Né le 17 novembre 1907 à Ogden, dans l’Utah, Leslie James Clark était le plus
vieux d’une fratrie de douze enfants. Devenu le principal gagne-pain de la
famille après que son père, charpentier de son état, ne tombe d’un toit, il
s’installa avec ses proches dans l’Idaho, puis en Californie, à Glendale.
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| Les Clark |
C’est au cours de l’été 1925 que Walt Disney rencontra pour la première fois
Les Clark. A cette époque, le premier était le jeune créateur d’un studio de
cinéma, la « Disney Brothers’ Company », située au 4549 Kingswell Avenue à
Hollywood, et le second, un jeune marchand de glaces et de bonbons, dans une
confiserie située de l’autre côté de la rue. La petite échoppe étaient décorée
de miroirs, sur lesquels Clark avait rédigé le nom des spécialités de la
boutique, ce qui lui avait valut les compliments de Walt Disney. L’histoire se
serait arrêtée là si, un jour de 1927, alors même que les studios avaient
déménagés sur Hyperion Avenue, Les Clark n’avait pris son courage à deux mains
pour demander du travail auprès de Disney. Ce-dernier fut conquis par ses
dessins, et le 23 février 1927, quatre jours après avoir décroché son diplôme de
la Venice High School, Clark était engagé pour une durée encore incertaine...
Cet emploi lui permettait ainsi de subvenir un peu plus aux besoins de sa
famille, au moment où la Grande Dépression s’apprêtait à toucher l’ensemble de
l’Amérique et du monde… Il fit même engager son père comme gardien des studios,
et obtint un poste d’encreuse pour sa sœur Marceil.
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Debout : Johnny Cannon, Wilfred Jackson, Les Clark et Jack Cutting
A genoux : Ub Iwerks, Walt Disney et Carl Stalling |
Les premiers mois de travail chez Disney furent parfois ingrats. En effet,
passionné de dessins, Les Clark alterna entre le département encrage, recopiant
les dessins des animateurs sur des celluloïds qu’il peignait ensuite avec de la
peinture noire, blanche ou grise (à une époque où le cinéma en couleur n’existe
pas encore), et le département caméra, où il lui arrivait de les filmer. Il
intégra finalement l’équipe des animateurs au moment même où un nouveau
personnage faisait son apparition, le lapin chanceux
Oswald, créé par Ub Iwerks, son
mentor. Il travailla à ses côtés pendant plusieurs mois, jusqu’à ce que Disney,
refusant de revoir son contrat à la baisse, ne perdît les droits sur sa
création. Au cours de ce mois de mars 1928, Disney n’avait plus de héros pour
ses films, et surtout, il n’avait plus d’animateurs. En effet, tous avaient été
débauchés par Charles Mintz pour continuer à travailler sur les dessins animés
d’Oswald, mais cette fois pour le
compte des studios Universal… Seuls Ub Iwerks et Les Clark qui, d’après
l’historien du cinéma John Canemaker, ne fut pas approché, restèrent à ses
côtés… Qu’importe. Iwerks développa un autre petit personnage,
Mickey, relançant ainsi la
production de nouveaux cartoons. Alors que Walt cherchait un distributeur,
Iwerks et Wilfred Jackson, engagé en 1928, animaient les personnages, tandis que
Clark se chargeait des dessins intermédiaires.
Steamboat Willie, le
troisième court-métrage de Mickey, et le premier du genre associé à des
bruitages ainsi qu’à de la musique, fit un carton, et l’histoire se mit en
marche ! La production de films s’accéléra et l’équipe de Disney fut augmentée,
avec l’arrivée de plusieurs artistes comme Burt Gillett, Ben Sharpsteen et
Norman Ferguson.
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| La Dance Macabre |
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Clara Cluck |
C’est lorsque Walt Disney lança sa nouvelle série de dessins animés musicaux,
les célèbres Silly Symphonies, que
Les Clark devint animateur à part entière. Il travailla sur le premier cartoon
du genre, La Dance Macabre,
animant la scène où un squelette fait du xylophone sur les côtes d’un autre
revenant. En 1929, Les Clark pu développer son art, en participant aux cours de
dessin que Disney monta au Chouinard Art Institute, puis au sein même de ses
studios. Cela lui permit d’exceller sur de nombreuses autres
Silly Symphonies, et sur plusieurs
courts-métrages de Mickey Mouse,
développant même un nouveau personnage, certes mineur mais cependant remarqué,
celui de Clara Cluck, cette grosse poule cantatrice, sorte de Maria Callas de la
famille des gallinacés !
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| La Déesse du Printemps |
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La Fanfare |
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| Blanche Neige et les Sept Nains |
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Le Cousin de Campagne |
Plus qu’un animateur, en 1930, Les Clark passa au rang de chef-animateur et
se vit confier une toute jeune recrue nommée Fred Moore, qui devint à son tour
superviseur de l’animation sur des personnages aussi mémorables que Simplet,
Crapule, les Centaurettes de Fantasia,
et surtout Mickey Mouse, à qui il
donna son apparence actuelle. En 1934, Les Clark se vit confier une nouvelle
mission. A cette époque, Walt Disney avait annoncé la mise en chantier de sa «
folie », le premier long-métrage animé et sonore,
Blanche Neige et les Sept Nains. Et
c’est Les Clark qui fut chargé de trouver le moyen d’animer un personnage non
plus caricatural, mais bien réel. C’est sur le court-métrage
La Déesse du Printemps que
l’artiste s’exerça, utilisant sa propre sœur, Marceil, comme modèle vivant… Le
résultat fut un incontestable échec. La déesse, même si son apparence était «
réaliste », ne ressemblait qu’à une vulgaire poupée de chiffon désarticulée dès
lors qu’elle était mise en mouvement… L’échec fut cependant vite oublié,
lorsqu’en 1937, le public pu découvrir le travail de Clark sur
Blanche Neige et les Sept Nains, en
particulier la scène de la fête dans la chaumière, au cours de laquelle la belle
princesse danse avec les nains. Entre temps, Les Clark continuait à travailler
sur différents cartoons, comme Le Cousin de Campagne, ou encore La
Fanfare, sorti en 1935, et qui était le premier dessin animé en couleur de
Mickey Mouse. Clark était devenu
l’un des animateurs attitrés de Mickey
après le départ d’Ub Iwerks, et il l’anima également dans L’Apprenti Sorcier,
inclus ensuite dans Fantasia. C’est
également dans Fantasia que Clark
anima les petites fées de la séquence inspirée du Casse-Noisette de
Tchaïkovski, qui impressionnèrent plus d’un animateur au sein des studios
Disney.
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| Pinocchio |
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Les Trois Caballeros |
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| Mélodie du Sud |
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Coquin de Printemps |
Parmi les autres pièces d’animation de Les Clark, on retrouve plusieurs scènes
inoubliables de Pinocchio, notamment celle où le pantin, en route pour l’école,
tourne sur lui-même tout en laissant sa tête fixe, ou encore celle où, perdu au
fond des mers avec Jiminy, il appelle son père disparu. Dans
Les Trois Caballeros, il anima le merveilleux train multicolore, qui traverse une « jungle
» crayonnée au rythme de la salsa. Dans Mélodie du Sud, il fut chargé de la
première scène animée, au cours de laquelle Oncle Rémus chante sa chanson «
Zip-a-Dee-Doo-Dah », accompagné d’animaux dessinés. Dans
Coquin de Printemps, il
anima la petite oursonne Lulubelle, amoureuse de Bongo. Dans
Mélodie Cocktail,
il donna vie à cette petite abeille, prisonnière de la musique endiablée de
Freddy Martin. Dans Alice au Pays des Merveilles, il travailla sur la scène où
Alice, grandissant sans cesse, se retrouve prisonnière de la maison du Lapin
Blanc. Dans La Belle et le Clochard, il créa la scène d’introduction, pendant
laquelle Jim Chéri tente de dresser Lady, encore bébé, pour qu’elle passe la
nuit dans son panier.
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| Mélodie Cocktail |
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Alice au Pays des Merveilles |
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| La Belle et le Clochard |
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La Belle au Bois Dormant |
Au milieu des années 1950, Les Clark accepta de devenir réalisateur. Walt Disney
le lui avait déjà demandé en 1939, mais l’animateur avait décliné son offre.
Clark supervisa la réalisation de plusieurs scènes d’animation incluses dans les
émissions télévisées développées à l’époque, notamment certains dessins animés
éducatifs avec Jiminy Cricket pour le Mickey Mouse Club. Il réalisa et anima
également la petite Fée Clochette dans le générique d’ouverture de l’émission
Disneyland. En 1958, il réalisa le court-métrage
Paul Bunyan, qui racontait la
vie légendaire de ce bucheron géant et de son taureau bleu, dépassé par le
machinisme. Au cours de la décennie 1950, il supervisa également de nombreuses
scènes de La Belle au Bois Dormant, notamment celle au cours de laquelle les
trois fées prennent d’assaut le château de la sorcière Maléfique. Plus tard, il
continua à réaliser quelques films, comme Donald au Pays des Mathémagiques,
Donald et la Roue, Freewayphobia,
Goofy’s Freeway Troubles, ou encore
Man, Monsters and Mysteries.
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| Paul Bunyan |
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Donald au Pays des Mathémagiques |
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| Donald et la Roue |
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Man, Monsters and Mysteries |
C’est le 30 septembre 1975 que Les Clark prit sa retraite. Celui qui avait
été engagé en 1927 pour une durée indéterminée resta aux studios Disney pendant
près de 48 ans. Le 11 septembre 1979, il disparaissait des suites d’un cancer…

L’héritage de Les Clark est grand. Associé à Disney dès les premières heures,
il participa au développement des courts-métrages, des longs-métrages, mais
également de la télévision. En 1989, un Disney Legend Award couronnait
l’ensemble de sa prodigieuse carrière. Comment conclure, si ce n’est en citant
Ollie Johnston, qui disait de son collègue et ami : « Les animations de Les
Clark n’étaient pas ce qu’on pourrait appeler de spectaculaire. Mais c’était
toujours un excellent travail, qui fonctionnait à merveille, et qui était
toujours très divertissant »…