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Il Était une Fois...
L'Univers Disney

3 - La Stimulation de l'Imaginaire

Enfant ou adulte, les films Disney ont toujours stimuler notre imagination, nos rêves. Paul Watzlawick, dans son livre Le langage du changement, stipule que le cerveau humain est divisé en deux hémisphères qui comprennent chacun un langage différent. L'un serait le langage logique, analytique ou définitionnel. L'autre serait celui du langage des figures, des métaphores ou des symboles. Chacun perçoit les films en général en fonction de sa sensibilité. Ceci est encore plus vrai pour les films d'animation Disney. Ces derniers font beaucoup appel au second langage et donc à l'imagination du public. Dans cette partie, nous parlerons tout d'abord de la forme de ces films qui est l'exemple même d'un langage subjectif. Ensuite, nous verrons que les enfants sont les spectateurs idéaux des studios Disney. Enfin, nous essaierons de voir pourquoi certains adultes se remettent à apprécier les oeuvres de Disney.

3.1-Une forme subjective

Dans la stimulation de l'imaginaire du public, la forme des films Disney est très importante car les studios utilisent des arts qui depuis la nuit des temps ont fait rêver les hommes : la peinture et la musique. Naturellement, ils ont changé les règles pour pouvoir les adapter au cinéma mais l'utilisation des décors peints, des dessins ou alors des chants et des rythmes demande certains dons artistiques que les critiques de ce siècle auront longtemps considérés comme désuets voire mineurs. Mais, on ne peut que rendre hommage à tous ces animateurs et ces musiciens qui ont travaillé dans l'ombre et presque anonymement pour réaliser tous ces chefs-d'œuvre.

3.1.1 Des dessins symboliques

Nous avons vu pourquoi le public était attiré par les thèmes que véhiculent les films Disney. Mais par rapport à tous les films qui abondent dans le septième art, chez Disney ce ne sont pas des acteurs qui jouent un rôle mais bel et bien des dessins auxquels on donne vie. Comment expliquer que le public est pu se passionner pour cet art que de nombreuses critiques boudent encore aujourd'hui ?

Les dessins animés utilisent le langage des symboles, de l'imaginaire ou des rêves. En effet, nombreux sont les animateurs qui disent qu'ils peuvent faire accomplir à leurs personnages beaucoup plus de choses en animation qu'en prises de vues réelles. Maintenant, c'est un peu faux, car avec les images de synthèse on arrive à aller sur une météorite, à simuler la destruction de Paris ou à faire revivre des dinosaures. Mais les images de synthèse ne sont-elles pas une sorte d'animation ? Par contre, l'animation permet de donner une apparence humaine aux plantes ou aux objets, de faire parler les animaux et de réaliser de la magie. Le dessin animé réussit à créer de manière crédible tous les attributs des contes et des rêves. Si une sorcière apparaît dans un film, elle sera beaucoup moins convaincante que Maléfique dans La Belle au Bois Dormant

Le dessin animé ne cherche pas à rendre une image authentique de la réalité. Ce ne sont que des symboles, des caricatures. Même dans des dessins animés réalistes, comme La Belle et la Bête, le fait que cela soit des dessins oblige le public à faire une interprétation et à utiliser son imagination. L'esprit cartésien de n'importe quelle personne n'admettrait pas de voir et d'entendre un chandelier pousser la chansonnette. Pourtant lorsque l'on voit Belle applaudir la prestation de Lumière(le chandelier), on a envie de faire de même car notre esprit cartésien a pris la fuite et a laissé place à l'imagination.

Le style ou les couleurs des dessins peuvent servir volontairement à suggérer à notre inconscient des idées sur le personnage ou le lieu. Dans Cendrillon, lors de la scène où la jeune fille danse avec le prince, le bleu et le blanc sont beaucoup utilisés de façon pale et nuancée. Ces couleurs nous confirment que la nuit est tombée mais nous suggèrent également que l'esprit de Cendrillon est apaisé, que son rêve de toujours s'est réalisé. Un autre exemple, c'est l'utilisation de longues lignes verticales pour les dessins de la cathédrale dans Le Bossu de Notre-Dame. Ces lignes accentuent la majesté de l'édifice en rendant les humains, à côté, minuscules. 


Les longues lignes droites de Notre-Dame

Le type de courbes des visages révèle aussi beaucoup de choses. Il donne un esprit et un style au film. Dans Peter Pan, les dessins des personnages utilisent beaucoup de courbes : cela les rend beaucoup plus sympathiques, le capitaine Crochet inclus. Le style de dessin représente parfaitement le thème de l'enfance éternelle que véhicule l'histoire du film. En effet, lorsqu'on est enfant, les premiers traits effectués sont des courbes. Les enfants ont toujours du mal à faire des lignes droites à main levée. Dans Pocahontas, c'est l'inverse. Les studios Disney ont voulu faire un film plus adulte. Ils ont privilégié les rectilignes aux courbes ce qui rendait les personnages plus réalistes mais beaucoup plus froids. Ce style de dessin leur a été d'ailleurs reproché. La plupart du temps, ils font un savant mélange entre les courbes et les droites pour réaliser leurs dessins. Les deux exemples ci-dessus étaient les deux extrêmes. 

On voit bien que le dessin permet de faire passer beaucoup d'informations qu'un long discours n'arriverait pas à résumer. Mais en faisant appel à un langage symbolique, nous comprenons naturellement le message, de manière soit consciente, soit inconsciente. Un autre moyen de faire passer beaucoup d'informations en peu de temps, c'est l'utilisation de la chanson. Walt Disney l'a compris et l'a utilisé dès son premier long-métrage.

3.1.2 Des chansons synthétiques

Walt Disney a toujours soigné les chansons dans ses long-métrages. Pour preuve, la grande majorité de ses oscars ou de ses nominations sont dans les catégories chansons et musiques. Il pensait que les chansons permettaient de faire passer beaucoup d'informations sur le personnage en peu de temps. De plus, les chansons devenaient à chaque fois l'hymne des films. En effet, un grand nombre de chansons des films Disney sont très populaires. Qui n'a jamais entendu «Un jour mon prince viendra » tirée de Blanche Neige et les Sept Nains ou plus récemment « Hakuna Matata » tirée du Roi Lion ?

Il peut y avoir trois styles de chansons. Tout d'abord, il y la chanson d'ouverture qui raconte le passé du personnage ou du moins le situe au commencement de l'action du film. En trois à cinq minutes, la chanson arrive à résumer la vie du personnage là où la parole en mettrait vingt. Le meilleur exemple est sûrement la splendide ouverture du Bossu de Notre-Dame. En six minutes, on apprend comment Quasimodo a été adopté par Frollo mais elle expose également les bases des relations qui s'installent entre le bossu, le juge et la cathédrale. Mais, ce passage, qui est construit plus comme faisant parti d'un opéra qu'un film, va beaucoup plus loin. En utilisant des choeurs latins, il évoque bien l'époque du Moyen-Age et montre parfaitement la ferveur religieuse qui régnait à l'époque. La chanson est ainsi écrite de façon à faire appel à deux langages : le réalisme des mots français et l'imaginaire des choeurs latins.

Le deuxième type de chanson est celui qui expose ce que ressent un personnage. Ce sont les chansons les plus courantes car elles peuvent s'appliquer à tous les films, aux méchants comme aux héros. En plus d'un gain de temps, cela facilite la compréhension des sentiments du personnage. S'il n'y avait pas la chanson, le personnage serait obligé de se confier à un autre pour pouvoir le dire à haute voix. En effet, on voit mal un personnage en plein milieu du film, faire des monologues pour dire ce qu'il ressent. Dans les films à prises de vues réelles, par le jeu de l'acteur, les humains peuvent montrer ce qu'ils ressentent mais en animation même les artistes doués ont du mal à rendre les sentiments des personnages. Par contre, si le personnage se met à chanter, sa chanson peut parfaitement bien refléter son état d'esprit. Ce style de chansons est souvent utilisé pour montrer que deux personnages sont amoureux. Un bel exemple est « Bella Note » dans La Belle et le Clochard lorsque les deux chiens mangent des spaghettis. La scène a un charme indéniable et la chanson avec ses sonorités italiennes y contribue beaucoup. Le fait d'utiliser la musique joue beaucoup avec notre imagination et on n'a pas de mal à considérer les deux chiens comme des adultes se baladant dans les rues de Venise.

Enfin, les chansons peuvent avoir le rôle d'apporter un peu de gaieté en donnant du rythme au film. Cette remarque est surtout vraie pour les dernières productions. En effet, depuis La Petite Sirène, chaque film a une chanson au rythme un peu plus soutenu. Ces chansons servent à ce que chaque film apporte du baume au cœur au public qui vient se détendre. Elles restent encrées dans le souvenir des gens car ils ont apprécié ce passage musical et peuvent même parfois avoir tapé du pied sans s'en rendre compte. Le fait d'écouter une de ces chansons peut déclencher l'envie de voir le film. Personnellement, j'ai entendu par hasard, durant mon lycée, « Sous l'océan » de La Petite Sirène et son côté rythmé m'a beaucoup plu. J'ai alors eu envie de voir le film et à partir de ce moment-là, j'ai commencé à collectionner les vidéos. Je suis finalement devenu passionné, tout cela à cause d'une chanson chantée par un crabe !


Les poissons chantent la chanson reggae « Sous l'océan » 

3.2-L'enfant émerveillé

3.2.1 Un spectateur idéal...

Il est reconnu que les films Disney s'adressent en premier lieu aux enfants. Mais sur quoi ce préjugé est-il fondé ? Actuellement, la tendance est à diminuer fortement la violence à la télévision comme au cinéma. Les parents préfèrent montrer à leurs enfants un Disney plutôt qu'un film policier relativement peu violent. Pourtant, les films Disney peuvent être très violents. Il y a tout d'abord un combat manichéen où le héros sera mis en danger et pourra même souffrir. Mais également, l'enfant peut avoir un choc émotionnel, plus ou moins important : nombreux sont les jeunes enfants ayant pleurés à la mort de la mère de Bambi. Mais si les parents laissent voir ces dessins animés à leurs enfants, c'est qu'ils ne perçoivent pas la violence de la même manière. Cette violence n'est pas réelle, elle est symbolique. En fait c'est la perception inconsciente du dessin animée par les spectateurs qui dilue la violence. Cette perception est à l'origine du préjugé énoncé plus haut.

Le dessin animé fait beaucoup appel au langage de l'imaginaire. Il est reconnu que l'enfant comprend bien plus ce langage car c'est un langage que parle leur inconscient, moins inaccessible que chez l'adulte. L'enfant n'est pas logique, il n'a pas trop conscience du monde qui l'entoure. Son imagination est toujours en éveille. Lorsqu'on lui raconte un conte de fée, il a aucun mal à se prendre pour le héros qui va délivrer la princesse de la méchante sorcière. Il aime jouer en prenant la peau de ses personnages préférés. Tout est prétexte à la magie et au rêve car c'est son quotidien, c'est le langage qu'il connaît et comprend le mieux. Pour cela, lorsqu'il va voir un Disney, il n'est pas dépaysé. C'est pourquoi, l'enfant est le spectateur idéal.

Ces réactions durant le film sont ainsi d'autant plus naturelles, spontanées et variées. Comme nous avons plus haut les films Disney montrent une certaine violence. Les studios Disney cherchent à ce que les spectateurs soient convaincus et ressentent le conflit auquel ils assistent, mais cela ne présente aucun intérêt d'aller trop loin et de les mettre mal à l'aise. Ils veulent des sensations fortes, non des terreurs inouïes. Naturellement, les réactions sont très différentes en fonction de l'âge, de la maturité des enfants et des expériences qui furent les leurs dans leurs existences. Un enfant se cachera les yeux alors qu'un autre tournera le dos à l'écran et fixera un point dans la salle. D'autres regarderont les yeux exorbités, comme hypnotisés, quelle que soit la puissance tragique de la situation. D'autres auront des cauchemars pendant des semaines, voire des années et ne voudront plus jamais voir le film ! Il y a aussi des enfants qui adorent avoir peur, gloussent d'excitation et se trémoussent sur leur sièges en demandant à revoir encore et encore un film aussi prenant. Ce genre d'enfant adore chevaucher les montagnes russes. Ils hurlent de rire quand quelque chose de drôle arrive au méchant et applaudissent quand il est finalement vaincu de façon risible. Et puis, il y une autre catégorie d'enfants, déjà évoquée plus haut, ceux qui s'identifient tellement aux personnages qu'ils ont l'impression de faire eux-mêmes partie de l'histoire, essayant de toucher l'écran pour affronter les méchants qui attaquent leurs amis, les victimes.

Les enfants aiment d'autant plus les Disney car cela rime avec sortie en famille. Les parents emmènent souvent leur progéniture voir ces films. C'est une sortie familiale qui se fait souvent à la période de Noël. Rien que pour cela l'enfant sera naturellement heureux. Le fait de se retrouver avec ses parents le rempli de joie et il garde ses instants dans ses souvenirs. Personnellement, je n'ai pas beaucoup de souvenirs de mon enfance d'avant cinq ans mais je me rappelle bien d'être allé voir trois Disney avec mes parents : Le Livre de la Jungle, Les 101 Dalmatiens et Rox et Rouky. Pour ce dernier, j'en garde un souvenir particulier car ma sœur allait naître quelques semaines plus tard et je me rappelle de lui avoir de lui avoir demandé, par l'intermédiaire du ventre de ma mère, si elle aimait le film. C'est pour cela que les films Disney évoquent la tendresse et la famille à cause du regard de l'enfant émerveillé et ravi que ses parents l'emmènent au cinéma.


Mowgli face à Sher Kann dans Le Livre de la Jungle

3.2.2 ... mais exigeant

Si l'enfant est un spectateur idéal, il ne faut pas lui montrer n'importe quoi. Il est de par sa nature quelqu'un de franc, de sincère et de plus ou moins spontané dans ses paroles comme dans ses actions. Il sait reconnaître la méchanceté et la duperie. Pour lui, il est inconcevable que le mal puisse gagner. En fait, c'est son langage imaginaire et métaphorique qui prend le dessus. Quand il va voir un film, il veut avoir des frissons. Mais quand il quitte la salle, il cherche à ressentir une satisfaction d'avoir vu le bien triompher du mal. Pour les adultes qui laissent parler leur langage logique, cette façon de penser et de voir les films peut paraître réducteur. Mais en fait par un schéma simple comme celui du manichéisme, les films d'animation font passer des messages universels sur la nature de l'homme. Il ne faut pas voir le bien et le mal comme deux entités opposées mais bien comme une seule possédant deux facettes : une bonne et une mauvaise. Le film d'animation dit seulement que si l'individu arrive à se débarrasser de ses mauvais côtés, ce qui ne se fait pas toujours facilement, il sera beaucoup plus heureux.

En outre, l'enfant a un sens inné de la justice. Si une promesse n'est pas tenue ou si on leur ment délibérément, à eux ou à quelqu'un qu'ils aiment, ils en éprouvent un profond ressentiment, souvent suivi d'une remarque explosive du genre « Ce n'est pas juste !» Ceci dit, ne pas tenir sa parole est un bon moyen pour les studios Disney d'introduire de la méchanceté. Plutôt que d'avoir une longue séquence soigneusement élaborée démontrant les mauvaises intentions des personnages, ils ont ici une façon rapide, claire et précise de suggérer instantanément des sentiments de haine chez les enfants. La marâtre promet à Cendrillon qu'elle ira au bal une fois son travail terminé, tout en veillant à ce que notre héroïne ait suffisamment de travail pour ne pas avoir fini à temps.

Les studios Disney ont parfaitement compris l'envie des enfants et c'est pour cela que bon nombre des histoires qu'ils transcrivent ont parfois des différences avec l'œuvre originale dont le film est tiré. Nombreuses critiques crient au scandale et définissent les studios comme les « pilleurs des sépultures des pharaons égyptiens » : ils prennent ce qui les intéressent sans se soucier de l'intégrité de l'œuvre. La presse française, plus que toute autre, s'est insurgé contre l'exploitation d'œuvres nationales par les studios américains. La Belle et la Bête et Le Bossu de Notre-Dame ont vu leurs critiques portées plus sur la comparaison avec l'original plutôt que sur la qualité des films eux-mêmes. Pourtant, ces critiques oublient que les enfants (ainsi que les adultes qui racontent une histoire) déforment les contes de fées pour l'adapter à leur attente et à leurs besoins. Le monde des contes de fées demeure par dessus tout l'expression du monde intérieur. Répétées et évoqués des millions de fois, ces modèles ont pris valeur d'archétype. Cependant, Blanche Neige, par exemple, possède plusieurs versions écrites. Il est donc possible de modifier en toute conscience, délibérément, l'intrigue d'un conte de fées pour répondre aux besoins d'un enfant.


La Bête et Belle

Mais, les studios à vouloir trop penser aux enfants ont parfois oublié (surtout durant les années 70-80) d'intéresser les parents qui amenaient leurs enfants au cinéma. Avec réussite, les studios ont donc recentré leurs histoires pour que, au lieu d'être destinées aux enfants, ils le soient au côté enfant de chaque adulte. C'est à dire ils ont utilisé un langage symbolique et imaginatif que les adultes pouvaient comprendre. 

3.3-L'adulte, du préjugé à la nostalgie

3.3.1 Des préjugés en voie d'extinction

Les studios de cinéma, comme toute entreprise, cherchent à faire de l'argent en faisant leur métiers : créer des films pour détendre les gens. Pour ceux-ci, il est alors primordiale de faire des entrées et le mieux pour cela est de faire des films de qualité. Les résultats des films Disney ont toujours été plus ou moins bons. Rien qu'en France parmi les 20 meilleurs films de l'histoire du cinéma, on trouve cinq Disney. Ce sont les parents qui payent la place de cinéma pour leurs enfants. Si vraiment ils n'avaient pas envie de voir un film alors ils ne payeraient pas et n'emmèneraient pas leurs enfants. C'est la loi du marché. Certaines critiques diront que les parents ne font qu'accompagner les enfants au cinéma pour voir ces « mièvreries ». Cette remarque est certainement vraie pour certaines personnes dont le langage utilisé par les studios Disney n'est pas du tout parlant. Tout le monde n'a pas forcément un langage métaphorique très développé. Mais il doit avoir beaucoup d'adultes qui trouvent des prétextes pour aller voir ce genre de films car une partie de la société les dénigre. Jusqu'à peu, un adulte allant au cinéma voir un dessin animé était considéré comme immature et gamin. Certains « intellectuels » considèrent ce genre de cinéma de manière hautaine d'où cette mauvaise réputation. 

En outre, durant un temps, les studios avaient négligé de prendre en compte les goûts des adultes et des adolescents. Tout ceci explique la crise qu'ont subie les studios durant les années 80. Mais ce préjugé n'est plus vrai de nos jours. En faisant des films de qualités, les studios Disney ont réussi à reconquérir un nouveau public : tout d'abord les adolescents puis les adultes. Cette reconquête va faire boule de neige car les adolescents vont devenir des adultes qui vont emmener leurs enfants voir les films Disney et ainsi de suite. 

Les japonais l'ont parfaitement compris. Leurs dessins animés (appelés aussi mangas) sont destinés à un public d'adultes ou à un public d'enfants, selon l'histoire. Pour eux, c'est un moyen d'expression universel et pas seulement exhaustif à l'enfance. En France, les enfants dans les années 80 regardaient presque exclusivement des mangas. Ces enfants sont désormais des adultes de 18 à 28 ans qui redécouvrent les mangas grâce aux bandes dessinées et qui voient les films d'animation se multipliaient au cinéma. Ils sont habitués à un mode d'expression qui était jusqu'au début des années 90 considéré comme mineur.

Ce changement de mentalité va emmener un phénomène nouveau dans l'histoire du cinéma : les autres studios vont se mettre à faire des films d'animation voyant que ce créneau est très rentable. Entre février 1998 et février 1999 sont sortis pas moins de 6 films d'animation de quatre studios différents : Anastasia de la Fox, Excalibur, l'Épée Magique de Warner, Mulan et 1001 Pattes de Disney, FourmiZ et Le Prince d'Egypte de Dreamworks. Auparavant, il n'y en avait qu'un seul : celui de Disney. Il aura tout de même fallu attendre 70 ans pour que ce mode d'expression, développé par Disney, soit considéré comme un mode d'expression à part entière. Mais ce qui se cache devant cette réhabilitation de l'animation c'est le fait que l'adulte puisse enfin concevoir que tout n'est pas forcément compréhensible selon un langage logique et analytique mais qu'il y a de la place pour le langage de l'imaginaire. En reprenant l'idée de Paul Watzlawick sur la division du cerveau en deux hémisphères parlant deux langages différents, ces deux hémisphères arrivent à s'équilibrer : ainsi l'hémisphère de la logique ne prend plus le pas sur celui de l'imaginaire. 


Les insectes de 1001 Pattes

3.3.2 Les souvenirs refont surface

Dans cette dernière partie nous allons essayer de voir ce que les adultes retrouvent dans les films d'animations. Tout d'abord, les adultes qui emmènent voir les films d'animation ont été eux-mêmes enfants. Le fait d'accompagner leurs enfants voir des films qu'ils ont vus 20 ans auparavant doit leur éveiller des souvenirs. Ils ont l'impression de prendre une machine à voyager dans le temps et de se retrouver 20 ans en arrière. Ils se retrouvent dans la peau de l'enfant qu'ils étaient et éprouvent la même sensation en voyant le film. Ils savent comment cela va se finir. Mais, ils en ont cure. Ils profitent du moment présent, se laissent transporter par la tension ou l'humour qu'il règne dans le film. Durant, une heure et demie, parents et enfants ont le même regard : un regard émerveillé où on lit l'envie de vivre le rêve et la magie.

L'adulte sent son langage métaphorique, celui qui commande son imagination, prendre le dessus par rapport à sa logique, tout du moins pendant le temps où il est devant l'écran. Ce langage, il l'a perdu au fur et à mesure qu'il a grandit. En effet, la société, l'école, les parents s'efforcent de nous inculquer le langage de la logique et du rationnel. On nous apprend à nous tenir en société, on nous éduque pour pouvoir obtenir un travail, on travaille pour pouvoir consommer, on consomme pour pouvoir fournir du travail à soi ou à autrui. Lorsqu'on est adulte on perd beaucoup de notre imagination car elle est dangereuse pour la société. Si celle-ci en a besoin, elle tolère les débordements uniquement pour un nombre restreint de personnes. Mais, l'homme n'est pas fait que de logique, il est fait de rêve et d'imagination. La société a du créer des soupapes de pression. C'est pour cela que les loisirs et la culture de masse se sont énormément développés durant la seconde moitié du vingtième siècle. Le cinéma, en particulier le cinéma d'animation, a permis aux gens de retrouver un langage qu'ils avaient oublié : celui de l'imaginaire.

En revenant sur le phénomène de la concurrence, les spécialistes du cinéma prédisaient qu'avec l'arrivée de celle-ci, Disney perdrait des parts de marché. Si cela est vrai en pourcentage (quand on a 100 % du marché de l'animation et qu'arrive un concurrent, on perd forcément des parts en pourcentage), c'est moins évident du point de vue des résultats. Avec ou sans concurrent, les studios ont fait les mêmes résultats. En fait, c'est le marché de l'animation qui a explosé prouvant que cette partie du cinéma est un art à part entière et que les adultes comme les enfants retrouvent quelque chose qui les fait vibrer. Certes, les histoires sont politiquement correctes, se finissent toujours bien mais cela ne gène pas le public. Ils veulent partir dans des contrées lointaines , combattre des méchants féroces mais toujours s'en sortir. Ils savent que dans la réalité cela ne se passe jamais comme ça mais peu importe, ils veulent juste oublier cette vie de tous les jours et laisser gambader leur imagination pendant une heure et demie. Durant ce temps éphémère, la magie leur paraît alors éternelle ! 


La fée Clochette dans Peter Pan