Billet d'Humeur

Les Clark, le Premier


Les Neuf Vieux Messieurs (1/9)

Billet d'humeur n°50 - Septembre 2009
Né le 17 novembre 1907 à Ogden, dans l’Utah, Leslie James Clark était le plus vieux d’une fratrie de douze enfants. Devenu le principal gagne-pain de la famille après que son père, charpentier de son état, ne tombe d’un toit, il s’installa avec ses proches dans l’Idaho, puis en Californie, à Glendale.

Les Clark

C’est au cours de l’été 1925 que Walt Disney rencontra pour la première fois Les Clark. A cette époque, le premier était le jeune créateur d’un studio de cinéma, la « Disney Brothers’ Company », située au 4549 Kingswell Avenue à Hollywood, et le second, un jeune marchand de glaces et de bonbons, dans une confiserie située de l’autre côté de la rue. La petite échoppe étaient décorée de miroirs, sur lesquels Clark avait rédigé le nom des spécialités de la boutique, ce qui lui avait valut les compliments de Walt Disney. L’histoire se serait arrêtée là si, un jour de 1927, alors même que les studios avaient déménagés sur Hyperion Avenue, Les Clark n’avait pris son courage à deux mains pour demander du travail auprès de Disney. Ce-dernier fut conquis par ses dessins, et le 23 février 1927, quatre jours après avoir décroché son diplôme de la Venice High School, Clark était engagé pour une durée encore incertaine... Cet emploi lui permettait ainsi de subvenir un peu plus aux besoins de sa famille, au moment où la Grande Dépression s’apprêtait à toucher l’ensemble de l’Amérique et du monde… Il fit même engager son père comme gardien des studios, et obtint un poste d’encreuse pour sa sœur Marceil.

Debout : Johnny Cannon, Wilfred Jackson, Les Clark et Jack Cutting
A genoux : Ub Iwerks, Walt Disney et Carl Stalling

Les premiers mois de travail chez Disney furent parfois ingrats. En effet, passionné de dessins, Les Clark alterna entre le département encrage, recopiant les dessins des animateurs sur des celluloïds qu’il peignait ensuite avec de la peinture noire, blanche ou grise (à une époque où le cinéma en couleur n’existe pas encore), et le département caméra, où il lui arrivait de les filmer. Il intégra finalement l’équipe des animateurs au moment même où un nouveau personnage faisait son apparition, le lapin chanceux Oswald, créé par Ub Iwerks, son mentor. Il travailla à ses côtés pendant plusieurs mois, jusqu’à ce que Disney, refusant de revoir son contrat à la baisse, ne perdît les droits sur sa création. Au cours de ce mois de mars 1928, Disney n’avait plus de héros pour ses films, et surtout, il n’avait plus d’animateurs. En effet, tous avaient été débauchés par Charles Mintz pour continuer à travailler sur les dessins animés d’Oswald, mais cette fois pour le compte des studios Universal… Seuls Ub Iwerks et Les Clark qui, d’après l’historien du cinéma John Canemaker, ne fut pas approché, restèrent à ses côtés… Qu’importe. Iwerks développa un autre petit personnage, Mickey, relançant ainsi la production de nouveaux cartoons. Alors que Walt cherchait un distributeur, Iwerks et Wilfred Jackson, engagé en 1928, animaient les personnages, tandis que Clark se chargeait des dessins intermédiaires. Steamboat Willie, le troisième court-métrage de Mickey, et le premier du genre associé à des bruitages ainsi qu’à de la musique, fit un carton, et l’histoire se mit en marche ! La production de films s’accéléra et l’équipe de Disney fut augmentée, avec l’arrivée de plusieurs artistes comme Burt Gillett, Ben Sharpsteen et Norman Ferguson.

 
La Dance Macabre   Clara Cluck

C’est lorsque Walt Disney lança sa nouvelle série de dessins animés musicaux, les célèbres Silly Symphonies, que Les Clark devint animateur à part entière. Il travailla sur le premier cartoon du genre, La Dance Macabre, animant la scène où un squelette fait du xylophone sur les côtes d’un autre revenant. En 1929, Les Clark pu développer son art, en participant aux cours de dessin que Disney monta au Chouinard Art Institute, puis au sein même de ses studios. Cela lui permit d’exceller sur de nombreuses autres Silly Symphonies, et sur plusieurs courts-métrages de Mickey Mouse, développant même un nouveau personnage, certes mineur mais cependant remarqué, celui de Clara Cluck, cette grosse poule cantatrice, sorte de Maria Callas de la famille des gallinacés !

 
La Déesse du Printemps   La Fanfare
 
 
Blanche Neige et les Sept Nains   Le Cousin de Campagne

Plus qu’un animateur, en 1930, Les Clark passa au rang de chef-animateur et se vit confier une toute jeune recrue nommée Fred Moore, qui devint à son tour superviseur de l’animation sur des personnages aussi mémorables que Simplet, Crapule, les Centaurettes de Fantasia, et surtout Mickey Mouse, à qui il donna son apparence actuelle. En 1934, Les Clark se vit confier une nouvelle mission. A cette époque, Walt Disney avait annoncé la mise en chantier de sa « folie », le premier long-métrage animé et sonore, Blanche Neige et les Sept Nains. Et c’est Les Clark qui fut chargé de trouver le moyen d’animer un personnage non plus caricatural, mais bien réel. C’est sur le court-métrage La Déesse du Printemps que l’artiste s’exerça, utilisant sa propre sœur, Marceil, comme modèle vivant… Le résultat fut un incontestable échec. La déesse, même si son apparence était « réaliste », ne ressemblait qu’à une vulgaire poupée de chiffon désarticulée dès lors qu’elle était mise en mouvement… L’échec fut cependant vite oublié, lorsqu’en 1937, le public pu découvrir le travail de Clark sur Blanche Neige et les Sept Nains, en particulier la scène de la fête dans la chaumière, au cours de laquelle la belle princesse danse avec les nains. Entre temps, Les Clark continuait à travailler sur différents cartoons, comme Le Cousin de Campagne, ou encore La Fanfare, sorti en 1935, et qui était le premier dessin animé en couleur de Mickey Mouse. Clark était devenu l’un des animateurs attitrés de Mickey après le départ d’Ub Iwerks, et il l’anima également dans L’Apprenti Sorcier, inclus ensuite dans Fantasia. C’est également dans Fantasia que Clark anima les petites fées de la séquence inspirée du Casse-Noisette de Tchaïkovski, qui impressionnèrent plus d’un animateur au sein des studios Disney.

 
Pinocchio   Les Trois Caballeros
 
 
Mélodie du Sud   Coquin de Printemps

Parmi les autres pièces d’animation de Les Clark, on retrouve plusieurs scènes inoubliables de Pinocchio, notamment celle où le pantin, en route pour l’école, tourne sur lui-même tout en laissant sa tête fixe, ou encore celle où, perdu au fond des mers avec Jiminy, il appelle son père disparu. Dans Les Trois Caballeros, il anima le merveilleux train multicolore, qui traverse une « jungle » crayonnée au rythme de la salsa. Dans Mélodie du Sud, il fut chargé de la première scène animée, au cours de laquelle Oncle Rémus chante sa chanson « Zip-a-Dee-Doo-Dah », accompagné d’animaux dessinés. Dans Coquin de Printemps, il anima la petite oursonne Lulubelle, amoureuse de Bongo. Dans Mélodie Cocktail, il donna vie à cette petite abeille, prisonnière de la musique endiablée de Freddy Martin. Dans Alice au Pays des Merveilles, il travailla sur la scène où Alice, grandissant sans cesse, se retrouve prisonnière de la maison du Lapin Blanc. Dans La Belle et le Clochard, il créa la scène d’introduction, pendant laquelle Jim Chéri tente de dresser Lady, encore bébé, pour qu’elle passe la nuit dans son panier.

 
Mélodie Cocktail   Alice au Pays des Merveilles
 
 
La Belle et le Clochard   La Belle au Bois Dormant

Au milieu des années 1950, Les Clark accepta de devenir réalisateur. Walt Disney le lui avait déjà demandé en 1939, mais l’animateur avait décliné son offre. Clark supervisa la réalisation de plusieurs scènes d’animation incluses dans les émissions télévisées développées à l’époque, notamment certains dessins animés éducatifs avec Jiminy Cricket pour le Mickey Mouse Club. Il réalisa et anima également la petite Fée Clochette dans le générique d’ouverture de l’émission Disneyland. En 1958, il réalisa le court-métrage Paul Bunyan, qui racontait la vie légendaire de ce bucheron géant et de son taureau bleu, dépassé par le machinisme. Au cours de la décennie 1950, il supervisa également de nombreuses scènes de La Belle au Bois Dormant, notamment celle au cours de laquelle les trois fées prennent d’assaut le château de la sorcière Maléfique. Plus tard, il continua à réaliser quelques films, comme Donald au Pays des Mathémagiques, Donald et la Roue, Freewayphobia, Goofy’s Freeway Troubles, ou encore Man, Monsters and Mysteries.

 
Paul Bunyan   Donald au Pays des Mathémagiques
 
 
Donald et la Roue   Man, Monsters and Mysteries

C’est le 30 septembre 1975 que Les Clark prit sa retraite. Celui qui avait été engagé en 1927 pour une durée indéterminée resta aux studios Disney pendant près de 48 ans. Le 11 septembre 1979, il disparaissait des suites d’un cancer…

L’héritage de Les Clark est grand. Associé à Disney dès les premières heures, il participa au développement des courts-métrages, des longs-métrages, mais également de la télévision. En 1989, un Disney Legend Award couronnait l’ensemble de sa prodigieuse carrière. Comment conclure, si ce n’est en citant Ollie Johnston, qui disait de son collègue et ami : « Les animations de Les Clark n’étaient pas ce qu’on pourrait appeler de spectaculaire. Mais c’était toujours un excellent travail, qui fonctionnait à merveille, et qui était toujours très divertissant »…

   
Répondre à Ratigan
 
 
AUCUN COMMENTAIRE
Haut de page
Chronique Disney