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Il Était une Fois...
L'Univers Disney

2 - Des Thèmes Fédérateurs et Universels

Précédemment, on a vu que le succès des films des studios Disney était du, pour une part, au climat qui régnait dans les studios et à l'âme insufflée par leurs créateurs. Mais la véritable clé du succès vient des thèmes véhiculés dans leurs différents films d'animation. Walt Disney a toujours dit qu'il faisait des films pour les personnes qui avaient gardé intacte la petite lueur de leur enfance. Il a ainsi instauré une recette pour la réussite de ses films d'animation et qui, 70 ans après la création de son premier cartoon, est encore appliquée. Cette recette est un savant mélange de manichéisme (héros contre méchants), d'humour et de personnages secondaires.

2.1-L'histoire d'un héros

Pour de nombreuses personnes, les films d'animation Disney sont tirés de contes de fées qui sont très manichéens. Mais si on fait le bilan sur 36 long-métrages seuls 7 sont effectivement tirés de contes, le reste étant tiré de pièces de théâtre, de romans, de mythologies ou de légendes. Mais il est vrai que dans la grande majorité des films d'animation, le méchant est présent. Si, comme on va le voir plus loin, c'est lui qui donne l'âme du film, le fil conducteur, la trame du film vient du héros. Par "héros", on comprendra personnage principal et non, personnage accomplissant des actions héroïques. Il existe deux types d'histoire : l'une avec un héros victime du méchant, l'autre racontant le destin ou la quête d'un héros.

2.1.1 Le héros victime

Sur les deux types de héros, ce fut l'utilisation du "héros victime" que les studios Disney développèrent dans un premier temps. Si on prend les premiers long-métrages, nombreux sont des "héros victimes". Afin de mieux analyser ce genre de personnage dans l'œuvre des studios, nous allons tout d'abord définir le terme "héros victime". Vladimir Propp, dans son livre La morphologie des contes, donne la définition suivante du "héros victime" : « le "héros victime" est le personnage qui souffre directement de l'action de l'agresseur au moment où se noue l'intrigue ». En fait, le héros, c'est à dire ici le protagoniste principal de l'histoire, est plutôt passif. Il subit les actions de l'agresseur ou du méchant. On verra que chez Disney, il existe deux types de "héros victime".

Cette définition est particulièrement vraie pour les premières princesses. Parfois, elles ne se rendent même pas compte qu'un tiers leur veut du mal. La princesse Aurore dans La Belle au Bois Dormant ne sait jamais durant tout le film que la fée maléfique lui a jeté un sort. Durant 16 ans, elle est cachée dans la forêt. Puis sans trop savoir pourquoi, elle retourne au palais chez ses parents. Là, la fée maléfique la met dans un état second et la fait piquer à une quenouille, la plongeant dans un profond sommeil. Ainsi, elle dort pendant que le prince et les bonnes fées se battent pour la sauver. Ce sont tous les personnages secondaires qui combattent la méchante et deviennent des héros à la poursuite d'une quête : délivrer la princesse. De même, Blanche Neige sait grâce à la bonté du chasseur que sa belle-mère lui veut du mal mais sa seule action sera de fuir dans la forêt, et encore l'idée lui sera proposée par ce même chasseur. Elle ne saura même pas que la vieille femme est en fait sa belle-mère. Ce sont les nains qui protégeront la jeune fille et puniront la sorcière. Ces deux héroïnes de même qu'Alice ou Cendrillon sont le type même des héroïnes Disney qui vont se perpétuer jusque dans les années 80 : de belles femmes, douces et gentilles, mais qui sont fades et passives. On verra dans la partie suivante que cet état de fait a beaucoup évolué. Mais, il est facile de savoir d'où vient cette image de l'héroïne. Il faut savoir qu'à l'époque c'est à dire entre les années 30 à 60, la femme idéale était une bonne épouse, une bonne mère et une bonne ménagère. On voyait mal les femmes rentraient dans l'action et se battre pour leur idéal. Les mœurs ont changé et le rôle des femmes dans les films d'animation aussi.


Aurore dans La Belle au bois Dormant

Il existe, un autre type de "héros victimes" : c'est un héros qui déambule durant l'histoire, rencontre plusieurs personnages, méchant ou non. L'histoire de ce héros s'appuie plus sur une série d'incident plutôt que sur une intrigue. Si le premier style de "héros victimes" était surtout tiré de contes, ce genre de "héros victimes" vient surtout des romans pour enfant. On pense en particulier à Pinocchio , Merlin l'Enchanteur ou Le Livre de la Jungle. Le héros rencontre différents personnages secondaires et parmi ceux-ci un ou plusieurs méchants. Dans Le Livre de la Jungle, Mowgli a affaire à Kaa, le serpent, et à Sher Kann, le tigre. Si ce type de héros est moins passif que les héroïnes vues plus haut, il est victime des rencontres qu'il fait. Il ne serait rien arrivé à Pinocchio s'il n'avait pas rencontré Grand Coquin, le renard et Gédéon, le chat. Par son innocence, il se fera entraîner dans des aventures qui lui feront perdre la trace de son père et rencontrer de nombreux méchants : le marionnettiste Stromboli, le cocher de l'île aux plaisirs ou la baleine Monstro. Il est étonnant de voir que ce genre de "héros victimes" est représenté toujours de la même manière. Ce sont des garçons d'une dizaine d'années, maigrichons, courageux mais téméraires. 


Moustique dans Merlin l'Enchanteur

Ce schéma sera repris une dernière fois dans Taram et le Chaudron Magique. Taram a la même morphologie que Moustique ou Mowgli, il rencontre malencontreusement le Prince des Ténèbres et doit le combattre. Mais à la différence des autres, on n'arrive pas vraiment à savoir si c'est un "héros victime" ou un "héros quêteur". Le fait que le film oscille entre les deux cas fragilise le récit. On voit qu'il est important de bien définir le type de héros pour avoir un récit qui tient la route. A partir de ce film, les studios vont de plus en plus faire des "héros quêteurs" qui rentrent dans l'action et vont se mettre à raconter l'histoire de destins étonnants.

2.1.2 Le héros quêteur

Depuis la fin des années 80, les héros sont devenus de moins en moins victimes et passifs. Les héros vont gagner en personnalité, ils vont avoir un but : poursuivre une quête. Vlademir Propp définit un "héros quêteur" comme : « le personnage qui accepte de réparer le malheur ou de répondre au besoin d'un autre personnage ». 

Parfois, les héros (ou héroïnes) de Disney sont beaucoup plus égoïstes bien que tous aient une quête mais c'est souvent une quête personnelle. Arielle, La Petite Sirène, cherche à découvrir le monde humain et à vivre avec le prince de ce royaume. Aladdin cherche une vie meilleure en compagnie de la fille du sultan dont il est tombé follement amoureux. On remarque que le but de ces héros est leur bonheur personnel mais à l'inverse des "héros victimes", ils n'hésitent pas à prendre des risques pour réussir.

Mais, il existe des héros Disney qui correspondent bien à la définition de Vladimir Propp. Dans La Belle et la Bête, Belle n'hésite pas à prendre la place de son père pour le sortir des griffes de la Bête. Pocahontas défie son père et son peuple en s'interposant comme bouclier humain afin de sauver l'Anglais John Smith et de préserver la paix entre les deux civilisations. Quasimodo, dans Le Bossu de Notre-Dame, désobéit à Frollo, son père adoptif, et délivre Esmeralda du bûcher auquel elle était condamnée. Hercule sauve l'olympe, le monde et Mégara, sa dulcinée, d'Hadès cruel dieu des enfers. Mais l'exemple le plus frappant est sûrement le choix de Mulan qui n'hésite pas à se travestir en homme et partir à la guerre à la place de son père souffrant, afin de sauver l'honneur de sa famille.


Quasimodo du Bossu de Notre-Dame

Tous ces héros ou héroïnes n'hésitent pas à s'investir, ils ont beaucoup plus de personnalité. Le changement dans le caractère des héroïnes est beaucoup plus flagrant. Si les jeunes filles étaient des victimes sans défense, dans les films actuels elles n'hésitent pas à prendre les armes (Le Bossu de Notre-Dame, La Petite Sirène ). Elles sont représentées de manière beaucoup plus dévêtues que dans les premiers long-métrages (Esmeralda, Ariel, Mulan ou Jasmine dans Aladdin). Mégara, la jeune fille dans Hercule, est même devenue carrément une garce qui mène les hommes par le bout du nez.

Tout ceci montre bien le changement de mœurs au sein des studios Disney. Mais il est amusant de voir le décalage entre les changements dans la société et aux seins du studios. Et un fait intéressant est que le succès est revenu lorsque les studios Disney ont pris conscience de ce bouleversement de pensée. Le public ne se reconnaissait plus dans les héros des long-métrages. Pour apprécier un film, il est important de s'identifier, même inconsciemment, à un personnage : le héros ou le méchant. D'ailleurs, la réussite de l'un dépend beaucoup de l'autre. Même si les héros ont toujours été un peu fades, les studios ont toujours su que les méchants étaient quasiment tout le temps l'âme du film. C'est pour cette raison qu'ils ont toujours soigné ceux-ci.


Megara, l'amie d'Hercule

2.2-Le méchant, une vraie star

L'âme des films Disney vient des méchants. Depuis toujours, le public est fasciné par les méchants. Leur comportement est aberrant ; de ce fait, ils ont plus de relief que les personnages classiques et sont à l'origine de situations extrêmes. Le méchant agit et le héros réagit. Ainsi, l'histoire se construit. Que le méchant soit le mal incarné ou tout simplement implacable dans la poursuite de ses objectifs, ses victimes se voient obligées de réagir avec véhémence sous le regard des spectateurs impuissants, devant les irrémédiables blessures, les moments de terreur, les sombres desseins. Dans cette partie, nous parlerons dans un premier temps de ce que les méchants apportent au film et comment le public les ressent, puis des différentes sortes de méchants qu'on peut rencontrer dans les films.

2.2.1 Le public captivé par le manichéisme

Le méchant possède, en fait, une personnalité humaine vue dans un miroir déformant. Les défauts sont toujours exagérés et cela se voit dans le graphisme du personnage. Les figures des méchants sont représentées par un dessin fort, dépourvu de réalisme, épargnant au public toute possibilité d'identification aux personnages. On peut regarder bien qu'impressionné, en toute sécurité, sans jamais penser qu'il peut sortir de l'image et vous toucher. Les méchants sont inoubliables parce qu'ils sont divertissants. Parfois, le public rit, mais surtout il se trouve arraché à ses sempiternels problèmes pour rejoindre une époque et des lieux qui le captivent avec le suspense envoûtant d'une histoire mystérieuse. Le public sait que la victime sera sauvée. Mais pour l'instant, le méchant semble être l'inévitable vainqueur. L'intrigue est ainsi faite qu'elle prévoit une victime très vulnérable, sur le point de perdre, face à un adversaire plus redoutable.

Une très importante part de cet équilibre revient à la victime, dont la personnalité doit être suffisamment forte presque autant que celle du méchant. Qu'il s'agisse d'un héros solitaire ou d'une petite équipe de défenseurs, le public doit être attiré par eux, comprendre la précarité de leur situation et ressentir leurs tourments, encourager leurs efforts et savourer leur succès. S'il n'y a pas de victime, il n'y a pas de malheur, juste une menace en suspens. Si la victime est sympathique et attachante, le public marche. Quand le méchant accroît son pouvoir, la victime lutte avec frénésie, cherchant la solution pour s'en sortir. C'est ce que le méchant force la victime à faire qui rend l'histoire mémorable plutôt qu'ordinaire. C'est un équilibre factice : l'aptitude de chacun à faire le mal est plus grande que la capacité d'une personne à faire le bien. En plus, le méchant dispose habituellement d'un plan là où le héros ou l'héroïne sont pris au dépourvu. Les méchants ont leurs propres lois. Ils ne s'inquiètent jamais de savoir s'ils font le bien. Ils peuvent mentir, tricher, tuer, et vivre sans culpabilité, cas de conscience ou honneur. La plupart du temps, ils croient au bien-fondé de leurs propres actes puisqu'ils se considèrent eux-mêmes comme les véritables victimes d'une injustice. Ils pensent qu'ils devraient jouir du pouvoir, de la gloire, des récompenses qui ont été injustement attribués à quelqu'un d'autre. Cette erreur doit être réparée.

On remarque qu'un méchant faible, nécessite rarement la création d'un grand héros. Si l'histoire ne fait pas apparaître les méchants d'une façon convaincante, la menace disparaît et l'intrigue perd son âme. Inversement, un héros (ou une héroïne) passif, timide ou trop timoré pour parler, ne nous aide pas à comprendre l'état d'esprit de l'agresseur qui veut se débarrasser de « ces êtres stupides qui se mêlent de ce qui ne les regardent pas ». En revanche, les victimes habiles, combatives, inflexibles, obligent les méchants à révéler des types de comportements plus profonds et dévoiler leurs sentiments. Le public, captivé par ce qu'il voit, croit au succès et s'implique fortement au moment du dénouement, éprouvant de la sympathie devant les souffrances endurées. La victime à ce qu'elle veut et lorsque s'élève la musique, le public bouleversé se retire, riche d'heureux moments qu'il n'oubliera jamais. La chaleur requiert le bien et la meilleure façon de créer le bien est de le montrer triomphant du mal.


Prince Jean et Triste-sire dans Robin des Bois

Maintenant que nous avons analyser le rôle du méchant et la perception du public pour celui-ci, nous allons nous attarder plus spécialement sur les caractéristiques du méchant dans les films Disney.

2.2.2 Un but et un zeste d'humour

Au sein des studios Disney, il existe deux sortes de méchants. Ceux-ci sont toujours à la recherche de quelque chose, c'est la nature de ce qu'ils recherchent qui est différente. Certains méchants cherchent le pouvoir, l'argent voire les deux. Jafar, le méchant d'Aladdin, veut bien plus qu'une simple chose. Il veut tout : la fille du sultan, le trône du plus riche royaume de la Terre et la plus puissante magie de l'univers. Le prince Jean, dans Robin des Bois, se délecte de l'impôt qu'il demande aux pauvres gens et profite à outrance de ses pouvoirs. Le prince des ténèbres dans Taram et le Chaudron Magique recherche le chaudron pour obtenir une armée surpuissante afin de conquérir le monde. Dans Le Roi Lion, Scar, frustré de ne pas être roi à la place de son frère, assassine ce dernier. Il convainc Simba, son neveu, qu'il est responsable de la mort de son père et oblige celui-ci à s'enfuir du royaume. 

Alors que l'avidité est, sans aucun doute, le moteur de nombreux méchants chez Walt Disney, plusieurs de leurs grandes méchantes ne voulaient qu'une seule chose et la traquaient si obstinément que leur vie toute entière tournant autour de cet enjeu. Elles auraient tué toute personne s'opposant à elles, détruit toute chose gênante, usant dans leur lutte de toutes les ressources en leur pouvoir afin d'obtenir ce qu'elles voulaient. La reine dans Blanche Neige et les Sept Nains, veut être la plus belle femme du monde, rien de plus. Cruella d'Enfer dans Les 101 Dalmatiens veut un manteau de fourrure de dalmatiens. Dans Les Aventures de Bernard et Bianca, Médusa cherche le plus gros diamant du monde. Par contre, ces femmes ont du caractère et restent longtemps dans la mémoire du public à tel point qu'il pense que la grande majorité des méchants sont des femmes alors qu'elles ne sont que huit sur trente-six.


Medusa dans
Les Aventures de Bernard et Bianca

Les plus fascinants méchants de Disney utilisent la duperie sous toutes ses formes souvent en se déguisant et quelques-uns disposent même de pouvoir magique. La reine dans Blanche Neige et les Sept Nains disposait de potions magiques pour se transformer en misérable veille femme. Maléfique, dans La Belle au Bois Dormant, a encore plus de pouvoir : elle peut se transformer en un terrible dragon.

La plupart des méchants deviennent plus intéressants quand une pointe d'humour fait ressortir leur côté humain. Bon nombre des funestes et dangereux personnages allient excentricités, faiblesses et pulsions psychotiques. Cela les rend plus dangereux, car ils sont insouciants dans les situations désespérées et provoquent des moments de drôlerie là où on ne les attend pas. Le public se sent toujours supérieur au méchant à qui des frustrations font perdre tout contrôle et bon sens ou qui a un comportement infantile comme l'excentricité de Cruella ou la phobie des souris de Médusa. 

L'humour est ainsi très présent dans les films Disney, non seulement à travers les méchants, mais également par l'intermédiaire de nombreux personnages secondaires qui allègent le récit souvent sombre des films.

2.3-L'humour et les animaux très présents

Si on prend par exemple les cinq films qui ont fait le plus d'entrées dans les salles cinématographiques françaises en 1998 (classement par nombre décroissant d'entrées : Titanic , Le Dîner de Cons , Les Visiteurs 2, Taxi et Mulan) , on trouve tout de même trois comédies. Cela prouve que le public, en général, cherche l'humour et la détente lorsqu'il va au cinéma. Les studios Disney l'ont bien compris et ont toujours fait attention à instaurer des scènes comiques même dans leurs oeuvres les plus noirs. Ainsi, ce sont les personnages secondaires qui amènent l'humour et la plupart du temps ceux-ci sont des animaux.

2.3.1 Les personnages secondaires amènent le comique

A l'origine, les contes ont toujours été sombres à cause de la présence des méchants. Les films Disney ont toujours gardé, à quelques exceptions près cette noirceur : le plus bel exemple est dans Blanche Neige lorsque la reine se transforme en sorcière. Surtout que la noirceur des décors est exacerbée afin de développer chez le spectateur un sentiment d'angoisse. Ainsi Walt Disney puis les animateurs en général ont voulu insérer beaucoup d'humour dans leur production, non seulement pour alléger l'histoire mais également pour faire ressortir les instants d'angoisse. On s'effraie beaucoup plus facilement si auparavant on a un grand fou rire ; l'effet de surprise joue beaucoup plus. 

Pour alléger l'histoire, on a vu que l'humour des méchants était beaucoup utilisé mais les instants vraiment comiques sont amenés par les personnages secondaires. En effet, les héros, pour rester crédibles auprès du public, doivent être sobres dans leur comportement. Ils ne peuvent pas se permettre ni de fou rire ni de calembours. Chez le méchant, ce sera ses traits de caractère qui feront rire , pas son humour. Un tic, un défaut accentué fait toujours rire, car ce qui est exagéré dans le dessin animé n'est en fait qu'une image de la réalité transmise par un miroir déformant. Les personnages secondaires sont souvent petits, vulnérables ou alors avec des défauts flagrants. Les sept nains avaient chacun un nom représentant leurs plus gros défauts. Ces défauts étaient à l'origine de plusieurs scènes comiques. Comment ne pas rire devant les mimiques de Simplet ou les colères de Grincheux ? Un autre exemple est la différence de caractère entre les trois bonnes fées dans La Belle au Bois Dormant. Si Pâquerette est réservée et romantique, la relation entre les deux « fortes têtes » Flora et Pimprenelle amène de nombreuses situations cocasses. Flora tient le rôle de chef, ce qui frustre Pimprenelle. La bataille pour la couleur de la robe d'Aurore illustre ce propos.


Pimprenelle, Flora et Pâquerette,
les trois fées de La Belle au Bois Dormant

Si le comique vient de l'entourage du héros, il peut également venir de celui du méchant. Cela peut être un entourage non souhaité par celui-ci comme le crocodile dans Peter Pan. L'animal n'a qu'une envie : ayant déjà mangé la main du capitaine Crochet, il cherche à terminer le repas qu'il a commencé. Mais le fait qu'il ait avalé un réveil, lui coupe l'effet de surprise. Ainsi chacune de ses apparitions effraie Crochet ce qui est toujours prétexte à rire. Le personnage secondaire peut faire parti de l'entourage direct du méchant comme par exemple Jasper et Horace les deux comparses de Cruella d'Enfer dans Les 101 Dalmatiens. De par leur manque de finesse et d'intelligence, ils se font berner par les animaux, ce qui les rend drôles.


Crochet en prise avec le crocodile dans Peter Pan

Troisième possibilité, ces personnages n'appartiennent ni au cercle des héros ni à celui des méchants. Ce genre de personnage apparaît dans les films mettant en scène des héros victimes « qui déambulent sans but précis ». Dans Alice au Pays des Merveilles, la petite fille rencontre de nombreux habitants plus ou moins fous qui nous font rire par leurs excentricités. Mowgli, dans Le Livre de la Jungle, fait des rencontres de personnages à caractères bien trempés comme Hathi, l'éléphant militaire bougonnant ou Louis, le singe jazzy dont le plus gros défaut est de vouloir ressembler aux humains.

Nombreux de ces personnages sont des animaux, ceci s'explique par le fait que Walt Disney les appréciait particulièrement.

2.3.2 Une véritable ménagerie

Les animaux sont très présents dans l'œuvre de Walt Disney. Tout d'abord, ses court-métrages eurent pour héros des animaux humanisés : une souris, un canard, des chiens, des écureuils... Par la suite, tous les long-métrages voient l'apparition d'au moins un animal. Plus d'une dizaine ont même pour personnage principal un animal et parmi ceux-ci, il y en a trois où il n'apparaît aucun humain (Bambi, Robin des bois et Le Roi Lion ).

Le public apprécie beaucoup les animaux dans l'ensemble. De plus, il arrive souvent que l'on parle aux animaux et que l'on imagine que ceux-ci nous comprennent et vont nous répondre, en particulier avec nos animaux domestiques. Lorsque les animaux parlent dans les long-métrages de Disney, ceci nous apparaît alors comme tout à fait naturel. En outre, on fait plus attention aux traits de caractère qu'au physique : on s'identifie plus au personnage. Ceci explique d'ailleurs le succès planétaire du Roi Lion. Avec un sujet centré sur la notion de responsabilité et sur la relation père-fils, relation durant même au-delà de la mort du premier, le film avait une connotation très actuelle et parfois très adulte. Il aborde même le thème de l'intégrité politique lorsque Simba refuse de renier ses origines ou de négliger ses amis, uniquement parce qu'il est devenu roi.

Lorsque le film est centré sur un humain, les animaux sont souvent des personnages secondaires qui apporte la touche comique comme on a pu le voir dans la partie précédente. Comment ne pas penser au singe Abu dans Aladdin ou à Meeko, le raton-laveur dans Pocahontas ? Ces deux personnages n'ont pas l'usage de la parole, ils n'en sont pas moins très expressifs. Etant de véritables personnages de pantomime, ils sont soit espiègles, soit colériques. Ils ont des défauts humains et le fait de les voir sur des animaux rend cela très drôle, car on ne se sent pas attaquer dans notre amour-propre « d'humain », celui-ci étant souvent trop parfait.

Les méchants sont parfois accompagnés d'animaux : les sorciers possèdent des oiseaux (comme Maléfique dans La Belle au Bois Dormant ou Jafar dans Aladdin), les êtres sans pouvoir sont accompagnés d'animaux domestiques pouvant aller du chat (la marâtre dans Cendrillon) aux crocodiles (Médusa dans Les Aventures de Bernard et Bianca). Même si les méchants sont des êtres solitaires, ils ont besoin au moins d'une présence animale soit pour affirmer leur pouvoir soit pour avoir quelqu'un à qui parler. En fait les méchants sont plus ermites que solitaires.

Les animaux domestiques sont très présents. Plusieurs fois, l'histoire fut centrée sur eux comme dans La Belle et le Clochard, Les 101 Dalmatiens ou Les Aristochats. On remarque que les chiens ont très souvent le beau rôle. En effet, Walt Disney aimait beaucoup les chiens et détestait les chats. Ceci se retrouve beaucoup dans sa filmographie. Dans Cendrillon, le chat Lucifer est bête et méchant alors que Pato, le chien est doux et gentil. Il faudra attendre Les Aristochats pour que les félins soient réhabilités et aient le rôle principal.


Lucifer dans Cendrillon