-Saëns, Sir Edward Elgar et Igor Stravinsky. La partition de Rhapsody in Blue de George Gershwin est également sélectionnée pour dépeindre la vie tumultueuse d’une poignée de new-yorkais parmi lesquels figure Jobless Joe, un pauvre bougre au chômage dont le rêve le plus cher serait de retrouver un jour un emploi…

Jobless Joe ou l'épreuve des aléas de la vie

La clarinette de Jim Kanter se met à vibrer alors que se dessine à l’écran les contours des gratte-ciel de New York. Le jour se lève alors gentiment sur la ville encore endormie. Assis au comptoir d’un diner, Joe traîne avec lui son marasme et son désarroi. Mentionnée à la Une de la presse, la crise économique a détruit des milliers d’emplois. Joe fait partie de ces chômeurs victimes de la mauvaise conjoncture...

Accablé, Jobless Joe n’est plus que l’ombre de lui-même. Fouillant dans ses poches, il ne trouve même plus de quoi payer son café. Une pièce de monnaie maladroitement perdue par un autre client lui permet malgré tout de régler son ardoise. Les mains dans les poches et la tête enfouie dans le col de sa veste, Joe erre d’un pas lourd dans les rues. Soudain, une pomme laissée sur le sol attire son attention. Il hésite entre la manger pour calmer sa faim ou bien la remettre sur l’étale de l’épicerie du coin. À l’évidence affamé, il fait face à un cruel dilemme. Sa réflexion ne dure toutefois pas longtemps. Le prenant pour un voleur, un policier le fait déguerpir sans ménagement tout en récupérant le fruit dans lequel il croque sans aucune gêne.

Plus tard dans la journée, Jobless Joe contemple la vie du haut d’un gratte-ciel. Appuyé sur le parapet, il observe les badauds en train de glisser sur la patinoire du Rockefeller Center. Lui-même se prend à rêver d’un avenir meilleur dans lequel il serait en mesure de pointer au travail tous les matins et ainsi gagner dignement sa vie.

Ramené à sa morne réalité, Joe voit bientôt son vœu se réaliser de la plus surprenante des manières. Perché sur sommet d’un gratte-ciel en construction, Duke, un autre new-yorkais, rêve lui aussi d’une autre vie. Au départ hésitant, il décide finalement de prendre son destin en main. Il bazarde ainsi son casque de chantier et son marteau-piqueur qui, par le plus pur fruit du hasard, se retrouvent entre les mains de Joe qui passait par là.

Ne comprenant pas ce qui se passe, Joe est alors saisi au collet par un contremaître persuadé qu’il fait partie de son équipe. Lui indiquant qu’il est en retard, il le force à pointer et l’envoie fissa sur le chantier. Le sourire jusqu’aux oreilles, Joe rayonne de bonheur. Il vient de retrouver un emploi. Il va enfin pouvoir vivre sa vie normalement. Au rythme du pilon qui tape lourdement pour enfoncer une poutre en bois dans le sol, il travaille avec gaieté. Il est tellement galvanisé par sa tâche qu’il ne se rend au départ pas compte que son crochet vient de se coincer dans le col du manteau en fourrure de Margaret, une femme aisée qui se retrouve soudain soulevée du sol pour le plus grand bonheur de son époux, Flying John, enfin débarrassé d’elle !

Rivetant les poutrelles d’acier, Joe est au comble du bonheur. Toujours aussi radieux, il salue alors Margaret qui, suspendue à plusieurs dizaines de mètres du sol, hurle pour attirer son attention. Mais c’est peine perdue pour la vieille femme, joyeusement ignorée par Joe qui, avec bonhommie, poursuit son ouvrage comme si de rien n’était !

La Conception du personnage

Homme d’âge mûr souffrant de la mauvaise conjoncture économique, Jobless Joe est l’un des protagonistes du segment inspiré de Rhapsody in Blue, l’une des œuvres maîtresses de George Gershwin composée en 1924. Mêlant jazz et musique classique, le morceau, magnifique, illustre ici le quotidien de quelques New-Yorkais désabusés rêvant chacun d’une autre vie. Duke, un ouvrier de chantier, rêve notamment de pouvoir un jour se consacrer pleinement à sa passion pour la musique. Rachel, une petite fille confiée à sa nounou, aimerait quant à elle pouvoir passer plus de temps avec ses parents, tous les deux trop obnubilés par leur travail. John, pour sa part, souhaiterait obtenir un peu plus de considération de sa femme, Margaret, qui le brime sans cesse et lui interdit formellement toute forme d’amusement. Joe, enfin, est donc un chômeur touché de plein fouet par la Dépression et qui espère bien pouvoir retrouver un travail et une vie épanouissante.

Héros désabusé surnommé par ses créateurs « Jobless Joe » (« Joe le chômeur »), Joe est un pauvre hère à la vie morne et grisonnante. Le caractère lugubre de son quotidien est souligné par son visage marqué par des cernes profondes. Son costume et sa cravate peuvent suggérer qu’il était jadis un employé de bureau, voire peut-être un cadre épanoui et aisé. Mais les aléas de la vie ont eu tôt fait de ruiner son existence. Il incarne ainsi le Rêve américain brisé dans ces États-Unis où chacun peut être touché par la fortune et l’infortune du jour au lendemain… Pour renforcer encore l’accablement du personnage, les artistes de Disney l’ont affublé de couleurs froides, en particulier une peau grisâtre et un costume bleu azur.

Comme l’ensemble des personnages de l’opus, Jobless Joe est une création d’Eric Goldberg, le réalisateur de la séquence, et de son épouse Susan.
Originaire de Levittown, en Pennsylvanie, où il voit le jour le 1er mai 1955, Eric Goldberg fait ses études au Pratt Institute de Brooklyn d’où il sort diplômé en dessin. Dès le milieu des années 1970, il est engagé par Richard Williams pour qui il travaille comme animateur sur le film Raggedy Ann & Andy: A Musical Adventure. Installé à Londres, Eric Goldberg fonde bientôt son propre studio, Pizazz Pictures, spécialisé dans la réalisation de publicités animées. À la fin des années 1980, il rejoint les studios Disney et se voit confier l’animation du Génie dans Aladdin, un travail qui lui vaut une nomination aux Annie Awards. Collaborant avec la légende Chuck Jones pour créer la séquence animée de Madame Doubtfire, Goldberg est promu co-réalisateur de Pocahontas, une Légende Indienne aux côtés de Mike Gabriel avant d’être choisi pour donner vie à Philoctète dans Hercule.


Eric et Susan Goldberg

Après les segments inspirés de Rhapsody in Blue et du (Le) Carnaval des Animaux inclus dans Fantasia 2000, Eric Goldberg réalise les séquences animées du long-métrage Les Looney Tunes Passent à l’Action réalisé par Joe Dante pour le compte de Warner Bros. Prêtant au passage sa voix à Titi, Marvin le Martien et Speedy Gonzales, l’artiste, une fois encore nommé aux Annie Awards, anime avec Bob Kurtz le générique de La Panthère Rose en 2006 avant de revenir chez Disney. Là, il réalise l’animation de l’attraction Grand Fiesta Tour Starring The Three Caballeros installée à Epcot. Il collabore aussi à la production de Comment Brancher son Home Cinéma avec Dingo puis à celle de La Princesse et la Grenouille où il anime le personnage de Louis. Une fois encore en lice aux Annie Awards, il supervise Coco Lapin dans Winnie l’Ourson et les tatouages de Maui dans Vaiana, la Légende du Bout du Monde. Il participe en outre à la conception du storyboard des (Les) Mondes de Ralph ainsi qu’à l’animation du court-métrage À Cheval ! avec Mickey qu’il anime aussi dans les spectacles Nighttime Spectaculars au Disneyland Park, Disney Gifts Of Christmas And Celebrate! à Tokyo Disneyland et We Love Mickey à Hong Kong Disneyland. En 2010, un Winsor McCay Award couronne l’ensemble de sa carrière.

Eric Goldberg collabore avec son épouse Susan (Sue) Goldberg. Mariée le 7 septembre 1982, celle-ci naît le 6 octobre 1957. Engagée chez Disney, elle participe aux productions de Pocahontas, une Légende Indienne, Le Bossu de Notre-Dame, Hercule puis Les Simpson : Le Film pour le compte de 20th Century Fox. Élevée au rang de directrice artistique chargée de la mise au net de la séquence animée de Madame Doubtfire, elle collabore avec son mari lors de la production de Fantasia 2000. Elle est alors récompensée par un Annie Award pour son travail. Susan Goldberg participe également à la réalisation du film Magic Lamp Theater à Tokyo DisneySea ainsi qu’à celle d’A Monkey’s Tale pour le centre culturel bouddhiste d’Hong Kong. Toujours pour Disney, elle conçoit la façade de l’Animation Pavilion de Disney California Adventure.

L’apparence graphique de Jobless Joe, comme celle de l’ensemble des personnages de Rhapsody in Blue, s’inspire de l’œuvre incontournable de l’illustrateur Al Hirschfeld. Né à Saint-Louis le 21 juin 1903, l’artiste suit les cours de l’Art Students League de New York. Passant durant son cursus par Paris et Londres où il apprend la peinture, le dessin et la sculpture, il est repéré en 1924 par la rédaction du New York Herald Tribune grâce à l’entremise de son ami l’attaché de presse Richard Maney. Publiée dans le New York Times et dans des dizaines d’autres journaux et revues, l’œuvre d’Hirschfeld se distingue par son style inimitable et l’usage de lignes épurées tracées à l’encre noire avec une plume de corbeau taillée par ses soins. Durant sa carrière longue de près de quatre-vingts ans, le dessinateur a ainsi croqué les plus grandes célébrités du XXe siècle. Outre Rhapsody in Blue, son style a inspiré Eric Goldberg au moment d’animer le Génie d’Aladdin. Honoré par la Medal of Art remise par la National Endowment of the Arts, par le National Medal of Arts et par une étoile sur le St. Louis Walk of Fame, Al Hirschfeld disparaît le 20 janvier 2003. Une partie de son œuvre est exposée au Metropolitan Museum of Art et au Museum of Modern Art de New York et au sein de l’Université d’Harvard.

Al Hirschfeld
Autoportrait d'Al Hitschfeld

L’animation de Jobless Joe est notamment supervisée par Bert Klein et Andreas Wessel-Thermorn.
Bert Klein débute sa carrière au début des années 1990 avec Tom et Jerry : Le Film. Il rejoint ensuite les équipes de Disney et travaille sur Dingo et Max, Pocahontas, une Légende Indienne, Hercule, Mulan, Tarzan et Fantasia 2000, film dans lequel il anime également la petite Rachel. Il donne également vie à Pacha dans Kuzco, l’Empereur Mégalo, John Silver dans La Planète au Trésor - Un Nouvel Univers avant de collaborer avec Eric Goldberg lors de la réalisation des (Les) Looney Tunes Passent à l’Action. Superviseur de l’animation de Fat Albert, son nom est inscrit aux génériques de Johnny Test, Le Noël des Looney Tunes, Les Simpson et Le Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi aux côtés de l’équipe chargée des effets spéciaux. De retour chez Disney, Klein anime Louis et le rêve de Tiana dans La Princesse et la Grenouille et travaille entre autres sur Winnie l’Ourson, Les Mondes de Ralph, La Reine des Neiges, Le Festin, Les Nouveaux Héros, Zootopie, Vaiana, la Légende du Bout du Monde, Ralph 2.0, Downtown, La Reine des Neiges II, Raya et le Dernier Dragon et Encanto, la Fantastique Famille Madrigal.

Bert Klein
Andreas Wessel-Thermorn

Originaire d’Allemagne, Andreas Wessel-Thermorn commence sa carrière au début des années 1990 avec des participations aux productions du (Le) Voleur et le Cordonnier, Balto, Charlie 2 et Space Jam. Impliqué dans la conception de Dingo et Max, il poursuit chez Disney avec l’animation d’Hercule dans le grand classique éponyme, puis celle de Kala dans Tarzan. Après Fantasia 2000, il travaille sur Kuzco dans Kuzco, l’Empereur Mégalo puis enchaîne avec Les Aventures de Porcinet, Les Looney Tunes Passent à l’Action, La Ferme se Rebelle, Fat Albert, Georges, le Petit Curieux, La Petite Fille aux Allumettes et Le Secret de la Petite Sirène. Animateur de Mama Odie et Juju dans La Princesse et la Grenouille, sa filmographie est complétée avec des films comme Yogi l’Ours, Tom et Jerry & le Magicien d’Oz, Les Schtroumpfs et la Légende du Cavalier sans Tête, Le Retour de Mary Poppins ou bien encore Space Jam : Nouvelle Ère et Tic et Tac, les Rangers du Risque – Le Film.

Les Autres Apparitions de Jobless Joe

En 2023, les Walt Disney Animations Studios célèbrent en grande pompe leur centième anniversaire avec Il Était une Fois un Studio, un court-métrage spécial dans lequel sont exceptionnellement rassemblés des centaines de personnages Disney d’hier et d’aujourd’hui.

Jobless Joe est notamment de la partie et figure aux côtés de Rachel, Duke et Flying John sur la grande et belle photo de famille prise par Dingo sur l’esplanade du Roy E. Disney Animation Building.

Empli de mélancolie et de tristesse, Jobless Joe incarne avec justesse et émotion ces personnes qui, malgré elles, peuvent parfois se retrouver du jour au lendemain victimes de la conjoncture. En retrouvant un emploi à la fin de la séquence, il donne cependant une belle note d’espoir en démontrant qu’il ne faut jamais baisser les bras et que la chance peut se trouver par hasard au détour d’une rue.

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